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Monde

Auxiliaire de la censure chinoise

Apple ne commercialisera plus les applications permettant de contourner la censure chinoise

Apple a cédé, ce dimanche 30 juillet, aux demandes de Pékin qui exige que ne soient plus commercialisées les applications VPN (virtual private network) qui permettent de contourner la censure en masquant les données de géolocalisation de l’utilisateur.

L’hypocrisie politique des grands groupes industriels

C’est une première, jamais un grand groupe américain n’avait encore cédé aux réquisits de Pékin en matière de contrôle de l’information. Apple qui fait commerce de son esthétique sans tâche et sans reproche se retrouve ainsi une fois de plus le nez dans la boue des collaborations scandaleuses avec les autorités chinoises. Déjà la firme, le 23 décembre 2016, avait supprimé de sa plateforme commerciale les applications du journal le New York Times, dans le viseur des autorités depuis quelques années. Très enraciné en Chine qui constitue le second marché pour les ventes d’Iphones après les Etats-Unis et où sont assemblés pratiquement tous les produits de la marque, le géant américain accepte régulièrement de jouer les gendarmes politiques auxiliaires. On note également à ce titre qu’Apple a consenti d’ouvrir un premier centre de données basé en Chine, en partenariat avec un groupe chinois. Jusque là les données collectées par Apple auprès des utilisateurs chinois étaient stockées aux Etats-Unis, c’est-à-dire sous législation américaine. Avec ce centre de données situé sur le territoire chinois, les utilisateurs, et notamment les journalistes, militants et autres membres des ONG ne conserveront plus aucune garantie quant à la préservation de leurs libertés privée et publique.

L’éthique au rouleau compresseur des intérêts privés, l’essence du système capitaliste

Le capitalisme aime se parer de prétentions en matière d’éthique, de liberté et d’indépendance. En réalité toutes ces histoires qui parfont l’image publicitaire de la marque à la pomme n’entrent en ligne de compte qu’en tant qu’elles servent les intérêts du capital aux manettes. En témoignent l’embarrassante duplicité d’Apple en matière de préservation des libertés individuelles. Alors qu’aux Etats Unis le groupe se targue de résister au FBI et à ses velléités d’espionnage massif de la population, de l’autre côté du pacifique, c’est un servile laquais que l’on retrouve prêt à céder face à la moindre pression. Ces fables modernes que l’on nous sert pour redorer l’image de ce système aux abois sont aussi consistantes que les promesses de ses dirigeants, et bonnes pour la corbeille. Ces éléments montrent à leur façon que l’essence de ce système tient dans la seule recherche du profit maximal au moindre coût, le reste n’étant qu’affaire de calcul commercial et comptable et d’image. Car en réalité, ces deux éléments disparates sont en parfaite cohérence, et reposent sur la réalité de l’organisation de la production des appareils Apple.

Les entreprises chinoises, pièces maîtresses dans la chaîne de production des appareils Apple

Ces ajustements et ces contradictions apparentes ne peuvent se comprendre pleinement si l’on ne saisit pas la réalité de la chaîne de production Apple. Comme nombre de grands groupes industriels américains du secteur informatique, Apple fait produire à 90 % ses pièces hors des frontières des Etats-Unis. Par exemple, les semi-conducteurs de dernière génération viennent de Taïwan et d’Allemagne, les composantes de la mémoire de Corée et du Japon, les écrans et les circuits de Corée et de Taïwan, les chipsets d’Europe et les métaux rares d’Afrique et d’Asie. Enfin, le tout est assemblé en Chine dans les nombreuses usines prévues à cet effet dans lesquelles les ouvriers sont soumis à des cadences extrêmement intenses, souvent au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité et du respect des droits humains. Apple peut donc effectivement jouer la carte de l’indépendance politique aux Etats-Unis où l’entreprise emploie 43 000 personnes, mais le calcul est tout différent quand Pékin hausse le ton. En effet l’entreprise, reine en matière de sous traitance, exploite indirectement le travail de près de 700 000 personnes de par le monde, dont des centaines de milliers en Chine. Pour dégager le profit escompté, Apple compte sur la flexibilité des entreprises chinoises qui lui ont notamment permis d’ajuster au dernier moment les chaines de montage du premier iPhone en mettant au travail près de 8000 ouvriers en pleine nuit. De plus, avec des conditions de travail très dures et 50% de contrats précaires, des salaires de misère et aucun respect des normes de sécurité et d’hygiène, Apple peut s’assurer un profit maximal comme dans l’usine Pegatron à Shanghaï qui emploie près de 10 000 ouvriers. Hors de question donc de se couper de ses sous traitants chinois ultra-flexibles et ultra-productifs, d’autant que la pression concurrentielle devient de plus en plus forte localement. Pour cela Apple, comme n’importe quelle entreprise capitaliste le ferait à sa place, s’autorise sans état d’âme n’importe quel réajustement éthique, rappelant combien ce système n’a plus rien à offrir et ne saurait consister pour nous comme une perspective.




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