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Politique

Mépris de classe

Alain Juppé n’aime pas qu’on offre des repas aux pauvres

Depuis le 1er janvier 2015, les bénévoles de l'association "La Gamelle Bordelaise" distribuent repas chauds et vêtements aux familles et personnes les plus défavorisées de Bordeaux, notamment grâce à des dons de particuliers. En décembre dernier, l'association a distribué pas moins de 500 repas, une initiative solidaire qui n'est visiblement pas du gout d'Alain Juppé.

Pour Alain Juppé, aider les plus démunis c’est “troubler l’ordre public”

Depuis maintenant plusieurs années, les bénévoles de La Gamelle Bordelaise apportent leur aide aux bordelais les plus démunis, principalement sous la forme de denrées alimentaires provenant de dons. Ce mercredi 17 mai, cependant, tout ne se passe pas comme prévu : alors que, comme toutes les semaines, les bénévoles mènent leur action sur la place Saint Christoly, proche de la mairie, elles sont accostées par le maire de la ville, M. Alain Juppé, accompagné de deux adjoints. Si elles croient tout d’abord que ce dernier est la pour les féliciter, il n’en est rien : le maire, visiblement très énervé, taxe les bénévoles d’inconscients, avant de les accuser de favoriser l’assistanat, ne donnant pas même les raisons d’une telle interpellation. Ce dernier va même jusqu’à les accuser de créer des troubles a l’ordre public, avant de repartir sur sa route, fermant tout dialogue potentiel.
L’incident ne s’arrête cependant pas là : une dizaine de minutes plus tard, La Gamelle Bordelaise croise à nouveau le chemin de M.Juppé, et tente cette fois d’ouvrir le dialogue. Il n’en sera rien : Alain Juppé reste sur ses positions et s’énerve, accusant avec arrogance les bénévoles de distribuer de l’alcool aux sans abris et de créer des nuisances sonores, refusant d’entendre tout argument contraire aux siens. La situation menace de s’envenimer lorsque l’une des benevoles interpelées tente de filmer la scène, avant que les deux groupes ne finissent finalement par reprendre chacun leur route.

Une politique de gentrification menée depuis bien longtemps à Bordeaux

Si l’évènement peut choquer de par l’intervention personnelle de M.Juppé, ce n’est certainement pas un incident isolé, mais bien la suite logique d’une politique consciente et réfléchie qui vise non pas à mettre fin à la pauvreté, mais simplement à la cacher, à la reléguer au loin, là ou elle ne dérangera ni les touristes que M. Juppé veut attirer, ni les habitants les plus aisés du centre ville bordelais.
Alain Juppé a en effet entrepris, depuis sa première élection au poste de maire en 1995, de transformer Bordeaux en site hautement touristique, remplaçant les rues populaires par des quartiers résidentiels beaucoup plus attractifs aux touristes aisés, tout cela au détriment des classes populaires qui habitent les dits-quartiers, entrainant parfois même des expropriations musclées ou des rénovations forcées de propriétés appartenant pourtant à des particuliers.
La gentrification de la ville est manifestement en plein essor, et les travaux menés depuis maintenant quinze ans n’en sont pas la seule indication : en 2002, alors même que les classes populaires commencent déjà à être repoussées vers la périphérie, un arrêté municipal autorisait la police bordelaise à expulser routards et sans-abris du centre ville comme bon le leur semblait. Pire encore, après l’annulation de l’arrêté par le tribunal administratif, les forces de l’ordre auraient reçu la consigne de continuer à agir comme si l’arrêté était toujours en vigueur, et continuent à reconduire les individus qu’ils jugent indésirables vers les artères moins fréquentées du centre ville pour des motifs arbitraires, voire inexistants, tout cela dans un effort de sacralisation du centre ville bordelais.
A la lumière de ces faits, il devient évident que M.Juppé n’a que très peu de considérations pour classes populaires de Bordeaux, voire même les méprise si ces dernières ne s’accordent pas avec son projet de rénovation urbaine. Et pour cause, le tourisme rapporte gros à la bourgeoisie locale : presque deux millions d’euros en 2016 pour plus de 6 millions de visiteurs. Là encore, cependant, très peu de ces fonds sont cependant remis aux couches populaires : les logements sociaux se font rares, et les normes qui sont censées assurer le droit de tous et toutes à un logement ne sont pas respectées. Enfin, les subventions accordées au centre communal d’action sociale de Bordeaux par la mairie sont parmi les plus basses de France pour une ville de la taille de Bordeaux.
Si l’attitude de M.Juppé à l’égard des bénévoles de La Gammelle Bordelaise peut sembler anecdotique, elle n’est que le résultat flagrant d’une politique qui, depuis ces 20 dernières années, à Bordeaux comme en France, ne fait que creuser le fossé entre deux classes sociales, et ne profite qu’à ceux qui dominent.




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