Débats

Débat au sein de la plateforme A du NPA

Après la mobilisation contre la loi Travail. Une situation à la fois dramatique et prometteuse qui impose des défis aux révolutionnaires

Publié le 8 août 2016

(L’article qui suit a été écrit dans le cadre des débats ouverts au sein de la plateforme A du NPA).

Le mouvement contre la Loi Travail marque un changement radical dans la situation politique en France et en Europe. Dans un contexte marqué par l’échec total de l’expérience de Syriza et son passage en un temps record du réformisme au libéralisme le plus agressif, ainsi que par le retour des souverainismes (comme on le voit avec le Brexit), la situation hexagonale, elle, marque une dynamique distincte.

Juan Chingo

La spécificité française


Sa spécificité réside dans le fait qu’en France se sont combinées différentes résistances qui, ailleurs en Europe, ont le plus souvent émergé de façon séparée. Malgré une certaine diachronie, imposée en grande partie par la politique de la direction de la CGT, les quatre mois de mobilisation avant la pause estivale ont vu se succéder, dans le cadre d’un même mouvement, différents secteurs de la jeunesse étudiante et lycéenne mais, aussi et surtout, des secteurs stratégiques du mouvement ouvrier tels que les raffineurs, travailleurs portuaires et cheminots.

Malgré toutes les limites qui ont été celles du mouvement (faiblesse de l’auto-organisation, non-généralisation de la grève, difficultés à massifier dans la jeunesse) le retour sur le devant de la scène des travailleurs du privé, avec des symptômes d’un changement d’état d’esprit même là où la mobilisation a été ponctuelle, comme dans le cas de l’industrie automobile, appuie l’hypothèse de l’ouverture d’un nouveau cycle de la lutte de classes. Ce n’est qu’un début ?

Plusieurs autres éléments renforcent la perspective d’une poursuite, sur le terrain de la lutte de classes, du mouvement ouvert ce printemps :

1-Même s’il a réussi à faire passer la loi, le gouvernement a dû le faire au prix d’énormes concessions et manœuvres afin d’éviter la perspective d’un tous ensemble et de la grève générale, perspective qui s’est emparée des esprits d’une avant-garde large.

2- Cette avant-garde, bien que minoritaire au regard des larges masses, a fait preuve d’une grande détermination et, prise au sens large, représente tout de même quelques centaines de milliers de personnes ayant pris part à celui qui est, d’ores et déjà, l’un des mouvements sociaux les plus longs de l’histoire du pays. Elle dispose d’une forte sympathie parmi les travailleurs et les couches populaire et ce en dépit du matraquage médiatique brutal.

3- A la différence de 2010, lorsque la défaite du mouvement contre la réforme des retraites a été canalisée sur le terrain électoral par l’anti-sarkozisme, il y a toujours des secteurs disposés à poursuivre le combat, au point de pousser les directions syndicales à appeler à une journée de mobilisation, dès la rentrée, le 15 septembre. La rupture, à une échelle de masses, entre le Parti Socialiste et la majeure partie de sa base sociale qui a fait de façon assez éloquente l’expérience de la « gauche au pouvoir », et sera donc plus difficilement convaincue par les discours du « moindre mal ».
4- Aussi réactionnaire et liberticide que n’a pu l’être ce gouvernement (et il a battu tous les records sur ce terrain), celui qui lui succèdera sera bien pire. Face à un agenda d’attaques libérales aussi dures, il est donc probable qu’il continue à y avoir des ripostes.

Les bifurcations d’une situation largement polarisée


Cependant, malgré la bouffée d’air frais apportée par le mouvement, la situation reste marquée par une forte polarisation dont l’attentat de Nice, avec ses plus de 80 morts, représente, en quelque sorte, une « piqûre de rappel ». Survenu après des mois et des mois de répression et d’utilisation des prérogatives de l’état d’urgence contre le mouvement social, cet acte meurtrier interroge sur un dispositif policier aussi efficace contre les grévistes et aussi peu efficace pour prévenir les attaques terroristes.

Mais ces attentats nous rappellent aussi un certain nombre d’alternatives qui s’imposent dans cette situation complexe : soit la classe ouvrière et la jeunesse apportent une réponse de fond (et pas seulement au plan défensif) contre le racisme d’état et les violences policières subies en priorité par les populations racisées, soit ce sera des forces réactionnaires comme le Front National qui continueront à capitaliser le malaise social qui s’approfondit.

En d’autres mots : soit la classe ouvrière commence à avancer les éléments d’un programme hégémonique, c’est-à-dire qui tienne compte de la situation particulièrement difficile des couches les plus exploitées et opprimées qui se concentrent dans les banlieues (réponse au chômage structurel, à la discrimination, etc.), soit la bataille sera emportée par Daesh et sa théorie du chaos et par la perspective d’un Etat de plus en plus lépénisé et bonapartiste où chaque nouvel attentat servira de prétexte pour monter d’un cran dans la répression contre le mouvement social et pour approfondir les divisions au sein de notre classe.

Loin de tout économisme ou luttisme, il s’agit d’un programme qui réponde aux contradictions et aux spécificités du capitalisme français, à son caractère rentier, de grand producteur d’armes, à ses rapports criminels avec les gouvernements les plus réactionnaires d’Afrique et du Proche et Moyen-orient, etc.. Enfin un programme qui s’attaque non seulement à la Loi Travail mais au « monde » pourrissant qui l’engendre, le capitalisme.

La nouvelle situation est ainsi marquée par de nouvelles et immenses possibilités pour les révolutionnaires, mais aussi par des défis et de responsabilités. Contribuer à l’élaboration d’un tel programme, se doter des moyens de le populariser, de le concrétiser dans le cadre des expériences de lutte de notre classe constitue une part importante de ces mêmes défis. En tant que CCR nous entendons apporter notre petite pierre en ce sens, en mettant revolutionpermanente.fr (dont l’audience s’est démultipliée pendant ces derniers mois et se mesure désormais en quelques centaines de milliers de lecteurs) au service de cette perspective.