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Notre classe

Première grève en 20 ans

Airbus. Grève de 10 jours chez le sous-traitant Satys pour des augmentations de salaires.

Première grève en 20 ans pour les salariés du sous-traitant Satys, groupe aéronautique qui s’occupe de la peinture des Airbus. Tous les peintres ont participé au mouvement, bloquant les cinq halls de peinture du groupe. Face aux seize revendications progressistes (hausse de salaire, attribution d'un 13ème mois, création de tickets restaurant, embauche de peintres supplémentaires) des 150 grévistes, la direction a tenté par tous les moyens de contourner le droit de grève (accès des salles de peinture interdits aux grévistes, recours à des intérimaires).

Photo : David Bécus

Depuis le 2 juin, cinq salles de peintures du site Airbus étaient bloquées suite au mouvement de grève entamé par quelques 150 grévistes du sous-traitant d’Airbus Satys, ex-Finaero. Une grève historique, puisque c’est tout simplement la première en 20 ans pour Satys, groupe aéronautique en bonne santé économique, qui emploie quelques 2500 salariés, dont la moitié en France.

La décision de se mettre en grève n’est évidemment pas venue sur un coup de tête. En début d’années, les négociations annuelles obligatoires (NAO) ont échoué. Interrogé par le quotidien régional La Dépêche, un délégué de la CFDT fait savoir que cette grève s’inscrit « dans un ras-le-bol général » des salariés qui ont le sentiment de ne jamais être entendus par leur direction. Un ras-le bol qui s’exprime par un taux de grévistes, énorme, de l’ordre de 50% (150 des 300 salariés du site de Blagnac). Tous les peintres du site étaient en grève pendant le conflit !

Lors des premiers jours de conflit, la direction a fait la sourde oreille face à la revendication principale des grévistes : une hausse des salaires. Celle-ci a préféré proposer la mise en place de groupes de travail pour « harmoniser les emplois du temps et l’organisation des postes », omettant consciencieusement d’entrouvrir la porte sur l’ouverture de négociations salariales.

Hausse des salaires, hausse des effectifs : des revendications progressistes
Les grévistes ont rédigé un important cahier avec seize revendications : hausse de 2,50 € brut de leur taux de salaire horaire, attribution d’un 13ème mois de salaire, création de tickets restaurant, revalorisation de primes, embauche de peintres supplémentaire pour compenser le sous-effectif chronique. Les salariés dénoncent en effet une augmentation des cadences imposées par le donneur d’ordre Airbus, d’où des revendications on ne peut plus légitimes portant sur une hausse salariale, et une augmentation des effectifs.

A la suite de deux réunions de négociations qui se sont tenues le lundi 4 et mardi 5 juin et se sont soldées par un échec cuisant, la direction et les syndicats avaient prévu de se rencontrer à partir du 12 juin pour engager des discussions au sujet des salaires des peintres. Jeudi 14 au soir, le conflit se terminait suite à une réunion entre la direction et les délégués du personnel. Le travail a repris dès le vendredi.

Si nous n’avons pour l’heure pas d’informations concernant l’obtention des revendications, le mouvement de grève aura permis de faire trembler la direction, et ce notamment pour deux raisons.

Première grève en 20 ans pour 10 jours de conflit. Un acquis pour les prochaines luttes

Tout d’abord, et dans le cadre de la première grève depuis plus de 20 ans, les peintres de Satys se souviendront certainement de cette première bataille avec la direction, des liens tissés entre grévistes, de la force collective qui se dégage de la grève alors que 100% des peintres étaient en grève. Un acquis essentiel pour les prochains conflits à venir. D’ailleurs, la déclaration de Christophe Cador, le PDG, est quelque peu défensive : « Les négociations annuelles obligatoires prévoyaient la tenue de réunions. Nous avons confirmé leur prochaine tenue. […] J’ai entendu et écouté. Mon devoir sera très prochainement de mieux communiquer et davantage expliquer notre stratégie et le sens de nos investissements à Toulouse auprès de nos salariés ».

Deuxièmement, cette grève de 10 jours est un avertissement à prendre très au sérieux par Satys, parce qu’elle est l’expression d’un ras-le-bol des ouvriers de Blagnac, mais plus généralement des travailleurs du groupe. En effet, la grève sur le site de Haute-Garonne a failli faire tâche d’huile et s’étendre sur le site Satys de Marseille.

Embauche d’intérimaires pour briser la grève et rachat de Prodem : des millions pour investir, rien pour les salaires

Lors des prochaines réunions, les salariés de Satys auront certainement en tête le fait que la direction a essayé par tous les moyens d’esquiver la revendication centrale des grévistes autour d’une revalorisation salariale. Mais aussi les manœuvres pour briser le droit de grève : embauche d’intérimaires pour tenter de réaliser une partie du travail commandé par Airbus et accès aux halls de peinture interdit aux grévistes (alors que c’est leur lieu de travail !)…

Enfin, comme un pied de nez, la fin du conflit ce sera conjuguée avec le rachat de Prodem au groupe marseillais Bonnans, entreprise spécialisée dans le traitement de surface de pièces aéronautiques. Satys ne va d’ailleurs pas tarder à reprendre le fonds de commerce de PMA, filiale de Bonnans spécialisée dans le traitement de surface pour les chantiers maritimes et pour Airbus Helicopters. Un rachat qui montre aux grévistes que leur direction a largement de quoi satisfaire leurs revendications au vue de sa santé économique florissante et de ses investissements à coup de millions…




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