Monde

Après Orlando : deux, trois, plusieurs Stonewalls

Publié le 14 juin 2016

Durant le mois de la fierté aux États-Unis, un homophobe appelé Omar Mateen est entré dans le Pulse, Night Club de la ville d’Orlando et a perpétré la fusillade la plus meurtrière dans l’histoire des États-Unis. C’était une attaque majoritairement des latinos et des noirs LGBTI, mais les médias bourgeois et les politiciens insistent pour qualifier cette attaque d’acte terroriste commis par l’ « Islam radical » contre le peuple américain.

Tatiana Cozzarelli

« Tu sais, toutes nos vies on nous a dit qu’on n’est pas normaux. Mais ce (bar) est notre maison. Nous sommes une famille… Alors ce soir nous allons célébrer ce que nous sommes. Ce n’est pas seulement OK, c’est merveilleux. »

Stone Butch Blues, Leslie Feinberg

Pour comprendre le massacre du Pulse, le club LGBTI d’Orlando, nous devons d’abord comprendre ce que les clubs veulent dire pour la communauté LGBTI. Pour ceux d’entre nous qui ne sont pas chez eux, avec leurs familles, à cause de l’homophobie et de la transphobie, ceux d’entre nous qui ne se sentent pas en sécurité dans les rues, le club est notre « chez soi ». Un endroit où nous sommes en sécurité, où nous nous sentons libres et sexy.

C’est dans les clubs qu’est né notre mouvement ; c’est le lieu où nous nous sommes levés contre l’homophobie et la transphobie des policiers qui nous arrêtaient et nous violaient. L’émeute de Stonewall, menée par des personnes trans et queers de couleur, a marqué la naissance du mouvement pour les droits des LGBTI - un mouvement contre la violence de la police, contre l’homophobie et la transphobie.

Pour les LGBTI latinos, trouver un chez soi est encore plus difficile dans une société raciste, homophobe et transphobe. Comment peut-on se sentir chez soi quand les pays d’où viennent nos familles sont dominés par l’Église catholique ? Une Église qui convainc nos familles que nous sommes malades et que nous aimer veut dire rejeter qui nous sommes et qui nous aimons. Comment peut-on se sentir chez soi dans des clubs gays avec des Blancs qui nous traitent comme des raretés exotiques ? Comment peut-on se sentir chez soi dans la société américaine qui déporte nos frères et nos sœurs, dans laquelle un candidat a la présidence nous traite de criminels et de violeurs ? Comment peut-on se sentir chez soi quand les LGBTI Noirs et Latino font face à la discrimination à l’emploi, avec des taux élevés de précarité et de chômage ? Pulse organisait une soirée Latino, une soirée qui a ramené des Latino queers pour faire la fête, pour se sentir chez soi, pour danser sur des rythmes qu’on écoutait chez nous quand nous grandissions en compagnie d’autres queers.

Cette nuit de fête a tourné court de la manière la plus terrible ; il n’y a pas de mots pour l’horreur du massacre dans le Pulse. Il n’y a pas de mots pour les attaques contre les LGBTI ce jour-là.

Le nom du tueur était Omar Mateen, une personne de New-York âgée de 29 ans, d’origine afghane, qui travaillait comme agent de sécurité pour la compagnie G4S depuis 2007. Selon les agents du FBI, Mateen a appelé le 911 et a déclaré loyauté à l’État Islamique. Omar Mateen, qui était ouvertement homophobe et avait une histoire de violence domestique, a choisi Pulse, un Night Club LGBTI pour perpétrer son crime. Il a tué plus de 50 personnes et en a blessé sévèrement 53 autres. Ce sont des faits qui marquent clairement un motif anti-LGBTI derrière cette attaque.

Les médias ont eu du mal à parler de cet événement comme d’un attentat terroriste contre des citoyens américains, ce qui mènerait à une politique comme celle qui a eu lieu après le 11 septembre 2001. Donald Trump a utilisé cet incident pour rappeler ses positions islamophobes inacceptables qui visent à interdire l’entrée des musulmans aux États-Unis. A part inciter la peur et le racisme chez les Américains, cette proposition n’aura aucun effet pour empêcher de nouvelles fusillades, qui sont le plus souvent le fait d’hommes blancs et non pas de « terroristes » venus de l’étranger. Le tueur d’Orlando est né et a grandi aux États-Unis, il est un produit de son militarisme, de son homophobie et son patriarcat.

Quand un musulman commet un acte de violence sur le territoire américain, la majorité des musulmans sont les victimes de cette violence - attaques verbales la plupart du temps, attaques physiques aussi. De la part de racistes qui s’en prennent individuellement et physiquement à des personnes qui ressemblent à la vision du musulman véhiculée par le FBI, l’islamophobie tue. Cet acte de haine horrible ne peut pas devenir une excuse pour opprimer encore plus les musulmans et les peuples du Moyen-Orient. Il ne peut pas être une excuse pour plus de surveillance et d’arrestations de musulmans, comme on l’a vu après le 11 septembre.

