Monde

Etats-Unis. Violence policières

Après la fusillade de Dallas, la lutte pour la justice doit continuer !

Publié le 12 juillet 2016

Photo : Reuters

John Leslie, LeftVoice, 11 juillet 2016

Les Noirs-américains sont sous la menace. Des violences policières à l’encontre de la communauté noire aux meurtres racistes impunis par un système judiciaire qui l’est tout autant, c’est le caractère systémique de cette injustice raciste qui est mise à jour. Le mouvement Black Lives Matter est de retour et ne cède rien aux pressions des flics et des politiciens.

Le 7 juillet, un vétéran de l’armée, lourdement armé, Micah Johnson, 25 ans, a tiré sur 12 officiers de police, tuant 5 d’entre eux lors d’une manifestation pacifique du mouvement Black Lives Matter dans la ville de Dallas, au Texas. L’hypothèse d’une action coordonnée de plusieurs tireurs véhiculée par les médias s’est révélée fausse. La fusillade s’est déroulée pendant la mobilisation exigeant la justice pour Alton Sterling et Philandro Castile. L’événement a eu pour conséquence un déferlement de prises de paroles publiques en soutien aux policiers tués de la part des syndicats racistes de policiers, aux droitiers en tout genre et aux politiciens, qu’ils soient libéraux ou conservateurs.

Après la fusillade, Johnson a été embusqué par la police, et s’est réfugié dans un garage. La police a déclaré que Johnson avait dit avoir installé des bombes dans le bâtiment et qu’il désirait « tuer des policiers blancs ». La police a alors utilisé une bombe place sur un robot pour faire exploser Johnson et le tuer. Pas de jugement, pas de jury, aucune procédure de justice pour ce dernier.

Mark Hughes, un manifestant du Black Lives Matter qui avait choisi de porter un fusil non chargé en guise de signe de protestation cette nuit a été pris en joue par la police pendant près de quatre heures, alors que les policiers l’accusaient d’être un des auteurs de la fusillade. Hughes a été finalement relâché après avoir été interrogé par la police pendant des heures, sans aucune preuve. Hughes et son frère, Corey Hughes, ont reçu des centaines de menaces de mort depuis cet incident. Hughes a invoqué le second amendement de la constitution à la manière de Trump il y a plusieurs semaines à Dallas. Porter des armes à feu est en effet légal au Texas.

"L’Amérique noire fait actuellement face à une situation dans laquelle se combinent les meurtres et les violences de la police en dehors de tout contrôle judiciaire, l’incarcération de masse, le chômage de masse, la pauvreté, et le travail précaire, ainsi que des attaques à l’encontre des acquis du mouvement des Droits Civiques."

A la suite de cet incident, le très conservateur et politicien raté, Joe Walsh, devenu chroniqueur d’une célèbre émission de radio a publié ce tweet : « maintenant c’est la guerre. A tous les punks du Black Lives Matters, gare à vous. La vraie Amérique reprend son terrain ». Le chef du syndicat de la police de New York a également comparé la fusillade de Dallas au « renouveau de l’Armée de Libération des Noirs [organisation paramilitaire marxiste et anti-impérialiste des années 1970-1980, symbole du Black Power, démantelée dans les années 1980 par la police] »

Bill de Blasio, Maire démocrate de la ville de New York, a appelé les manifestants du BlackLivesMatter à faire la démonstration « de retenue et de décence » après la fusillade. C’est également de Blasio qui, en 2014, avait de la même manière, utilisé la mort de deux policiers pour casser le mouvement de protestation, alors que la justice venait de déclaré innocent les policiers responsables de l’assassinat d’Eric Garner.

Quant à William Johnson, chef de la Fédération nationale des associations de policiers, il a déclaré qu’était en train de se mener une « guerre contre la police » dont il a fait porter la responsabilité à l’administration d’Obama.

Y compris John Lewis, officiellement une icône des droits civiques, s’est attiré les foudres du mouvement noir en publiant sur tweeter « j’étais été battu à sang par la police. Mais je ne les ai jamais détestés. J’ai toujours dit « merci pour le service que vous rendez ».

Enfin, Obama a quant à lui rapidement condamné les violences contre la police et s’est empressé de ramener le débat sur la nécessité d’un contrôle plus stricte de la vente et du port d’armes à feu. Clinton a déclaré qu’elle portait le deuil pour les policiers qui ne faisaient « que leur devoir ».

