Culture et Sport

#Blacklivesmatter. Rapinoe solidaire

Après Kaepernick, Rapinoe refuse de se lever pendant l’hymne états-unien

Publié le 8 septembre 2016

La joueuse internationale de football, diplômée en sociologie et en sciences politiques, ancienne milieu de terrain de l’Olympique Lyonnais, championne olympique en 2012, championne du monde en 2015 avec les Etats-Unis, pose un genou à terre pendant que les autres joueuses sont debout, tournées vers le drapeau étoilé, la main sur le cœur, entonnant l’hymne national américain. L’image est forte, la déclaration encore plus.

Sadek Basnacki

Un mois après que Kaepernick, le quarterback des San Francisco 49ers, soit resté assis pendant l’hymne national pour dénoncer les violences policières contre les afro américains et qu’un flot de violence se soit déversé à son encontre, Morgan Rapinoe, par ce geste a envoyé un message de soutien aux joueurs et au mouvement de lutte pour la communauté noire. Selon elle, « la manière dont il est traité et la manière dont beaucoup de médias couvrent cette histoire est dégoûtante »

Elle qui a fait son coming out en 2012 ne sait que trop bien ce que signifient les discriminations. Elle explique qu’ « étant homosexuelle aux États-Unis, [elle sait] ce que cela signifie de ne pas voir [ses] libertés protégées. ». « Racisme, homophobie, sexisme, qui nous protège ? Que fait l’Etat ? Il entretient les oppressions ». Par ces déclarations, elle participe à la secousse du prétendu « eldorado de la liberté » étatsunien. Elle explique : « c’est un petit geste, mais je vais continuer à le faire, pour déclencher une prise de conscience et des conversations ». Mais ce geste est bien plus grand qu’elle ne le dit. Une femme homosexuelle blanche qui prend la défense de la cause afro-américaine à la vue de millions de personnes est un acte symbolique qui a son importance. C’est justement ce lien, entre les blancs et les populations « racisées », pour la conquête de l’égalité sociale, économique et politique pour les noirs, qui renforcerait de prochaines explosions sociales et feraient peur à nos gouvernements. « C’est important que des blancs apportent aussi leur soutien aux gens de couleurs » déclare la joueuse qui a choisi d’aller à contre courant de la campagne présidentielle du candidat républicain Donald Trump qui souhaite que Kaepernick se trouve « un autre pays ».

Selon la loi étatsunienne, « tous sont égaux devant la loi ». Les faits démontrent cependant le contraire : il n’y a qu’à regarder le taux de noirs assassinés ou incarcérés par les forces de répressions par rapport aux blancs. Black Lives Matter n’est pas un OVNI mais la forme politique d’une lutte contre le racisme d’Etat qui persiste.

Rapinoe, une « excentrique au grand coeur » ?


Afin de délégitimer le caractère politique de son engagement et de ses prises de position, une grande partie des médias décrivent Rapinoe comme une « excentrique au grand cœur ». Quand elle a marqué son premier but en Coupe du monde, elle l’a célébré en chantant « Born in the U.S.A. » de Bruce Springsteen au micro placé au bord du terrain. C’était un acte politique dénonçant le chômage, le mépris, la prison, la misère, qui sont le lot quotidien des vétérans des guerres impérialistes américaines de ces dernières années.

En utilisant son statut de joueuse internationale de cette manière, son acte purement symbolique est néanmoins très subversif. En réalité, on pourrait espérer que le monde du sport fasse naître beaucoup plus « d’excentriques » comme Rapinoe !