Politique

Justice de classe

Alain Soral, la figure « antisystème » n’écope que d’une amende pour harcèlement et injures racistes

Publié le 29 novembre 2016

Avec une peine de 6 000 euros d’amende et 5 000 euros de dommages-intérêts, Alain Soral, figure du site d’extrême droite Égalité et Réconciliation, écope d’une peine allégée de son dernier procès. Il risquait pourtant jusqu’à six mois de prison ferme pour avoir harcelé et proféré des insultes racistes à l’encontre de son ex-flirt et mannequin Binti Bangoura. Soral est-il vraiment si « antisystème » que cela ? La justice a quant à elle décidé de lui laisser le champ libre, signe du peu de gravité avec laquelle elle s’empare des questions des violences faites aux femmes et des violences racistes.

Yano Lesage

En matière de justice, on savait qu’existait le deux poids, deux mesures. Entre un manifestant risquant de la prison ferme pour « jet de canette » et un politicien véreux, comme Nicolas Sarkozy, dont les multiples casseroles ne lui ont jamais rapporté aucune condamnation. Avec l’affaire Alain Soral, il est intéressant de remarquer que des pratiques d’intimidation à l’égard d’une femme, de harcèlement organisé et d’injures racistes seront moins sévèrement jugées qu’une participation à une manifestation publique.

Le rendu du jugement a été révélé ce mardi 29 novembre au tribunal de grande instance de Paris. Il porte sur une affaire qui remonte à mars 2014. Entrée en contact avec Alain Bonnet, dit Soral, par Facebook, Binti Bangoura tombe rapidement sous le charme d’un individu qui lui promet de lui donner un coup de pouce dans sa carrière de mannequin et de chanteuse. La romance dure quelques mois jusqu’à ce que la jeune femme, contactée par une ex-relation d’Alain Soral, décide de rompre soudainement. À partir d’août 2014, va se mettre en place une méthode de harcèlement à la fois téléphonique et sur la toile, orchestrée par Alain Soral ainsi que ses gros bras et les proches de son courant.

Les textos qui ont été rendus publics lors du procès en disent long sur les techniques de manipulation et d’avilissement qu’emploie Alain Soral à l’égard d’une jeune femme, qui a été par la suite jugée fragile sur le plan psychologique et suivie depuis pour grave dépression.

 « Ce soir je pense que c’est le moment de te remettre à ta place. J’ai renoncé depuis longtemps à ton cul. Tu es le genre de fille qui n’a aucun pouvoir sur moi. Je ne suis pas très branché black… Ton destin est d’être un fantasme à vieux blanc juif pervers… Ceux qui flashent sur les grandes blacks fines à grosse bouche et petit cul ! Pas génial comme avenir ! Les Blancs prennent les Blacks pour des putes, ce qu’elles sont le plus souvent. Finalement il ne te reste de sûr que les juifs et les pédés, les pédés comme amis pour t’écouter chialer que ton destin c’est d’être une pute à juifs… C’est triste effectivement ! »

Le harcèlement passe par des menaces. Des photos que Binti Bangoura lui aurait envoyées sont au cœur d’un chantage pour dans un premier temps casser la victime, puis s’assurer qu’elle garde le silence.

« J’ai d’autres chats à fouetter que de me payer une minable intrigante black qui tente de se faire un nom sans y arriver. Tu veux connaître ton destin ? Dans dix ans ton corps sera tout sec. Et avec ton gros pif sémite, tu ressembleras à un vieux chef indien. Sur le marché du travail, tu ne vaudras plus rien. Tiens, je te renvoie cette photo, j’ai trop peur qu’elle se perde et se retrouve sur Facebook, les gens sont si méchants. » 

Pour Soral, cette condamnation et ces accusations font mauvaise figure. Moins pour la mise en lumière de son goût pour le harcèlement vis-à-vis d’une femme – ses opinions masculinistes qui s’attaquent aux droits des femmes ont déjà été clairement exposées dans plusieurs de ses vidéos – que pour la connotation raciste de ses propos. En effet, son parti, Égalité et Réconciliation vise à réconcilier « français de souche » et population d’origine immigrée dans un projet patriote sur la base d’un antisémitisme primaire et d’une vision masculiniste de la société. Les insultes proférées à l’égard de Binti Bangoura, d’origine guinéenne, pourraient bien faire questionner ses admirateurs sur le fond de sa pensée et de sa théorie, qui repose ni plus ni moins sur une vision culturaliste et raciste de la société française. Sa proximité avec le FN dans le passé et ses liens avec des proches de Marine Le Pen, Axel Loustau, trésorier du micro-parti Jeanne, sont déjà des signes que, sous ses apparences populistes, Alain Soral et son parti racole bel et bien pour l’extrême droite institutionnalisée, dont il participe à propager les idées.

Concernant les amendes à régler, ce dernier pourra toujours bien compter sur la générosité de ses adhérents, sur ses multiples associations écrans, les conférences et les vidéos d’Égalité et Réconciliation payantes, jusqu’à son entreprise Culture pour tous et sa maison d’édition Kontre Kulture, dont les finances se portent pour le mieux… Un facho business qui rapporte gros pour des condamnations à peu de frais. Le raciste harceleur de femmes, Alain Soral, se voit épargné par la justice qui valide in fine ses soi-disant postures « antisystèmes ».