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Genres et Sexualités

L’ignominie n’a pas de limites

Agressions sexuelles. Denis Baupin dépose plainte contre EELV et ses accusatrices

Alors que les plaintes qui s’accumulaient contre lui pour harcèlement et agressions sexuelles viennent d’être classées, Denis Baupin passe à l’offensive. Celui-ci s’estime victime d’un complot politique et porte plainte contre EELV, après avoir fait de même contre Médiapart et France Inter qui avait relayé l’info. Pour se justifier, il développe dans une interview une argumentation, qui en plus d’être légère sur les faits, est, sur le fond, digne d’un agresseur sexuel.

Couvert par la justice…

Les quatre plaintes qui pesaient contre Denis Baupin ont donc été levées. Non pas parce que les faits qui lui aient été reprochés n’ont pas été estimées assez étayés, mais en raison du délai de prescription qui est de trois ans pour ce type d’affaires. Une décision qui permet de médiatiser une modalité judiciaire scandaleuse : au bout de trois ans, on passe l’éponge ?

Or, dans ses déclarations récentes, Baupin reconnait qu’il ait pu avoir des comportements déplacés. « Aujourd’hui, je comprends que certaines ont pu ne pas se sentir libres de dire ce qu’elles pensaient lorsqu’elles ne se sentaient pas sur un pied d’égalité. Si j’avais eu alors l’expérience que j’ai aujourd’hui, je n’aurais pas agi ainsi. » Mais rien à voir évidemment avec ce dont on l’accuse : « Mais ce sentiment ne peut s’appliquer à aucune des plaignantes. »

Dans l’affaire Baupin, il n’y aura donc jamais de jugement de fond. Quand on sait que les enquêteurs avaient recueilli pas moins de 14 témoignages qui l’incriminaient, qui venaient s’ajouter aux informations apportées par de nombreux médias, on aurait pu penser que Denis Baupin se serait fait tout petit. Mais c’est tout le contraire, galvanisé par la prescription, celui a décidé de porter plainte contre ses plaignantes, une décision qu’il justifie de manière scandaleuse dans une interview parue dans le JDD.

Baupin se lâche

D’abord, celui-ci commence par revenir sur le classement de l’affaire : « Le classement sans suite n’est pas une surprise pour moi. Depuis le début je sais que je suis innocent. Après neuf mois d’enquête, la justice reconnaît qu’elle n’a aucune poursuite à déclencher me concernant. » Une déclaration mensongère et scandaleuse alors que c’est seulement le délai de prescription qui explique cette décision, en aucun cas les éléments de fond. Selon lui, il serait victime d’un complot politique au sein de sa famille dont il est cependant bien incapable d’expliquer les fondements.

Et ses arguments pour défendre ont de quoi décontenancer : « Dans un parti féministe par essence et construction, qui peut croire qu’un prédateur aurait pu sévir en toute impunité sans que personne ne réagisse ? » En tant que bon « féministe », Baupin devrait pourtant savoir qu’il est très difficile pour les femmes de lever l’omerta qui pèse sur le harcèlement et les agressions sexuelles, et ce quel que soit leur position sociale et leur milieu politique. Une parole féminine toujours mise en doute et jamais reconnue par la justice.

« Je ne me suis plus senti protégé par l’Etat de droit. » déclare finalement Baupin. Mais de quel état de droit parle-t-on ? De celui qui considère qu’après trois ans, les faits d’agressions sexuelles sont prescrits ? De celui qui ne condamne pratiquement jamais les violences sexuelles au quotidien ? En cette journée du 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes, la posture victimaire prise par Baupin est une insulte à toutes les luttes féministes. Au-delà des éléments de fond, l’ensemble de son attitude et de son argumentation sont de celles qui permettent de légitimer et de justifier les agressions sexuelles vécues quotidiennement par les femmes.