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Monde

Après des années de modération salariale

Allemagne : le syndicat de la métallurgie IG Metall appelle à des débrayages de 24h

Dans la cadre de la négociation de nouveaux accords de branche, le syndicat de la métallurgie IG Metall a annoncé des grèves de 24 heures dans des centaines d’entreprises la semaine prochaine afin de mettre la pression au patronat.

Depuis la mi-novembre, les négociations des nouveaux accords de branche pour la métallurgie et l’électronique mettent le patronat sous tension en Allemagne. Dans un contexte de boom économique conjoncturel, le syndicat IG Metall, qui représente près de 4 millions de salariés, exige une hausse de 6% des salaires des employés, ainsi que la possibilité de passer à la semaine de 28 heures pour les salariés qui le souhaitent et sous conditions. Cette dernière mesure doit permettre d’aller vers une flexibilisation des horaires de travail avec une compensation salariale à la demande du salarié. Pour soutenir ces revendications, le syndicat s’était dit, dès décembre, prêt à mener des actions massives.

Dès le 8 janvier, le syndicat a donc lancé une vague de débrayages de quelques heures qui ont affecté plusieurs centaines d’entreprises, en menaçant de passer à des débrayages de 24 heures si leurs revendications n’étaient pas entendues. Trois semaines plus tard, face à un patronat qui refuse d’envisager une hausse de salaire supérieure à 4% et qui refuse la compensation associée à la «  semaine de 28 heures », le syndicat a finalement mis ces menaces à exécution.

Samedi 27 janvier, à la suite de l’échec des négociations, IG Metall annonçait ainsi des centaines de grèves de 24 heures entre mercredi et vendredi prochain. Des journées de grèves qui devraient impacter fortement une industrie qui fonctionne très souvent en flux tendus, et tolère difficilement ce type de contrariétés.

Vers la fin de la modération salariale made in Merkel ?

C’est dans un contexte particulièrement favorable économiquement, que le syndicat de la métallurgie se met en mouvement. La Banque d’Allemagne vise une croissance de 2,6 % en 2018. Surtout, le chômage est à son plus bas depuis la réunification, grâce, notamment, aux réformes Hartz qui ont précarisé l’emploi.

Il convient donc de préciser que les revendications d’IG Metall, et notamment les hausses de salaires, ne feraient que signer la fin d’une modération salariale qui dure depuis 2011. Ces dernières années, la faible inflation avait limité les revalorisations des salaires. D’autre part, comme le note Stefan Schneider du journal allemand Klasse Gegen Klasse, la revendication de la semaine de 28 heures ne correspond pas à une volonté de généraliser ce type d’horaires, mais d’étendre une possibilité qui existe déjà, celle de réduire individuellement son temps de travail à 28 heures pendant une période de deux années maximum.

En outre, IG Metall demande à ce que, lorsque l’on souhaite réduire son temps de travail pour s’occuper d’un proche ou d’enfants,, une compensation salariale à la "semaine de 28 heures" soit octroyée. Or, il faut se rappeler que cette revendication surgit dans un contexte où la précarisation croissante de la société allemande et la détérioration des services publics rend impossible le recours à des institutions pour assurer ces tâches, ce qui justifie une telle demande. Les revendications sont donc moins révolutionnaires que ne les présente certains journalistes.

Pour autant, on ne peut que se réjouir de la mise en mouvement d’un secteur aussi important de l’économie allemande. Désormais il faut espérer que la base pousse la contestation, et lui permette d’étendre ses revendications à l’ensemble des précaires et aux autres secteurs, afin d’établir un rapport de force à même de faire plier le patronat allemand.




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