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Notre classe

Au piquet !

Après le 12, après le 21, avec les routiers : et maintenant, on fait quoi ?

La situation est assez paradoxale : le gouvernement se félicite que Macron ait paraphé les ordonnances, mais sait que rien n’est complètement joué tant qu’il ne sera pas sûr que le danger de coagulation des colères ne sera pas passé. De notre côté, il y a les journées d’actions, les manifestations et les mobilisations sectorielles depuis le 12 septembre, mais sans que tous ces moments coagulent, alors que la colère est bien là. La détermination des routiers, sur les barrages, lundi matin, comme l’envoi des CRS par le gouvernement témoignent que les ingrédients sont réunis. Et pourtant, maintenant, « on fait quoi » entend-on chez ceux qui ont battu le pavé et ont débrayé ces dernières semaines ?

C’est dans les grèves qu’ça s’passe

Pour Mélenchon, il faudrait être 1 million 500 000 sur les Champs et les choses iraient mieux. C’est un raccourci, ou un demi-mensonge. Une chose est sûre : s’il y a bien quelque chose qui a fait peur aux gouvernements, dans le passé, en 1995, lors de la réforme Juppé de la Sécu, comme en 2006, sur le CPE, ce n’est pas tant le nombre de manifestants dans la rue que le type de combat qui était mené. Bien entendu, pour faire peur à un gouvernement, il faut qu’un mouvement grossisse. Mais la clef, pour le faire plier, ce n’est pas « le million », dans la rue, mais la façon dont des dizaines de milliers de salariés et de jeunes se mobilisent, radicalisent les formes de luttes et se coordonnent.

On se rappellera de Juppé, « droit dans ses bottes » ; de Villepin, qui disait « ne pas reculer face à la rue » ; ou de Sarkozy, qui affirmait que « les manifestants ne dictent pas la loi ». Mais c’est bien lorsque les trains n’ont plus circulé, que les administrations et les écoles ont été fermées, que des zones industrielles entières étaient bloquées par des barrages et des piquets, le tout accompagné de manifestations et de grèves massives, en semaine, et en continu, que la droite a cédé, aussi bien sur la Sécu que sur le CPE.

Des journées d’action et actions par secteur à un mouvement d’ensemble

Depuis le 12 septembre, et d’ici au 10 octobre, avec la grève unitaire de la fonction publique, il y a eu et il y aura des grèves et des manifestations, à commencer par le mouvement des routiers CGT-FO, mais il n’y a pas encore de mouvement à proprement dit contre la Loi Travail XXL. Plutôt que de coordonner et de donner de la continuité ou, a minima, entourer ce qu’il se fait, comme les piquets de routiers, de la plus grande solidarité active possible, les organisations syndicales et politiques qui s’opposent aux mauvais coups de ce gouvernement ne font pas appel à ce que, tou-te-s ensemble, on tape au même moment et sur le même clou. Du côté de La France Insoumise, Mélenchon propose, quant à lui, de convoquer à une seconde date. On y serait « tous ensemble », mais à nouveau un samedi, et surtout derrière lui.

Si le gouvernement veut continuer à inverser la hiérarchie des normes (dans le privé comme dans le public) pour asséner un coup majeur contre le monde du travail et sa capacité d’organisation, il y a pourtant un enjeu réel à ce que nous imposions, nous, fainéants, fonctionnaires, manifestants, grévistes, jeunes, racaille, l’inversion de cette logique qui voudrait que les dates de mobilisations soient fragmentées et que le syndical et le politique ne soit jamais reliés, si ce n’est pour dire qu’il faut faire confiance en l’homme providentiel.

D’une part, le gouvernement craint que l’un des secteurs qui part puisse articuler autour de lui la colère des autres, que ce soit les routiers ou les 5,1 millions de fonctionnaires qui seront appelés à la grève le 10 octobre, dans deux semaines. De l’autre, ni Macron ni Philippe ne seront tranquilles tant qu’ils n’auront pas eu la garantie que la rentrée des lycéens et des étudiants n’est pas agitée.

Que, d’une façon ou d’une autre, ces deux secteurs puisse se retrouver, dans la rue, en faisant grève, en pesant sur l’économie et la situation politique, voilà ce qui effraie le gouvernement et le Medef car les fronts de contre-réforme sont aussi multiples que les colères sont, potentiellement, nombreuses : Loi Travail XXL, contrats aidés, sélection à l’université et rentrée calamiteuse sur certaines facs, attaques contre les fonctionnaires et, dans le viseur, les réformes de l’Unedic, de la formation professionnelle et des retraites et le tout, sur fond, comme toujours, d’état d’urgence permanent et de violences policières contre les manifs, les piquets et les quartiers.

Aux côtés des routiers, pour une grande rencontre nationale des secteurs combatifs, en suivant l’exemple du Havre-Harfleur

Ce gouvernement est un gouvernement de combat. On ne pourra pas le combattre les week-ends. Ce gouvernement, élu au premier tour avec 21% des voix, a la légitimité que lui confère le Medef. On ne pourra pas le contester tant que l’on ne sera pas dans la rue, en grève, contre le patronat du privé comme du public. Ce gouvernement se veut fort et, donc, il nous veut divisés. Nous ne pourrons le faire reculer que lorsque nous serons tous ensemble. Mais encore une fois, en lutte, sur nos lieux de travail, d’étude et les quartiers, de façon coordonnée et continue.

S’il faut que les dirigeants des organisations syndicales et politiques s’asseyent une bonne fois pour toute autour d’une table et discutent, en direct, en sans médias interposés, d’un réel plan de lutte dont il faudrait se doter, la question est trop importante pour que l’on ne s’en saisisse pas.

Il y a suffisamment de sections, d’UL, d’UD, syndicales, y compris au-delà de la CGT et de Solidaires, y compris au sein de la FSU, de FO, de la CFDT et ailleurs, qui veulent un vrai plan de bataille ; il y a suffisamment de structures, parfois encore petites, mais déterminées, AG interpro ou interluttes, AG de villes d’enseignants, Front Sociaux locaux, pour mettre en place une grande rencontre nationale du public-privé, de la jeunesse et des quartiers des secteurs en lutte et qui veulent en découdre avec ce gouvernement, car le moment est décisif. C’est ce qui a émergé du meeting du Havre-Harfleur, le 21 au soir : en suivant cet exemple, il faut le généraliser et en faire un rendez-vous national.

Cette grande rencontre, qui permettrait de discuter, d’échanger et de décider, ensemble, de ce que nous devons faire et que nous exigeons de nos organisations, ce serait le meilleur moyen pour construire le mouvement, sur la base des différentes dates qui existent, à commencer par les piquets des routiers, qu’il faut appuyer, mais la meilleure façon également de garder la main sur notre combat dans lequel il faut faire rentrer massivement la jeunesse, qui n’a pas dit son dernier mot et pourrait trouver chez les routiers un premier appui dans la mobilisation.

Crédit photo : Thierry Creux - Ouest France




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