Monde

La droite allemande veut rempiler pour un quatrième mandat

Angela Merkel, dernier rempart contre la barbarie ?

Publié le 21 novembre 2016

Les journalistes adoptent rarement le même étalon pour analyser la trajectoire des politiciens. Lorsque l’un d’entre eux ne répond pas complètement aux injonctions des grandes puissances et qu’il s’appelle Chávez, alors dès lors qu’il brigue un nouveau mandat, on l’accuse « d’autoritarisme ». Dans le cadre de l’Allemagne à l’inverse, on est à l’exact opposé. Angela Merkel, qui se présente comme cheffe-de-file des chrétiens démocrates de la CDU pour un quatrième mandat, est présentée comme la planche de salut d’une Europe guettée par les démons du populisme.

Jean-Patrick Clech

C’est le message qu’est venu transmettre Barack Obama lors de sa tournée d’adieu en Europe. Celui dont la candidate à la Maison Blanche s’est vue barrer la route par Donald Trump a apporté un soutien qui est tombé à pic pour une chancelière allemande au plus mal dans les sondages, ébranlée sur sa droite par une partie des chrétiens-démocrates, en l’occurrence la CSU, mais également par la percée électorale réalisée par l’extrême droite populiste de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) de Frauke Petry.

Ainsi, celle qui applique les bonnes recettes austéritaires en compagnie de ses alliés sociaux-démocrates, partie prenante de la « grosse Koalition » qui dirige le pays, serait le principal rempart contre des chômeurs et des prolos qui n’auraient vraiment rien compris à rien et qui voteraient mal, à l’instar de ces « petits blancs » qui seraient responsables de la victoire de Trump aux États-Unis alors qu’ils auraient dû voter pour la candidate de Wall Street, Hillary Clinton.

Indépendamment de cette vision absolument caricaturale des élections étatsuniennes et de la bonne dose de condescendance autoritaire qu’elle charrie, c’est en réalité les politiques de « l’extrême centre », portées tour à tour par la droite et par « la gauche » au gouvernement (voire par les deux, de concert, dans le cas allemand), qui font le lit de tous les populismes. Ce n’est pas l’annonce par Volkswagen de la suppression de 30.000 postes de travail qui va améliorer la situation, alors même que Merkel, après avoir « ouvert les frontières » aux réfugiés (l’Allemagne, vieillissante comme le reste de l’Europe, ayant un besoin criant de main d’œuvre jeune), annonce, pour donner des gages à sa droite, qu’elle sera « ferme dans les renvois de ceux qui ne sont pas appelés à rester ».

Les coups de barre de plus en plus à droite, donnés par les gouvernements européens, loin de couper l’herbe sous les pieds du populisme, ne font que le renforcer. La situation sociale catastrophique, après neuf années de crise capitaliste que la bourgeoisie a temporisé en faisant payer la facture aux classes populaires, fait le reste. C’est dans le sillage des politiques austéritaires et des dérives identitaires de cet « extrême centre » dans lequel on ne distingue ni la gauche, ni la droite, que le populisme se consolide.

Merkel et ses mandats à rallonge ne sont en rien une solution, pas plus qu’un Hollande (ou un Valls) qui souhaiterait apparaître « de gauche » face au Thatcher à la française qui se profile en la personne de Fillon. En l’absence d’une alternative réellement anti-système, anticapitaliste et internationaliste, à même de s’adresser aux fractions du monde du travail et de la jeunesse qui refusent les raccourcis politiques et souhaitent en découdre, c’est bien entendu l’extrême droite qui avancera. C’est cela aussi, qui se joue, pour l’extrême gauche, en France.