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Politique

La saga continue

Après des années de magouille, les Balkany renvoyés en correctionnelle

Isabelle et Patrick Balkany ont l'habitude de faire les gros titres avec toutes les casseroles qu’ils traînent derrière eux. En un peu plus de 15 ans, le couple a été inquiété dans pas moins de 11 affaires pour corruption, blanchiment de fraude fiscale, trafic d’influence, etc. Cette fois, ils sont renvoyés en correctionnelle.

Après s’être laissés aller à quelques confessions auprès des enquêteurs en janvier 2017, Patrick et Isabelle Balkany ont finalement été renvoyés en correctionnelle et passeront donc devant les juges, on ne sait quand. Leur luxueux train de vie leur aura coûté cher. Ils sont accusés d’avoir dissimulé pas moins de 13 millions d’euros au fisc. Ils auraient blanchi cet argent grâce à des montages financiers complexes passant par des paradis fiscaux, notamment au Liechtenstein. Comme l’explique Libération, ces montages ont justifié pas moins d’une « vingtaine de commissions rogatoires internationales ».

Plusieurs de leurs biens immobiliers ont été saisis par la justice, comme la Villa Pamplemousse à Saint-Martin, le riad Dar Gyucy au Maroc et le moulin de Giverny.

Des montages financiers frauduleux

Après avoir été réélu à Levallois en 2001, Balkany a revendu la villa Serena (lieu de son exil après avoir été condamné), dissimulée derrière une société écran du Liechtenstein, Belec Etablissement et une fiduciaire suisse, Atlas Finanz Services, installée à Zoug, l’un des cantons préférés des évadés fiscaux. Patrick Balkany était le « bénéficiaire économique » d’un compte ouvert par Belec à la banque LGT du Liechtenstein, où ont été virés en août 2002 plus de 2 millions d’euros, juste après la revente de la villa Serena.

Le Riad Dar Gyucy

Le couple nie être propriétaire du riad Dar Gyucy, au Maroc, acheté en 2009 plus de 5,8 millions d’euros, dont 2,5 millions sous la table. Libération explique que cette opération a été « réalisée grâce au savoir faire de l’avocat Arnaud Claude, ancien associé de Nicolas Sarkozy et mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale ».

Comme nous l’expliquions dans un article de janvier 2017, le fils Balkany est mêlé à l’affaire. Alexandre Balkany loue à l’année ce somptueux palace et le prête parfois à papa et maman. Or, ce petit pied-à-terre a été acheté en janvier 2010 par une société panaméenne au porteur, Hayridge, dont l’ayant droit est Jean-Pierre Aubry, l’ancien bras droit de Patrick Balkany à la mairie de Levallois. Les fonds qui ont permis l’achat, le versement d’un dessous de table et les travaux proviennent d’un compte à Singapour détenu par une autre société panaméenne au porteur, Himola, contrôlée par ce même Aubry. Deux hommes d’affaires proches de Balkany ont alimenté le compte Himola. Georges Forrest, richissime industriel minier du Katanga, y a versé 5 millions de dollars. Mohamed Al-Jaber, un milliardaire saoudien un temps candidat à un projet immobilier de plus d’un milliard à Levallois y a également mis de sa poche.

Balkany se défend en expliquant que le riad appartient à Al-Jabber, or celui-ci n’y a jamais mis les pieds, contrairement à notre bon Patrick, qui l’a visité avant son achat et a discuté de son prix avec le propriétaire.

Libération explique que « pour prouver leur bonne foi, les époux sont allés jusqu’à transmettre à la justice des contrats de location fournis par leurs fils Alexandre. Des contrats « fictifs », selon les magistrats, uniquement destinés à « dissimuler à l’administration fiscale ce bien immobilier et d’échapper ainsi à l’impôt de solidarité sur la fortune ». Heureusement que Macron est là pour que désormais les fraudeurs millionnaires puissent agir en toute légalité !

Un train de vie loin de correspondre à leurs déclarations fiscales

Le moulin de Giverny a été déclaré au fisc comme valant 148 000 euros, mais cette propriété de 4 hectares est évaluée à plus de 4 millions d’euros, ce qui la rend imposable. Autre fait que les enquêteurs ont découvert avec stupeur, c’est le salaire déclaré par le couple. Entre 2010 et 2012, les revenues d’Isa et Patoche Balkany « n’atteignaient même pas les salaires versés à leurs six employés de maison sur la même période » explique Libération.

En effet, les enquêteurs ont découvert lors d’une perquisition les poches d’un peignoir gravé aux initiales de Patrick Balkany, remplies de billets de 500 euros. Sans doute l’argent des courses, puisque comme le révèle France Info, « Isabelle Balkany avait pour habitude de se rendre au supermarché et d’aller voir la patronne pour échanger ses billets de 500 en petites coupures, de peur qu’ils ne passent pas à la caisse ».

Selon Libération, le parquet national financier a souligné « la "distorsion" entre les revenus déclarés des époux et leur train de vie, insistant sur "l’accroissement de leur patrimoine corrélativement à leur carrière politique". Un patrimoine acquis "pour l’essentiel grâce aux fonctions publiques exercées par Patrick Balkany" ».

Avec tous ces éléments, les époux Balkany ont donc été déférés en correctionnelle, où ils seront jugés pour fraude fiscale. Il faut ajouter à cela une procédure pour blanchiment et corruption.

Mais la justice n’est pas la même pour la classe des dirigeants et pour nous. En 15 ans, le couple a été inquiété dans pas moins de 11 affaires, avec à la clé une seule condamnation. Quand certains (pauvres) prennent des mois de prison ferme pour avoir volé un sandwich, une canette, ou un morceau de fromage... De plus, les Balkany ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La plus grande majorité des politiciens vivent de malversations tandis qu’ils s’engraissent sur le dos des salariés, quand ils ne volent pas ouvertement. Ils n’auront pas besoin qu’on leur envoie des oranges, puisqu’ils ont de quoi se payer des orangeraies.




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