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Comprendre la victoire de Donald Trump

Après la victoire de Trump, quel bilan pour l’ère Obama ?

Publié le 9 novembre 2016

Correspondants

Quand Barack Obama a pris la présidence des Etats-Unis en 2009, des millions de personnes avaient l’espoir d’un changement. Son administration prétendait se caractériser par une ligne « modérée » qui, sur des sujets particuliers -comme la réforme de la santé-, s’est confrontée à l’aile conservatrice du parti républicain, bien qu’au final celui-ci ait cédé. La victoire de Donald Trump est aussi le symptôme de la fin de l’espoir qu’Obama et le parti démocrate avaient suscité. En huit ans, bien des illusions de changement se sont évaporées et les inégalités sociales et contradictions politiques explosent dans le scénario post-crise économique de 2008.

Malgré les tentatives pour apparaître comme un modéré au plan national et prétendre laisser comme leg de sa présidence la reprise des relations avec Cuba et l’Iran au plan international, le tableau est beaucoup plus complexe que ça. L’accumulation de contradictions dues aux effets de la crise de 2008 et la situation catastrophique au Moyen-Orient, sous-produit de la crise d’hégémonie Nord-Américaine sur le monde, sont derrière les véritables « hits » du premier Afro-américain élu à la maison blanche : Création massive d’emplois précaires, montée des tensions raciales, la jeunesse endettée et appauvrie, déportation de millions de migrants, guerres commerciales contre l’Europe et un approfondissement de la crise en Syrie et en Irak font partie du véritable leg que laisse Obama au prochain résident de la maison blanche.

Précarisation de l’emploi et bas salaires

La destruction de millions d’emplois et la fermeture d’usines et d’entreprises qui ont suivi le début de la crise économique de 2008 ont eu comme contrepartie la création d’emplois précaires, majoritairement dans le secteur des services. La montée en puissance d’un mouvement de travailleurs luttant pour un salaire minimum de 15 dollars horaires est la réponse à la création massive d’emplois « jetables » sous la présidence Obama.

Depuis le début de la grande récession se sont créés 14 millions d’emplois, mais la majorité dans des secteurs à bas salaires. Malgré la forte pression pour augmenter le salaire minimum à 15 dollars/heure, seules ont été concédées quelques augmentations au niveau local et et étatique. Le salaire minimum fédéral (national) est à 7,25 dollars/heure.

Montée des inégalités

Malgré le fait d’avoir injecté plus de 3 milliards de dollars pour stimuler la finance, les bénéficiaires de ce coût en argent public ne furent pas ceux dans le besoin : pendant que les salaires des travailleurs ont stagné, la rémunération des PDGs et le retour sur investissement ont considérablement augmenté. Le résultat est que, entre 2009 et 2012, les bénéfices des 1% les plus riches ont augmenté de 31%, alors que le reste de la population a stagné. Cette tendance continue jusqu’à aujourd’hui.

Du questionnement sur cette immense redistribution de richesses vers une minorité de multi-millionnaires est né le mouvement Occupy Wall Street, qui a eu le mérite de dénoncer à juste titre cette énorme écart d’enrichissement des 1% par rapport au reste de la population. Obama a été l’architecte de ce sauvetage des banques, du secteur financier et des grandes entreprises.

La dette des étudiants intenable

Les millénaires (la génération née après 1980) sont la première génération qui aura un niveau de vie plus bas que ses parents. En plus d’avoir des emplois précaires qui ne leur permettent pas de vivre ni de s’émanciper financièrement de leur famille, beaucoup d’entre eux ne peuvent accéder aux études supérieures, devenues un véritable marché impossible à financer.

Ce marché est dominé par les universités privées, mais même dans les universités publiques, les coûts font qu’une grande partie des jeunes en sont exclus, ou font leur études au prix de dettes toujours plus grandes. La génération qui a eu son diplôme en 2015 a battu des records historiques, avec une dette moyenne par étudiant de 35 mille dollars.

Obama n’a pas changé d’un iota le fonctionnement pervers de ce système, qui est une des raisons pour laquelle des millions de jeunes ont appuyé la candidature de Bernie Sanders durant les primaires démocrates, et ses promesses d’en finir avec le business de l’éducation.