Diaboliser et démobiliser une contestation grandissante

La classe dirigeante et ses pantins politiques veulent désespérément diaboliser et démobiliser le mouvement Black Lives Matter. Ils utiliseront n’importe quel moyen, répression ou autre cooptation pour délégitimer la lutte pour la justice. Le vendredi soir,la police anti-émeute de Phoenix a lancé du gaz lacrymogène sur les manifestants du BLM qui cherchaient à bloquer une autoroute. Le samedi soir à Minneapolis, des policiers anti-émeute ont utilisé fumigènes, gaz lacrymogène, et gaz au poivre sur des manifestants qui ont fermé l’autoroute Interstate 94. Les policiers ont arrêté 74 personnes lors d’une marche du Black Lives Matter à Rochester, New-York. Trente autres ont été arrêtées pendant une manifestation à Bâton Rouge, en Louisiane. Parmi les arrêtés de Bâton Rouge se trouvent les militants du BLM DeRay, McKesson, et la candidate socialiste aux présidentielles, Gloria La Riva. Jusqu’à aujourd’hui, la campagne de peur et la répression n’ont pas fonctionné, et les manifestations continuent dans les villes à travers les Etats-Unis. Toutes les charges contre les manifestants doivent être abandonnées immédiatement.

Violence, non-violence et action de masse

Les révolutionnaires ne sont pas pacifistes. Nous soutenons le droit à l’auto-défense et ne croyons pas que ce système social criminel peut être renversé par un biais parlementaire. Nous ne mettons pas sur un même pied d’égalité la violence des opprimés et celle de l’oppresseur. Cela dit, nous ne soutenons pas la terreur individuelle ou ce que certains appellent la « propagande de l’action ». Le succès des mouvements est basé sur leur capacité à organiser et mobiliser les masses. Comme le révolutionnaire russe Lénine disait, « Les masses se comptent par millions ; or, la politique commence là où il y a des millions ; elle devient sérieuse là seulement où l’on compte par millions, et non par milliers. » Les actions individuelles ou en petit groupes ne peuvent se substituer aux actions des masses.

Ceci étant dit, la police tue une personne noire désarmée toutes les 28 heures. Le système de l’injustice criminelle punit rarement les policiers tueurs. Les policiers sont souvent innocentés après une enquête hâtive. L’Amérique noire fait face à une situation de violence et tueries de la police, à l’incarcération de masse, au chômage de masse, à la pauvreté, au travail précaire, et aux attaques contre les acquis du mouvement des Civil Rights (« droits civils »). Dans ce contexte, une contre-attaque est inévitable. S’il y a réaction violente, c’est clairement une situation où les « chickens coming home to roost » (« poulets rentrants au poulailler », expression équivalente de « qui sème la misère récolte la colère »), comme l’a dit Malcom X après l’assassinat de John F. Kennedy.

Le succès des mouvements est basé sur leur capacité à organiser et mobiliser les masses.

Le mythe du « colorblind », du « mélange des couleurs », des Etats-Unis sous Obama est un mensonge exposé à la vue de tous. Le mouvement contre la répression policière a été le plus souvent de tempérament non-violent. Ces rébellions qui sont survenues, à Ferguson, Baltimore et ailleurs, a été la réponse à des décennies de violence d’Etat et d’oppression systémique.

Les forces de police ont été de plus en plus militarisées sous le programme 1033 du Département de la Défense, qui a mis un équipement militaire dans les mains des policiers locaux. La police agit comme une force d’occupation dans les communautés opprimées. Les buts de notre mouvement doivent s’étendre au-delà de l’opposition à la police militarisée, avec un appel clair à l’abolition de la police et des prisons.

Le mouvement ne doit pas céder à la pression pour stopper les mobilisations pour les Black Lives et les droits démocratiques. Nous avons une opportunité d’élargir le mouvement en amenant la question de la police dans les syndicats avec la revendication « policiers hors de nos syndicats ! »

Construire un mouvement clairement indépendant des Démocrates, et basé sur une stratégie d’un front uni d’action des masses, peut approfondir la lutte pour mettre un terme à la violence policière, la guerre raciste des drogues et le système de la prison industrielle. Les révolutionnaires veulent construire un monde où la police et les prisons ne sont pas nécessaires. L’abolition de ces fonctions d’Etat répressives devrait être un des objectifs de ce mouvement.