Jeunesse

Une centaine d’universitaires lancent un appel en soutien à Abdoulaye

Tribune dans Libération. Appel pour la régularisation de tous les étudiants étrangers sans titre de séjour

Publié le 7 octobre 2016

La Préfecture de Paris a ordonné l’expulsion d’Abdoulaye, étudiant sans papier de Paris 1, vers l’Espagne. Son expulsion est prévue officiellement pour lundi, son nom vient d’être affiché au tableau des vols, ajouté à la longue liste des personnes sans titre de séjour expulsées dans leur pays d’origine. Nous relayons ci-dessous une tribune d’universitaires en soutien à Abdoulaye publié dans Libération.

Abdoulaye, étudiant guinéen inscrit en seconde année d’administration économique et sociale à l’université Paris-I Panthéon Sorbonne, est menacé d’expulsion. Militant au sein de l’opposition politique au pouvoir en place, il a fui son pays à la suite de menaces de mort, et a souhaité poursuivre ses études en France. Il a été victime, comme des milliers d’autres « sans-papiers », d’un contrôle d’identité à la gare de Lyon, à Paris, et enfermé en centre de rétention depuis le mardi 13 septembre.

Comme Abdoulaye, nombre d’étudiant-e-s étranger-e-s se voient refuser l’obtention ou le renouvellement d’un titre de séjour étudiant. A la merci d’un contrôle d’identité pouvant déboucher sur leur placement en rétention, et leur expulsion, ces étudiant-e-s sans titre de séjour sont contraint-e-s d’étudier dans la précarité et la peur.

Nous constatons que nos universités contrôlent leurs titres de séjour et empêchent leur inscription alors que de tels contrôles sont illégaux, et participent aux humiliations ordinaires qu’elles et ils subissent face aux représentant-e-s des institutions.

Nous observons que leurs études sont contrôlées par la préfecture, qui, au moment de renouveler les titres de séjour, s’arroge le droit d’évaluer leur parcours en lieu et place de notre fonction d’universitaires, et au mépris de tout droit à l’erreur ou toute opportunité de réorientation.

Nous assistons à leur impossibilité de plus en plus fréquente à se rendre sur les lieux d’enseignement et de formation par peur d’un contrôle d’identité pouvant déboucher sur leur placement en rétention, et leur expulsion.

Nous voyons la persistance de mesures discriminatoires à leur encontre. Elles et ils paient la sécurité sociale sans pouvoir en bénéficier, sont exclu-e-s de l’accès aux logements et aux aides sociales du CROUS et du droit de travailler. Elles et ils affrontent des formes de harcèlement et d’exploitation exacerbées par leur situation juridique.

Nous percevons l’angoisse de l’expulsion, décuplée après la notification d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), nous sommes témoins de conditions matérielles qui peuvent atteindre jusqu’à leur possibilité même d’étudier.

Nous découvrons leur disparition du jour au lendemain de nos amphithéâtres.

Leurs vies sont suspendues à l’arbitraire administratif et policier.

Nous, enseignant-e-s, chercheur-e-s, personnels travaillant au sein des universités dénonçons ces violences contre nos étudiant-e-s, les effets de ces menaces sur leur vie et leurs parcours universitaires. Nous signons la pétition pour la libération, la régularisation, et le droit de poursuivre ses études en France pour Abdoulaye. Avec le Réseau universités sans frontières (RUSF), nous appelons à la régularisation de tou-te-s les étudiant-e-s sans titre de séjour. Nous revendiquons le droit d’étudier, la liberté de circulation et l’égalité de droits pour tout-e-s. Nous affirmons notre solidarité avec Abdoulaye et tou-te-s les étudiant-e-s sans titre de séjour.

Premier-e-s signataires :

