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« Alstom c’est Belfort »

Alstom en grève le 27 septembre : simple coup de pression ou nationalisation sous contrôle ouvrier ?

Publié le 20 septembre 2016

Damien Bernard

Après l’annonce de la fermeture du site de Belfort, les réactions ne se sont pas fait attendre. D’un côté, le gouvernement, pourtant au courant même si surpris par le calendrier, a fait de mine d’être étonné. Hollande, celui la même qui a organisé le démantèlement d’Alstom-Energie, imposé sa loi Travail et sa facilitation des licenciements, a enfilé son costume de « sauveur » et traite avec la direction d’Alstom. De l’autre, face aux négociations par en haut, les travailleurs ne sont pas dupes et ont exprimé ce 15 septembre leur détermination pour dire « non à la fermeture ! ». Du côté des syndicats, ils ont appelé l’ensemble des sites du groupe à se mettre en grève le 27 septembre, journée de CCE ordinaire. Lors de cette journée, il s’agira certes de mettre la pression sur l’État, mais pour exiger le maintien d’un bassin d’emploi durable, les promesses de nouvelles commandes ne suffiront pas sans la nationalisation d’Alstom sans indemnité ni rachat, et sous contrôles des salariés.

Damien Bernard

Après avoir été abasourdi, les salariés ont répondu le 15 septembre, journée de mobilisation pour l’abrogation de la loi Travail, sur le terrain de la lutte face gouvernement et à la direction d’Alstom, pour réaffirmer leur détermination à garder les emplois et à maintenir le site. Près de 2000 personnes ont fini par se retrouver en manifestation, avec un soutien de la population dans le territoire et la ville de Belfort.

« Alstom, c’est Belfort »

Face au nouveau massacre de l’emploi que souhaite imposer la direction d’Alstom, et dont l’État est l’actionnaire principal, une motion rédigée par les élus locaux et les représentants syndicaux CGT, CFDT, CFE-CGC et FO du site belfortain a été voté à l’unanimité par la mairie Les Republicains, dans un mélange des genres entre classe politique et représentants syndicaux. Mais signe que les travailleurs combatifs et la population ne sont pas dupe des solutions venues d’en haut et de cette classe politique qui ne vise qu’à se reproduire, durant le vote de la motion, des élus ont été chahutés par quelques dizaines de salariés d’Alstom et d’habitants de Belfort venus assister aux débats. Tandis que la vice-présidente PS du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Maude Clavequin, a été huée. « C’est les actionnaires qui commandent et vous vous agitez », a lancé une personne en colère contre les politiques et « l’État actionnaire ».

Face à ce nouveau massacre de l’emploi, il faut à tout prix éviter de se laisser subtiliser par le gouvernement et sa classe politique cette nouvelle lutte. Eux n’ont rien d’autre à offrir que des voies de garage quand le soutien de la population aux salariés, comme aux travailleurs précaires, est d’une importance fondamentale. On se rappelle notamment, que ce soutien majoritaire et large de la population à la mobilisation contre la loi Travail, avait permis de donner plus de force à l’avant-garde large, mais aussi une légitimité plus forte au combat mené par la jeunesse et les salariés en grève au printemps dernier. Signe tangible qu’une solidarité est présente, même si elle se doit de grossir, c’est la centaine de personnes qui manifestait devant la mairie, pendant le vote de la motion, leur soutien aux salariés belfortains d’Alstom. C’est cette pression, que la mairie de droite instrumentalise alors qu’une banderole de 26 mètres de large a été installée par les services de la ville sous le Lion de Bartholdi emblème de Belfort, ce mardi 20 septembre.

Une grève juste pour mettre la pression ou pour imposer nos solutions ?

L’intersyndicale (CFE-CGC, CGT, CFDT, FO) d’Alstom a appelé mercredi 14 septembre tous les salariés du constructeur ferroviaire à débrayer le 27 septembre contre le projet d’arrêt de la production de trains à Belfort, ont indiqué à l’AFP des représentants des quatre syndicats. Dans un tract commun, elle exige « le maintien de tous les sites Alstom Transport en France et le maintien de tous les emplois sur chaque site, notamment sur Belfort », « l’arrêt de la délocalisation des fabrications et des études » et « la réintégration sur les sites français des activités délocalisées ». L’intersyndicale exige également que le PDG du groupe vienne « s’expliquer » devant les instances représentatives du personnel et, en attendant, suspendent toutes les négociations sociales en cours. Une demande qui a notamment été exaucée. Un comité central d’entreprise (CCE) extraordinaire sur la situation de l’usine Alstom de Belfort, en présence du PDG du groupe, est convoqué lundi 26 septembre au siège du fabricant de trains à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et comme le demandait l’intersyndicale (CFE-CGC, CGT, CFDT, FO), Henri Poupart-Lafarge viendra « s’expliquer sur la situation de Belfort » devant les représentants du personnel réunis dans l’après-midi.

« C’est pour peser à la fois sur la direction d’Alstom et sur l’État pour trouver des solutions pérennes à l’ensemble de la filiale ferroviaire française au-delà même du site de Belfort  », a expliqué Claude Mandart, coordinateur CFE-CGC, première organisation syndicale, pour Alstom France. « Nous devons mettre la pression sur la direction d’Alstom et le gouvernement, tous les deux responsables de cette situation », écrivent les syndicats. C’est ainsi que se dessine dans les revendications de l’intersyndicale, la volonté d’exiger de l’État qu’il prenne « ses responsabilités pour assurer le maintien de tous les sites industriels, notamment celui d’Alstom Transport à Belfort, et de tous leurs emplois ». Nous ne pouvons que souscrire aux objectifs, mais comment imaginer que l’État, qui est lui-même, l’un des principaux responsables de la situation, à travers le démantèlement d’Alstom, puisse offrir une solution pérenne qui aille au-delà des élections présidentielles ? Non seulement, l’État ne peut offrir de solution, mais exiger des commandes de l’État ne peut suffire à garantir la pérennité de l’entreprise. La seule issue progressiste pour notre camp est celle d’exiger la nationalisation d’Alstom sous contrôle des travailleurs, sans indemnité ni rachat, tout en bataillant pour l’État assure la viabilité des sites, en en garantissant les débouchés.