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Société

Une vie brisé et une humiliation en guise de dédommagement

Après 32 ans de prison pour rien, Lawrence McKinney reçoit... 75 dollars de compensation

C'est un fait divers qui en dit long sur le mépris des afro-américains aux Etats-Unis. En 1978, Lawrence McKinney voit sa vie ruinée, condamné pour un viol qu'il n'a pas commis. Libéré 32 ans plus tard, suite à des tests ADN, l'homme d'aujourd'hui 54 ans s'est vu dédommagé à hauteur de... 75 dollars pour le préjudice ! Une honte ! Ali Norbert

75 dollars. C’est le prix de la vie d’un noir dans l’Etat du Tenessee aux Etats-Unis, au sens strict du terme. Lawrence McKinney a passé 32 ans en prison, accusé et reconnu coupable de viol. Incarcéré en 1978 à l’âge de 22 ans, il sort de prison en 2009, à 54 ans, après que des tests ADN aient prouvé son innocence. Dans cet Etat, les personnes emprisonnées injustement ont le droit à une compensation financière. Pour une peine aussi longue, la loi prévoit normalement une compensation financière à hauteur d’un million de dollars. C’est ce qu’aurait du toucher Lawrence McKinney, mais c’était sans compter le racisme et la négrophobie structurels qui gangrènent les institutions américaines. Depuis sa libération, il n’a touché de l’Etat qu’un chèque de 75 dollars. Lawrence McKinney se bat depuis 7 ans pour « être traité dignement. »

Quelques chiffres sont particulièrement utile pour se faire une idée du marché de l’incarcération de masse – le système d’incarcération est privatisé aux Etats-Unis – et de ses conséquences pour les populations les plus exploitées. Bien que les Etats-Unis constituent 5% de la population mondiale, 25% de la population carcérale mondiale est emprisonnée sur le sol américain. Si les Afro-américains comptent pour 13% de la population des Etats-Unis, ils représentent 40% de la population carcérale nationale. Directement hérités de la colonisation et de l’esclavagisme, le racisme et la négrophobie fonctionnent comme une arme au service des institutions de l’Etat (au premier rang desquelles la police et la justice) et tournée vers la population noire. Toute chose égale par ailleurs, on est plus facilement et sévèrement condamné par la justice quand on est noir que lorsqu’on est blanc. Ce racisme structurel est à l’origine de nombreuses erreurs judiciaires qui ont conduit des innocents en prisons pour la seule raison qu’ils étaient noirs, sans compter les latinos américains par exemple, eux aussi surreprésentés dans les prisons américaines. Selon le National Registry of Exonerations, 47% des mesures de réparations concernent des personnes noires.

Pourtant, le combat de Lawrence McKinney ne s’est pas terminé lorsqu’il est sorti de prison. Malgré les preuves scientifiques attestant qu’il n’était pas présent sur les lieux du crime, le comité de probation (chargé d’émettre un avis sur la réparation à accorder à un prisonnier finalement reconnu innocent) vote à l’unanimité le versement d’aucune réparation. Pour les membres de ce comité – dont certains n’ont aucune formation juridique – Lawrence McKinney reste suspect. Après 32 ans passés derrière les barreaux pour rien, c’est un deuxième procès dont fait l’objet Lawrence McKinney. Au lieu de réfléchir au préjudice subit par Lawrence McKinney, on lu reproche des incidents survenus durant son incarcération. Comprenez : un noir innocenté restera toujours un peu suspect, un peu coupable.

Aujourd’hui, le combat continue pour Lawtence McKinney, alors qu’un nouveau gouverneur a été élu dans le Tennessee. Mais il est certain que face à un racisme structurel ultra violent, et une justice oeuvrant à humilier un homme qui a vu sa vie détruite par une erreur judiciaire, le chemin sera encore long. Face à ce cas extrême, le rapport de force sera important pour faire plier la justice, pour que McKinney obtienne une réparation à la hauteur de ce que prévoit la loi pour ce genre de préjudice.




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