Politique

Regards extérieurs

Après le 49.3, la presse internationale pointe la faiblesse du gouvernement Hollande-Valls

Publié le 11 mai 2016

Philippe Alcoy

La mesure antidémocratique, bien que tout à fait légale d’après la Constitution française, prise par l’impopulaire et antipopulaire gouvernement du PS – lui permettant d’adopter la Loi Travail par décret –, n’est pas passée inaperçue à l’étranger. Et pour cause, plusieurs des principaux journaux internationaux en parlent. Malgré certaines différences dans la ligne éditoriale, un constat fait consensus : le recours au 49.3 est clairement un aveu de faiblesse du duo Hollande-Valls.

Ainsi, pour le journal de la City de Londres, The Financial Times, cette « décision drastique souligne la faiblesse politique de M. Hollande et les tensions qui déchirent la gauche, à un an des élections présidentielles ». Pour ce journal, « la réforme simplifie les lois du travail […] rapprochant la France du modèle de l’Allemagne ou de celui du Royaume-Uni, qui affichent des taux de chômage inférieurs. Mais elle a concentré la colère des syndicats de gauche, des organisations d’étudiants et des députés socialistes qui acceptent difficilement le recentrage de M. Hollande et craignent de perdre leurs postes de députés aux élections législatives de l’année prochaine ».

De cette façon, «  l’échec de M. Hollande pour gagner le soutien pour une telle réforme d’ampleur révèle sa dure bataille pour unir son parti et pour gagner d’autres électeurs de gauche pour avoir une chance de gagner un second mandat [en 2017] ».

De son côté, le New York Times se positionne clairement pour la réforme du PS. On y « dénonce » un « code du travail rigide » dans un pays qui connaît un taux de chômage au-dessus de 10% depuis des années. Ainsi, « la drastique manœuvre parlementaire employée par le gouvernement mardi était la preuve des difficultés à changer les politiques économiques qui continuent d’avoir un large soutien à gauche, malgré le fait que cela rend coûteux et difficile pour les employeurs de licencier les travailleurs, et risqué d’en embaucher des nouveaux ».

Le journal new-yorkais se plaint du fait que « des années après que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et maintenant même que l’Italie aient mis en place des réformes du marché du travail, la France ait du mal à ne serait-ce qu’à poser la question ». On y regrette aussi que « l’incapacité de M. Hollande à obtenir un consensus sur la Loi Travail, après des mois d’efforts, a contribué à l’affaiblir politiquement » pour ensuite reprendre les discours qui brandissent la menace « extrémiste » en cas d’échec de Hollande : « la faiblesse de M. Hollande à son tour, pourrait ouvrir la voie au parti d’extrême-droite le Front National ».

Le journal espagnol El País axe beaucoup plus son analyse sur les contradictions et sur l’instabilité que le recours au 49.3 ouvre pour le gouvernement Hollande-Valls d’ici les prochaines élections. Ainsi, le fait de passer outre le débat et le vote au parlement « démontre une fois de plus la faiblesse parlementaire [du gouvernement] à cause de son irréparable brèche ouverte au sein des rangs socialistes, ce qui prédit une tendue et compliquée dernière année du mandat de Hollande et une claire instabilité du premier ministre, Manuel Valls ».

Le gouvernement est désormais dans un conflit ouvert sur trois fronts «  au parlement, dans la rue et au sein du Parti Socialiste ». Cela va rendre extrêmement difficile la « mise en place de nouveaux projets en ce qui reste du mandat. En outre, [Hollande et Valls] rompent définitivement la possibilité de créer un front de gauche pour les élections de l’année prochaine  ».

Dans tous ces journaux, on rappelle également que cette fragilité du PS au parlement s’est révélée aussi en mars dernier quand le gouvernement a dû abandonner son projet de « déchéance de nationalité » et la « constitutionnalisation de l’état d’urgence ». Mais en même temps, ils rappellent que cette fois les enjeux sont tout autres et que la motion de censure de la droite (ne parlons même pas de la tentative pathétique des « frondeurs ») a très peu de possibilités d’être votée.

C’est pour cela que la seule alternative qui reste pour faire reculer le gouvernement et le patronat, c’est de redoubler la mobilisation dans les rues, les lieux d’étude et de travail. Même si le gouvernement réussi à faire passer sa loi, il reste un gouvernement faible et instable. Les grèves reconductibles qui pourraient avoir lieu dans différents secteurs comme chez les raffineurs, les routiers et même chez les cheminots sont en mesure de donner un nouveau souffle au mouvement et imposer une défaite au gouvernement. C’est peut-être l’angle mort de toutes ces analyses dans les médias dominants internationaux.

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Mots-clés 49.3