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Genres et Sexualités

Une culotte vibrante pour que les femmes aiment le foot

Agressions sexuelles, violences et pubs misogynes : retour sur la coupe du monde du sexisme

Des mains aux fesses, des baisers forcés, des gestes déplacés, des agressions sexuelles… de nombreux témoignages ont fleuri sur les réseaux sociaux le soir de la Coupe du monde. Retour sur la coupe du monde du sexisme.

Des centaines d’agressions le soir de la finale

Dimanche, un peu avant 19h, les bleus remportaient la coupe du monde. En quelques heures, des centaines de témoignages de femmes dénonçant des agressions sexuelles qu’elles avaient subi ou dont elles avaient été témoins jaillissaient sur les réseaux sociaux : « Etre en crise d’angoisse depuis 4h parce que des pauvres mecs m’ont touché sans mon consentement/ont essayé de me forcer à les embrasser  », « Je remercie le mec qui va sûrement pourrir mes pensées pendant un moment, qui en profite pour me tripoter mon sexe et mes fesses pendant que j’étais à moitié inconsciente sur les Champs-Elysées  » ou encore « J’ai eu beaucoup d’attouchements dans le Métro 6 j’ai eu grave peur j’me suis faite toucher de partout  ». 

Un hashtag #Bienvenuechezmoi a même émergé sur twitter, proposant un accueil aux femmes ayant peur de rester avec leur conjoint ou ayant été victimes d’agressions le soir du match.

 

Un phénomène généralisé

Et ce phénomène n’a rien d’une spécificité française : tout au long de la compétition de nombreuses femmes ont été victimes d’agressions sexistes. Plusieurs vidéos ont par exemple été virales, montrant des agressions de journalistes femmes à l’image de la journaliste colombienne Julieth Gonzalez Teheran qui le 14 juin, alors qu’elle était en duplex pour une chaîne de télévision allemande, a été victime d’une agression par un supporter qui l’a embrassée de force et lui a touché la poitrine. Le 25 juin, une autre journaliste, Kethevane Gorjestani, se fait elle aussi agresser par un homme alors qu’elle est en direct, qui embrasse son tee-shirt, puis l’embrasse dans le cou.

Et ces scènes de harcèlement ne s’arrêtent évidemment pas aux journalistes. Une vidéo a fait le tour des réseaux sociaux montrant des supporters de la Seleçao poussant une jeune russe à chanter « boceta rosa ! », ce qui signifie « chatte rose » et la moquant, alors que cette dernière ne comprenait pas les paroles.

Plus généralement, une étude britannique datée de 2013 révélant des chiffres affolants d’agressions en période de match est ressortie au grand jour au cours de cette coupe du monde. Elle montre qu’en cas de défaite de l’équipe d’Angleterre, les violences conjugales augmentent de 38% et que si elle gagne, le pourcentage est de 26%. Et ces chiffres sont de plus sous-estimés car ils sont basés sur les plaintes déposées auprès de la police, alors que la plupart du temps les femmes ne se rendent pas au commissariat. Les chercheurs ayant réalisé l’étude ajoutent : « Bien que la zone géographique de notre étude soit relativement restreinte, elle peut être généralisée, car les matchs sont retransmis partout ».

Plusieurs politiques ont mis ces comportements sexistes sur le dos de « racailles » à l’image de la député Rassemblement National Dominique Bilde qui a tweeté : « #CoupeDuMonde Vols, violences, dégradations, vous pensiez que c’était "tout" ? Et bien non, avec la #racaille c’est un pack tout compris donc vous pouvez rajouter à la longue liste : les agressions sexuelles !  », une façon une fois de plus de nier les violences sexistes et de les instrumentaliser à des fins racistes et xénophobes, comme c’était déjà le cas pendant le phénomène #MeToo.

Culotte vibrante pour faire aimer le foot aux femmes ? Burgers à vie si tu tombes enceinte d’un joueur ? Une déferlante de pubs sexistes

Mais l’alcool n’est pas le seul facteur : au cours de la compétition les publicités appuyant les clichés sexistes les plus grossiers concernant les femmes et leur rapport au foot n’ont cessé de fleurir. Pour ne citer que quelques exemples non-exhaustifs, la chaîne de fast-foods Burger King s’est engagé à offrir 3 millions de roubles (plus de 40 000 euros) ainsi que des Whopper, le célèbre burger de la marque, à vie aux femmes russes qui réussiraient à tomber enceintes de joueurs participant à la Coupe du monde. Pire encore, la marque de lingerie mexicaine Vicky Form a elle expliqué avoir trouvé la solution aux « crises » rencontrées par les couples pendant la coupe du monde : une culotte nommée « Siente el Juego  » (« Ressens le jeu  ») qui vibre en temps réel en fonction des actions des joueurs, une façon selon la marque de faire aimer le foot aux femmes. Une autre fois, c’est le magazine Public qui publie les « 10 trucs à ne (surtout) pas faire quand ton chéri et ses potes matent un match » avec comme recommandation « Ne pas essayer de le chauffer pour une partie de jambes en l’air (il ne sera dispo qu’à la fin du match, et encore, seulement si son équipe gagne) ».

Et l’Association argentine de football (AFA) a même offert aux footballeurs et aux techniciens qui se rendaient en Russie pour la Coupe un manuel intitulé « Qué hacer para tener alguna oportunidad con una chica rusa » soit « Comment faire pour avoir une opportunité avec une fille russe » dans lequel l’association explique par exemple que « Les femmes russes n’aiment pas qu’on les voit comme des objets. Beaucoup d’hommes, parce que les femmes russes sont belles, veulent seulement coucher avec elles. » et conseillent « Les femmes russes, comme toutes les femmes du monde, accordent beaucoup d’attention au fait que tu sois propre, que tu sentes bon et que tu sois bien habillé  ».

 

Résoudre le problème en diffusant « moins d’images de supportrices sexy » ?

Ce mercredi 11 juillet, face à l’ampleur de la médiatisation des agressions sexistes dans la Coupe du monde, la Fifa a annoncé qu’il fallait diffuser « moins d’images de supportrices sexy dans les tribunes ». S’il est vrai que lorsque l’on regarde un match à la télévision les supporters les plus filmées sont les clichés des « supporters sexy », cette mesure ne va en rien changer les agressions répétées lors des matchs. On peut s’interroger sur la nature de cette société qui ne peut nous offrir qu’une soirée de dépravation tous les vingt ans, en témoignent les festivités post-victoire absolument hallucinantes ou les nombreux post Facebook « C’est bon, nous avons gagné la coupe du monde, je peux mourir tranquille. » mais qui dans cette célébration soi-disant collective exacerbe aussi les traits les plus brutaux comme l’expriment les nombreuses agressions sexuelles du 15 juillet. Car ce ne seront pas quelques plans sexués en moins qui réduiront les agressions et ce n’est pas le football qui engendre les violences conjugales et le sexisme mais bien la violence patriarcale qui est structurelle à cette société, et dont les publicités évoquées précédemment sont l’incarnation. 




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