Nous devons réagir avec fureur à cet acte horrible. Mais cette colère ne peut pas être dirigée contre un autre groupe opprimé par le même gouvernement et la même droite qui opprime les LGBTI. Nous devons convertir cette colère contre l’homophobie, la transphobie, le racisme et les institutions qui les perpétuent, en organisation.

Nous devons lutter contre ceux qui votent des lois pour empêcher les personnes trans d’utiliser les toilettes pour des raisons de « sécurité publique ». Nous pouvons haïr et être en colère contre ceux qui ont rédigé ces lois. Nous devons haïr les dirigeants religieux qui utilisent leur position pour prêcher la discrimination, convainque les croyants que nous sommes immoraux, que nous sommes malades et que nous irons en enfer. Nous devons haïr Trump et sa rhétorique raciste. Nous devons haïr la double morale hypocrite des Démocrates qui déportent nos familles et nos amis, qui bombardent et tuent ailleurs.

Nous devons aussi haïr ceux qui empêchent les réfugiés d’entrer dans le pays - souvent des musulmans fuyant la violence créée par l’État Islamique. L’EI, produit du pillage brutal du Moyen-Orient par l’impérialisme. Nous devons haïr ceux qui laissent les réfugiés se noyer dans l’océan ou pourrir dans des camps en attendant un chez soi. Ces réfugiés se voient refuser d’entrer aux États-Unis par les mêmes personnes qui ne veulent pas que les LGBTI se marient, ou puissent pisser dans des toilettes publiques. Les mêmes qui refusent l’entrée à des immigrés latinos.

Nos vies importent seulement en ce moment pour remplir une agenda politique et stigmatiser les musulmans. Les vies des personnes queers n’importent pas quand elles sont déportées ou tuées par la police. Nos vies n’importent pas quand les LGBTI représentent 40 % de la jeunesse sans toit à cause de l’homophobie qui nous fait quitter nos familles.

Obama a parlé d’un acte terroriste contre des citoyens américains. C’est une blague cruelle que les Latinos deviennent soudainement des citoyens. Pour la police, le gouvernement, pour le raciste lambda, nous ne serons jamais des américains, en dehors de notre citoyenneté légale. Obama a pris soin de ne pas dire que les Latinos n’étaient aux États-Unis que pour « nos emplois » pour ne pas s’aliéner le vote des Latinos, qui votent en bloc pour les Démocrates comme « moindre mal ». Et pourtant, il a déporté plus d’étrangers que n’importe quel autre président dans l’histoire, déporté des sans-papiers qui cherchaient un refuge à la violence de leur pays d’origine. Violence qui est le produit de la politique impérialiste des Républicains et des Démocrates.

L’hypocrisie des discours d’Obama sur la violence devient évidente quand on regarde sa politique étrangère et le nombre de civils morts à cause de la guerre des drones. Les Républicains et les Démocrates sont unis derrière cette politique de tueries de masse au Moyen-Orient. Ils parlent depuis leur posture morale au-dessus d’une fosse commune creusée par des décennies d’interventions impérialistes, des drones d’aujourd’hui aux sanctions des années 1990, aux guerres et coups d’État de la Guerre Froide.

Tandis qu’Obama parle en faveur des personnes LGBTI sur le territoire américain, il subventionne à hauteur de millions de dollars des pays comme l’Arabie Saoudite, où être LGBTI c’est encourir la peine de mort. Aux États-Unis, les LGBTI ont toujours une reconnaissance et une protection limitée s’ils sont citoyens. Ailleurs, leurs rêves, leurs corps et leurs vies sont sacrifiées sur l’autel des intérêts stratégiques des États-Unis.

Même en Amérique, l’État maintient des mesures homophobes comme l’interdiction par la Food and Drug Administration du don du sang par des hommes gays. Il y a 53 personnes LGBTI à l’hôpital qui ont besoin de sang alors que des hommes LGBTI sont interdits de don du sang à cause de cette mesure homophobe. Après un moment d’un violence extrême contre les LGBTI, l’État qui dit nous protéger nous interdit la solidarité.

2015 a été l’année la plus meurtrière pour les femmes trans aux États-Unis et 2016 a commencé avec plusieurs assassinats de femmes trans - principalement des femmes trans noires. Et pourtant, il n’y a pas eu de mesures pour redresser cette vague de violences. Les LGBTI son en train de mourir, et les médias ne parlent pas de nos morts ; les politiciens n’en parlent pas non plus. Pour le gouvernement, les vies des LGBTI, spécialement les vies des LGBTI racisés ne valent pas grand chose.

Devant cette tragédie, quelques-uns appellent à la prière. D’autres appellent à l’amour entre les individus. J’appelle à ce qu’on s’organise dans l’esprit de Stonewall - exigeant que plus un seul d’entre nous ne soit tué, qu’on reconnaisse que nos problèmes ne sont pas individuels, mais perpétués par le gouvernement des États-Unis, Républicain ou Démocrate. J’appelle à ce qu’on s’organise pour utiliser notre haine et notre colère pour détruire un système pour qui il est indifférent qu’on vive ou qu’on meure, qu’on soit libre ou en prison.