Politique

Le FN surfe sur le Brexit

Après le Brexit, Le Pen jubile et réclame un référendum pour le « Frexit »

Publié le 24 juin 2016

Alors que les britanniques ont voté la sortie de l’UE ce jeudi 23 juin , le « Brexit » fait des émules sur tout le continent européen et inspire particulièrement le Front National qui aimerait y voir un exemple à suivre, quitte à s’enfoncer toujours un peu plus dans ses contradictions. Pourtant une constante pour le Front National : proposer un projet nationaliste et xénophobe.

George Waters

Toute l’extrême droite européenne euro-sceptique en rêve : faire sortir son pays de l’UE est un peu le Graal de tout parti nationaliste et xénophobe. De l’UKIP de Farage au FÖP en Autriche, le Front National ne fait pas figure d’exception et voit dans le vote en faveur du Brexit de ce jeudi un exemple à suivre. C’est en effet l’occasion pour le Front National d’avancer sur ses thèmes ignobles de campagne : la xénophobie, le rejet des immigrés, le racisme, particulièrement envers les populations musulmanes, mais aussi l’europhobie, le rejet des institutions technocratiques de l’UE et surtout le souverainisme.

Son principal argument est la lutte contre les lois de l’argent : « ce n’est pas à la finance de dicter sa loi aux peuples » a-t-elle indiqué. La finance aurait donc besoin de l’Europe pour survivre. On remarquera qu’il ne s’agit pas de vilipender le grand patronat qui lui est pourtant profondément lié, mais d’attaquer la seule finance, celle des paradis fiscaux, pour privilégier le patronat bien de souche, très loin de remettre en cause le système.

Avec un électorat particulièrement éclectique, le FN tente, à défaut d’avoir encore réussi à séduire le grand patronat de souche profondément opposé à une sortie de l’euro et de l’Europe, de concilier un programme xénophobe et nationaliste s’adressant au petit patronat et au monde ouvrier qu’il dit défendre : c’était particulièrement flagrant dans ses positions sur la loi Travail . Marine Le Pen tente de faire croire aux salariés que c’est en « récupérant nos quatre souverainetés fondamentales, monétaires et budgétaires, économiques, territoriales et législatives » que la précarité ou la misère vont s’éteindre. Pourtant, que son patron soit Français ou Allemand, il l’exploitera pareillement.

Le Front National cherche donc à gagner sur la peur de l’étranger, de l’immigré : il s’agit avant de fermer les frontières, de repousser les migrants au delà de murs et de postes frontières.

Pour appuyer sa proposition de sortir de l’euro, Le Pen s’appuie sur l’exemple ; le Royaume Uni l’a fait : « Ce que nul n’osait envisager il y a encore quelques mois est désormais une réalité qui s’impose à tous : oui, il est possible de sortir de l’Union européenne, a déclaré la présidente du parti d’extrême droite lors d’une conférence de presse, vendredi matin. L’UE pas plus que l’euro ne sont une réalité irréversible. ».

Le Pen surfe finalement sur toute une vague européenne : au delà de la Grande Bretagne, le député d’extrême droite néerlandais Geert Wilders (PVV) a aussi réclamé un référendum sur le Nexit. En Italie, c’est la Ligue du Nord et Matteo Salvini qui voudrait voir le pays quitter l’Union Européenne. Avec ce Brexit, les extrêmes droites de tous bords tentent de reprendre le flambeau. En France, la lutte des classes, les manifestations de masse, les grèves ont trusté le champ politique, mettant Marine Le Pen, dans une position inconfortable. Ce Brexit lui offre désormais une tribune et la possibilité de réémerger sur le champ médiatique. Mais la lutte de classe et le mouvement ouvrier réapparue au premier plan, avec cette mobilisation contre la loi Travail, pourrait bien la faire déchanter très vite.