Société

Nouvelle attaque islamophobe

Anderlecht  : une élève de 12 ans sanctionnée pour avoir prononcé « Allahu akbar  » dans la cour de récré

Publié le 3 octobre 2016

En matière d’islamophobie et de racisme, il semblerait que la Belgique n’ait rien à envier à son voisin français  ! En effet après les récentes attaques du gouvernement français à l’encontre des femmes musulmanes à travers l’interdiction du burkini, c’est en Belgique que l’islamophobie institutionnelle s’exprime à nouveau. Et il semblerait que celle-ci n’ait aucune limite, s’attaquant cette fois-ci à une jeune fille de 12 ans qui a eu le malheur de prononcer dans la cours de récréation « Allahu akhbar  »  ! Du fait de ces « propos graves  », son école l’a sanctionnée et a écrit un mot absurde à ses parents, qui témoigne de la dérive islamophobe dont sont victimes les personnes musulmanes ou assignées comme telles, entre stigmatisations, amalgames, répression, humiliations…

Lili B

Cette nouvelle attaque islamophobe à l’encontre d’une élève de 12 ans de l’athénée Jospeh Bracops, à Anderlecht, sanctionnée pour avoir prononcé « Allahu akbar » dans la cours de récréation, a été dénoncée dans les réseaux sociaux. Les parents de cette élève ont en effet fait part de leur étonnement sur Facebook face à cette sanction au motif absurde, en publiant le mot écrit à leur attention par l’école. Mot qui a ensuite été relayé par d’autres personnes dénonçant l’acharnement dont sont aujourd’hui victimes les musulman.e.s.

Cette incompréhension et cette indignation qui se sont exprimées ne sont cependant pas partagées par tous, puisque l’établissement scolaire a bien évidemment pu compter sur le soutien de la classe politique belge, comme le démontre la position de l’échevin de l’Enseignement, Fabrice Cumps (PS), qui justifie la réaction de l’établissement : « La direction a mis un mot dans le journal de classe de l’élève à l’adresse des parents et elle s’est vue retiré des points d’éducation. Ce mot était tout à fait posé. Il n’y a pas de quoi en faire un incident planétaire », estime-t-il. « Le règlement prévoit que l’on ne peut pas tenir de propos philosophiques, religieux ou politiques dans l’enceinte de l’école, en dehors des cours de religion bien entendu. La réponse de la direction est donc logique. »

Ces propos démontrent à quel point l’islamophobie est aujourd’hui banalisée, nourrie et justifiée par nos gouvernements, ses institutions et ses politiques, conduisant par la suite à la banalisation du traitement opprimant et stigmatisant que subissent aujourd’hui les populations musulmanes ou assignées comme telles, entre violences policières, économiques, sociales et également symboliques, comme c’est le cas dans cette affaire.

Dans cette nouvelle attaque, la stigmatisation et les amalgames entre musulmans et terroristes est à son paroxysme ! La direction de l’école met en effet en avant que, « vu les circonstances actuelles, ces propos sont intolérables », espérant que les parents de la jeune fille sauront « expliquer à leur fille la gravité de ses propos ». La gravité de ses propos ? Littéralement, « allahu akbar » signifie « Dieu est grand », il n’y a alors en réalité absolument rien d’intolérable ou d’alarmant dans ces propos ! Seulement dans un contexte social réactionnaire, d’état d’urgence permanent et de « guerre contre le terrorisme », la stigmatisation de la religion musulmane et les amalgames entre musulmans et terroristes vont bon train. Ce qui explique qu’aujourd’hui une formule religieuse, utilisée à maintes reprises par les musulman.e.s comme expression de leur foi, soit assimilée à un slogan terroriste et guerrier.

« Le règlement prévoit que l’on ne peut pas tenir de propos philosophiques, religieux ou politiques »

Afin de justifier cette sanction illégitime, Fabrice Cumps brandit l’interdiction de « tenir des propos philosophiques, religieux ou politiques » au sein de l’établissement. Tout d’abord on ne peut que souligner l’hypocrisie de ce règlement, dans une école où des cours de religion sont dispensés. Il est clair que ce qui pose problème dans cette affaire ce n’est pas la religion en général mais bien l’islam, assimilé dans ce cas-là au radicalisme et au terrorisme.

De plus, cette mesure démontre à quel point le système scolaire est au service de l’idéologie dominante, en interdisant toute activité permettant de forger l’esprit critique et d’aboutir à une mise en question de l’ordre social, tel que la philosophie ou la politique. Cet instrument idéologique qui perpétue l’ordre social dominant perpétue de ce fait l’ordre social raciste qui structure nos sociétés, à travers des traitements stigmatisants et discriminants à l’égard des populations racisées et musulmanes. Cette affaire, mais également toutes les affaires relatives au port du voile à l’école et son interdiction dans le contexte français en 2004, justifiée par une laïcité instrumentalisée, en témoigne. Ce traitement à l’égard des jeunes populations musulmanes ancre chez ces denier.e.s, dès leur plus jeune âge, le fait que leur religion et leurs cultures ne sont pas considérées comme adéquates aux valeurs « occidentales » de notre chère « république française », qui ne leur laisse comme option que « l’assimilation ».

Contrairement à ce que déclare Fabrice Cumps, le traitement qu’a subit cette jeune fille n’a rien de « logique » et il est important de dénoncer ces agissements discriminatoires et stigmatisants à l’encontre des personnes musulmanes ou assignées comme telles, légitimés par une islamophobie d’État, forme de racisme décomplexé qui ne dit pas son nom.