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Politique

Tambouilles à gauche pour une nouvelle « Gauche plurielle »

Après Jadot, Mélenchon cèdera-t-il à la pression du ralliement au PS ?

Ce jeudi, Yannick Jadot a annoncé son retrait au profit de Benoît Hamon, renforçant ainsi à deux niveaux la candidature de celui-ci. Évidemment, le soutien du candidat écologiste permet d’abord au candidat du PS d’évincer de la présidentielle une sensibilité politique qui s’y présentait depuis 1974 ; par ailleurs, il fait peser une très forte pression au rassemblement à gauche sur Mélenchon, qui est aussi poussé par ses soutiens communistes à une telle alliance. Dans cette situation, le leader de la France Insoumise a accepté une entrevue pour discuter une énième fois de l’éventualité d’une « Gauche plurielle » à la sauce 2017, ou comment faire avaler de nouvelles couleuvres au peuple de gauche.

L’alliance PS-EELV : une jolie tambouille pour les Verts dans l’optique des législatives

Yannick Jadot a réussi un joli coup. Gagnant-gagnant avec le PS doivent-ils penser. Car de fait, les Verts étaient particulièrement en difficulté pour les élections, craignant même de ne pas avoir les parrainages nécessaires. L’accord avec Benoît Hamon permet à EELV de sortir la tête haute, et de sauvegarder d’une certaine manière leur appareil. Car l’accord négocié avec le PS est très arrangeant : les 10 circonscriptions des députés Verts leur sont réservées, et une trentaine d’autres aussi. Soit 40 circonscriptions pour EELV aux législatives, alors qu’il n’en faut que 15 pour faire un groupe parlementaire. Par ailleurs, en terme de programme, les Verts tentent de s’en sortir la tête haute, en négociant la fin du TAFTA, l’arrêt du programme de Bure et de NDDL, un programme de sortie du nucléaire, le droit de vote des étrangers ou encore la légalisation du cannabis : autant de vieilles promesses que le PS sort à chaque élection sans jamais rien faire une fois au pouvoir. En revanche, les affirmations de Jadot assurant aux militants durant la primaire écologiste qu’il n’y aurait pas d’alliance avec Hamon sont bien loin.

Le PCF fait pression sur Mélenchonune partie dEELV aussi

Le ralliement de Jadot est une double victoire pour Hamon, car après un week-end où Mélenchon avait semblé fermé la porte de toute discussion, cette alliance rouvre la porte d’une large alliance à gauche. Une alliance qu’ont d’ores et déjà réclamée certains membres d’EELV dans une tribune intitulée « Un candidat pour trois mais pas deux », réclamant l’alliance de Mélenchon comme préalable de l’alliance de Jadot. Le PCF est par ailleurs particulièrement à la manœuvre pour arranger les rencontres entre les deux candidats et s’assurer, comme EELV, un accord pour les élections législatives. Car l’autre faiblesse de Mélenchon, c’est son absence d’implantation dans les circonscriptions. Finalement, même une partie de la gauche du PS se met à rêver d’un gouvernement d’une telle gauche plurielle ; Gérard Filoche, dans une interview à Marianne a ainsi expliqué qu’ « on pourrait très bien imaginer un Hamon Président et un Mélenchon en chef du gouvernement. »

Une nouvelle « gauche plurielle »pour perpétuer l’héritage politique de Jospin Le coup de poker des socialistes

Des manœuvres qui rappellent celle du vieux Jospin en 1997, composant une majorité de gouvernement depuis les communistes aux radicaux de gauches avec les conséquences que l’on connaît : entre 1997 et 2002, le gouvernement rouge rose vert avait permis au patronat d’avancer sur ses positions, même en lâchant sur les 35 heures. Rappelons ainsi que c’est le gouvernement qui a le plus privatisé sous la Vème République (assurances comme GAN et CIC ; le Crédit Lyonnais), et qui a ouvert le capital d’Air France et de France Télécom. De plus, les 35 heures ont été cédées contre l’annualisation de celles-ci, qui a permis de flexibiliser un peu plus l’organisation du travail.

Le coup de poker de Solferino est peut-être en passe de fonctionner, avec un équilibre beaucoup plus à gauche qu’en 1997, mais avec pour perspective raisonnable de prétendre au gouvernement, malgré les bilans de François Hollande. Avec la poursuite des procédures contre Fillon et Le Pen, cet accord permettrait ainsi aux formations de donner un nouveau souffle à leurs campagne, face à un Macron particulièrement dynamique.




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