Réseau Université Sans Frontières Paris 1 Panthéon Sorbonne (RUSF P1), Réseau Etudes Supérieures et Orientation des Migrant.e.s et Exilé.e.s (RESOME), Fédération Solidaires étudiant-e-s, Catherine Achin (professeur en sciences politiques, Université Paris-Dauphine), Viviane Albenga, (maîtresse de conférences en sociologie, Université Bordeaux Montaigne), Salima Amari (docteure en sociologie, Université Paris 8), Chadia Arab (géographe, chargée de recherche au CNRS), Heidi Bar (doctorante en science politique, université de Strasbourg), Lila Belkacem (maîtresse de conférence en sociologie, UPEC), Laure Bereni (sociologue, CNRS), Soline Blanchard (première assistante, Université de Lausanne), Françoise Blum (ingénieure de recherche CNRS), Audrey Célestine (maîtresse de conférence en civilisation américaine, Université Lille 3), Marion Charpenel (post-doctorante et enseignante vacataire, Université Paris 13), Delphine Chedaleux (chercheuse senior, Université de Lausanne), Isabelle Clair (chargée de recherche au CNRS, sociologue), Vanessa Codaccioni (maîtresse de conférences, Université Paris 8), Aurélie Damamme (maîtresse de conférence, Université Paris 8), Sonia Dayan-Herzbrun (professeure émérite en sociologie politique, Université Paris 7), Jean-Philippe Dedieu (CIRHUS Fellow, New York University), Rémi Desmoulière (doctorant contractuel en géographie, INALCO), Virginie Descoutures (maîtresse de conférence en sociologie, Université Picardie-Jules Verne), Lucia Direnberger (post-doctorante, IHEID), Claire Ducournau (maîtresse de conférences en lettres modernes, Université Paul Valéry Montpellier III), Stéphane Dufoix, (professeur de sociologie, Université Paris Ouest Nanterre), Virginie Dutoya (chargée de recherche CNRS, Centre Emile Durkheim), Jules Falquet (maîtresse de conférence en sociologie, Université Paris Diderot), Vincent Farnea (ingénieur d’étude, Université Paris 8), Eric Fassin (sociologue, Université Paris 8), Camille Foubert (doctorante en sciences de la société, EHESS), Camille François (doctorant en sociologie, Université Paris 8), Claudia M. Girola (enseignante-chercheure, Université Paris 7), Dominique Glaymann (professeur des universités en sociologie, Université d’Evry-Val-d’Essonne), Sibylle Gollac (chercheuse au CNRS), Olivier Grojean (maître de conférences en science politique, Université Paris 1), Abdellali Hajjat (maître de conférences en science politique, Université Paris-Ouest Nanterre), Karim Hammou (chargé de recherche au CNRS), Claire Hancock (professeure de géographie, Université Paris-Est Créteil), Reguina Hatzipetrou-Andronikou (doctorante en Sociologie, EHESS), Maïa Hawad (doctorante en philosophie politique, Université Paris 7), Rada Iveković (professeure des universités à la retraite, philosophe), Alban Jacquemart (maître de conférences en science politique, Université Paris-Dauphine), Milena Jaksic (sociologue, chercheuse au CNRS), Alexandre Jaunait (Université de Poitiers/ISP Nanterre), Nicolas Jounin (sociologue), Azadeh Kian (professeure de sociologie, Université Paris 7), Abir Kréfa (maîtresse de conférences, Université Lyon 2), Mehdi Labzaé (ATER en science politique, Université Paris 1), Rose-Marie Lagrave (sociologue, directrice d’études à l’EHESS), Silyane Larcher (chargée de recherche, CNRS, science politique, URMIS-Paris Diderot), Claire Lemercier (directrice de recherche au CNRS), Loïc Le Pape (maître de conférences, Université Paris 1), Amélie Le Renard (sociologue, chargée de recherche au CNRS), Claire Lesacher (docteure et ATER en sciences du langage, Université Rennes 2), Bénédicte Louvat-Molozay (maître de conférences HDR en lettres moderne, Université de Montpellier 3), Guillaume Marche (professeur de civilisation américaine, Université Paris-Est Créteil), Audrey Marcillat (doctorante en sociologie, EHESS), Audrey Mariette (maîtresse de conférence), Nonna Mayer (directrice de recherche en sciences politiques, CNRS), Catherine Marry (directrice de recherche émérite en sociologie, CNRS), Tatiana Medvedeva (doctorante en socio-anthropologie, Université Paris 7), Estelle Miramond (doctorante en sociologie, Université Paris 7), Marwan Mohammed (sociologue, Centre Maurice Halbwachs), Cindy Morillas (chercheure associée en science politique, Les Afriques dans le Monde), Brice Nocenti (doctorant en sociologie, Université Paris 7), Olivier Noël (maître de conférences associé, Université Montpellier Paul Valéry), Ugo Palheta (maître de conférences en sociologie, Université Lille-3), Sepideh Parsapajouh (anthropologue, CNRS/EHESS), Jérôme Pélisse (professeur de sociologie, IEP de Paris), Irène Pereira (sociologue, Université Paris-Est), Myrtille Picaud (doctorante et enseignante vacataire en sociologie, CESSP), Pauline Picot (doctorante en sociologie, Paris-7), Laure Pitti (maîtresse de conférence, Paris 8), Sophie Pochic (sociologue, CNRS), Aude Rabaud (maîtresse de conférences, Université Paris 7), Christelle Rabier (maîtresse de conférences, EHESS), Isabelle Rigoni (maître de conférences en sociologie, INS HEA), Edouard Robin (doctorant en sociologie clinique, Université Paris Diderot), Meriem Rodary (chargée de cours, Université Paris 8), Olivier Roueff (chargé de recherche en sociologie, CNRS), François Sarfati, (maître de conférence en sociologie, Conservatoire national des Arts et Métiers), Pierre Sauvêtre (maître de conférence en sociologie, Université Paris Nanterre), Camille Schmoll (maîtresse de conférence, Université Paris 7), Isabelle Sommier (professeure de sociologie politique, Université Paris 1), Alexis Spire (directeur de recherche au CNRS), Kadya Emmanuelle Tall (anthropologue IRD), Simona Tersigni (maîtresse de conférence, Université de Paris Ouest Nanterre), Mahamet Timera (professeur de sociologie, Université Paris 7), Sylvie Tissot (professeure à l’Université Paris 8), Guillaume Vadot (ATER et doctorant en science politique, Université Paris 1), Jérôme Valluy (enseignant-chercheur, Université Paris 1), Michelle Zancarini-Fournel (professeure émérite d’histoire, Université Lyon 1), Rémi Zanni (doctorant en philosophie politique, Université Paris 7).