Racisme

Les 2 dernières années on été le théâtre d’un accroissement du nombre d’assassinats d’afro-américains par des policiers blancs. L’augmentation des tensions raciales a donné une vague de manifestations dans tout le pays, commençant à Ferguson et passant par Baltimore, New York ou Charlotte. Le racisme est présent non seulement au travers des assassinats de la part de la police (ils représentent 40% des morts alors qu’ils ne sont que 13% de la population) mais aussi dans le taux d’emprisonnement, dont les afro-américains représentent 37%.

Quand aux salaires, la différence est immense : alors que la moyenne de salaire d’une famille blanche est de 58 mille Dollars par an en 2007 et est tombée à 55 mille en 2013, dans les familles non-blanches cette moyenne est passée de 41 mille à 34 mille sur la même période. L’écart racial à augmenté considérablement.

L’avènement du mouvement Black Lives Matter est une expression profonde du racisme institutionnel et historique qui n’a pu être résolu, même par l’arrivée du premier président noir à la Maison Blanche. La désillusion sur la possibilité d’atteindre une société « post-raciale » aux Etats-Unis fait partie du mécontentement croissant face aux promesses non tenues d’Obama.

Trente millions sans couverture de santé

Annoncée en grande pompe durant la campagne présidentielle et finalement implémentée en 2014, la réforme de santé d’Obama a été faite dans le sens des grande firmes du secteur de la santé. Bien qu’il y ait eu une augmentation de la couverture de santé pour les plus pauvres (Medicaid), le gros des nouveaux assurés sont assujettis à la « clause individuelle » qui oblige tout individu à prendre une assurance maladie sur le marché. Même ainsi, il reste 30 millions de personnes sans couverture de santé, en plus des immigrants sans papiers qui sont hors-statistiques.

Déportation massive des immigrants

Face aux déclarations xénophobes et racistes de Trump, Obama pourrait paraître comme le défenseur de la lutte des immigrants. Bien au contraire, il restera dans les mémoires pour ses déportations massives de sans-papiers.

Obama a annoncé un ordre exécutif en 2014 qui octroierait la résidence temporaire à 4 millions d’immigrants arrivés mineurs aux Etats-Unis, mais laissant aux frontières 7 millions de sans papiers. Même dans ces conditions, le décret a été freiné par l’opposition des gouvernements de plusieurs Etats. Malgré cette soi-disante ouverture, Obama a déporté plus d’immigrants que n’importe quel président des Etats-Unis : 2,5 millions depuis qu’il a assumé la présidence en 2009. Pour comparaison, George W Bush n’a déporté « que » 23% de ce nombre.

A cela s’ajoute la responsabilité d’Obama dans la crise et les guerres dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Bien qu’il ait réduit au minimum ses troupes en Afghanistan et en Irak, Obama a continué les interventions militaires et a étendu l’usage de drones qui évitent les morts Nord-américaines mais multiplient les victimes civiles des pays visés. L’exemple le plus démonstratif est celui de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan où les « dommages collatéraux » sont constants.

Dans le cadre de la guerre « contre le terrorisme », Obama apporte son soutien à la monarchie d’Arabie Saoudite dans ses bombardements contre le Yemen et finance directement le développement en armement de l’armée sioniste d’Israël. De plus, il mène la coalition contre l’Etat Islamique en Syrie qui a coûté la vie a plus de 350.000 personnes ces 5 dernières années. Cette politique a plongé la région dans une crise humanitaire aux proportions historiques, qui s’exprime, entre autres, dans la crise migratoire que vit l’Europe.

Une grande partie de ceux qui ont voté Obama, dont les jeunes, les étudiants et travailleurs, ont vu comment leur illusions se délitaient au fil des huit ans qu’il a passé à la maison blanche. C’est que, malgré les attentes avec lesquelles ils accueillaient le premier président afro-américain après les fracas de l’ère Bush, Obama a démontré qu’au delà de la race, du genre ou du parti auquel il appartient, le résident de la maison blanche est avant tout le représentant de la bourgeoisie impérialiste des Etats-Unis et, malgré sa décadence, le chef des armées de la première puissance mondiale.

Cet article fut en partie originellement publié dans le supplément Claves de la Politica Internacional du mois de Mars 2016.