Notre classe

Quand l’Etat joue au patron voyou

Alstom-Belfort. ‘On défendra bec et ongles notre usine. Par la grève, par tous les moyens’

Publié le 7 septembre 2016

Le couperet est finalement tombé. La direction d’Alstom Transport a annoncé mercredi la suppression d’ici à deux ans de 400 emplois sur son site historique de Belfort. Abasourdis par la nouvelle, les salariés ont rapidement fait connaître leur point de vue… et leur colère. Cette annonce est inacceptable pour Pascal Novelin, délégué CGT du site qui assure que les ouvriers défendront « bec et ongles l’usine. Par la grève, par tous les moyens ». Face à la dictature patronale et gouvernementale, c’est en effet bien par nos moyens, la lutte et la grève, que l’on défendra nos emplois.

Damien Bernard

Deux ans après l’annonce à grand coup de tambour de la « nationalisation partielle » d’Alstom et de sa branche transport dont l’Etat est le principal actionnaire, la direction a annoncé la fin de la production sur le site de Belfort. « Il faut digérer l’annonce qui nous a été faite en 10 minutes », explique abasourdi un employé après l’annonce. « Alstom doit donc adapter son outil industriel », précise-t-on au siège du groupe.

Fermeture de l’usine de Belfort, d’autres en préparation ?

L’usine historique de Belfort emploie actuellement 480 personnes et produit locomotives et trains, notamment le TGV. La direction a annoncé que les branches production et études disparaîtront tandis que celle des services s’occupant de la maintenance sera préservée, soit environ 80 personnes. « Tous les salariés concernés se verront proposer un transfert vers une autre usine du groupe, notamment celle de Reichshoffen », a-t-elle précisé.

Actuellement Alstom Transport compte 12 sites en France et anticipe d’ici 2018 une baisse de charge de l’ordre de 30%. Ainsi d’autres usines pourraient être menacés, dont le site de Valenciennes, ou encore le site de Reichshoffen où devrait être « transférée » la production du site de Belfort. Employant près de 1 000 salariés, l’usine de Reichshoffen assemble les trains régionaux et n’a pas plus beaucoup de visibilité.

La commande de 30 nouveaux trains Intercités promise en février par le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, n’a ainsi toujours pas été concrétisée. Le site de Valenciennes dans le Nord, qui compte 1 250 salariés et où Alstom construit ses métros et trains de banlieue, est quant à lui suspendu au choix de la SNCF et du Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) pour leur RER « nouvelle génération », décision attendue à l’automne.

Des difficultés. Vraiment ? Pourtant, il n’y a que de bonnes nouvelles !

Communément, les licenciements sont souvent accompagnés de « terribles » nouvelles. Des commandes en baisse, un chiffre d’affaire morose, une concurrence accrue. Pourtant, on a beau chercher, les nouvelles et les perspectives sont fleurissantes. Du côté du premier trimestre 2016-2017, Alstom a présenté un chiffre d’affaire qui progresse de 7% tandis que son carnet de commandes au 30 juin représente plus de quatre années de chiffre d’affaires.

Et les perspectives sont aussi plus que prometteuses. Dans le même temps où Alstom annonce la fermeture du site de Belfort, un partenariat SNCF-Alstom pour concevoir la nouvelle génération de TGV a été officialisé. Fin août, c’est une commande historique qu’Alstom a remportée. L’industriel va désormais vendre ses TGV aux États-Unis, pénétrant un marché important avec un contrat d’une valeur d’1,8 milliard d’euros.

Décidément, la « baisse des commandes en France » et la « chute programmée de 30% de la charge de travail de ses usines françaises » ne tiennent manifestement pas.

Une décision politique ?« On ne va pas se laisser faire mettre à la porte comme des moins-que-rien » !

Alors que l’Etat est l’actionnaire principal d’Alstom, avec ses 20% de parts rachetés à Bouygues dans le cadre de la « nationalisation partielle » opérée par Montebourg, il semble pour le moins totalement improbable que l’exécutif n’ait pas donné son accord pour la fermeture de la production sur l’usine de Belfort. A moins de 8 mois des élections présidentielles, cette décision pourrait bien finir par revenir comme un boomerang sur François Hollande mais également l’ensemble des protagonistes ayant mouillé dans l’affaire, à commencer par l’ancien ministre du Redressement productif.

Après une décision que l’on pourrait qualifier de politique, Alstom affirme que « tous les salariés recevront, s’ils le souhaitent, une proposition de transfert » vers d’autres sites en France, d’ici à 2018, et n’évoque ni fermeture ni plan social pour Belfort. Mais les directions syndicales autant que les salariés ne sont pas dupes. C’est « la fermeture ni plus ni moins de Belfort », explique Olivier Kohler, délégué CFDT du site. Quant aux promesses de reclassement, « il y a plein de salariés qui ne sont pas mobiles » affirme un salarié.

« On défendra bec et ongles notre usine. Par la grève, par tous les moyens. »

« La direction dit ‘On vous proposera quelque chose’. Est-ce qu’on va déraciner 450 familles ? » affirme Pascal Novelin, délégué CGT du site. Non, les salariés ne sont pas dupes. C’est bien la fermeture du site qui se joue. « On défendra bec et ongles notre usine. Par la grève, par tous les moyens. On ne va pas se laisser faire mettre à la porte comme des moins-que-rien », ajoute-t-il. Alors que la dictature patronale fait désormais place à l’Etat massacreur d’emploi, ce sont nos moyens de lutte, la grève, l’occupation et la prise en main de la production, qu’il va falloir avancer pour contrer ce plan de fermeture qui ne dit pas son nom.

Exigeons l’expropriation sans indemnité ni rachat des actionnaires, ainsi que la nationalisation complète d’Alstom sous contrôle des travailleurs eux-mêmes avec sécurisation et élargissement des contrats publics dans les transports publics en tant que fournisseur de la SNCF, la RATP et des régies locales de transport. Face à la détermination d’Alstom, et du gouvernement, à aggraver le chômage de masse, il faut faire converger les différentes bagarres, contre la répression, celles des travailleurs de SFR, Bouygues, pour le maintien de l’emploi et l’abrogation de la loi travail !