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Politique

Révélation du Canard enchaîné

Après le KO du grand débat, une nouvelle affaire d’emplois fictifs au FN

Alors qu’une enquête est déjà ouverte contre le Front national pour des emplois fictifs au Parlement européen, le Canard enchaîné vient de révéler l’ouverture d’une nouvelle enquête contre le parti frontiste pour détournement de fonds publics.

Le parti est soupçonné d’avoir rémunéré ses collaborateurs via des emplois fictifs au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais.
Sont visés 18 élus, au nombre desquels Marine Le Pen et David Rachline, actuel maire-sénateur de Fréjus et directeur de campagne de la candidate du Front national.

Le FN a-t-il utilisé le conseil régional pour la campagne de 2012 ?

Le parquet de Lille a ouvert ce mardi une enquête préliminaire visant à enquêter sur des soupçons d’emplois fictifs entre 2010 et 2015 pour le groupe FN du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, information confirmée par une source judiciaire. Les magistrats suspectent Marine Le Pen d’avoir utilisé les moyens du conseil régional, aussi bien humains que matériels, pour préparer sa campagne présidentielle de 2012. À cette époque, le groupe frontiste, composé de 18 élus, embauche un nombre considérable de collaborateurs : alors que sur la durée du mandat, le PS a employé 12 personnes, l’UMP 8, le Front national lui, en faisait travailler 35 ! Un conseiller régional interrogé par le Canard enchaîné précise : «  Ils étaient 18 élus et fonctionnaient avec 3 ou 4 collaborateurs en permanence. On avait du mal à se repérer. Ils en changeaient sans cesse. Le Pen s’est servie du groupe comme d’une pouponnière, comme d’une pépinière. Ils venaient faire une sorte de stage, et on les retrouvait candidats aux municipales ou aux départementales ». Chaque élu disposait de 150 euros par mois, plus 40 euros pour le téléphone et encore 40 pour l’affranchissement du courrier. Commodités dont les juges soupçonnent le FN d’avoir usé pour mener la campagne de Marine Le Pen : « Les photocopieuses tournaient à fond à l’approche des présidentielles », raconte un haut fonctionnaire.

David Rachline, élu en région PACA et salarié du conseil régional Nord-Pas-de-Calais ?

Parmi les suspects on compte David Rachline, figure éminente du FN et actuel directeur de campagne de Marine Le Pen. Si aujourd’hui le parti d’extrême droite dénonce à grands cris cette enquête comme une attaque politique des socialistes – qui viserait selon eux à les mettre sur écoute – on notera que la réalité du travail de Rachline ne paraît pas moins douteuse. Si l’actuel maire de Fréjus était salarié par le groupe du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, c’était bien loin de sa circonscription. En effet, Rachline avait été élu conseiller régional de Jean-Marie Le Pen en région… PACA, où il a siégé de 2010 à 2014, moment où il est élu sénateur. De janvier à mars 2010, il a perçu 11 000 euros nets de la part du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, pour un emploi d’« assistant de groupe ». À Lille, siège du conseil régional, sur une dizaine d’élus contactés par le Canard, aucun ne se souvient l’avoir vu, ni en 2010, ni à aucun autre moment. À cette époque, Rachline remplissait les fonctions de coordinateur de campagne web de Marine Le Pen et de secrétaire national à la communication numérique. Tâches pour lesquelles il n’est pas improbable qu’il ait été rémunéré avec des fonds publics.

Un demi-million d’euros par an pour les élus Front national

Cette nouvelle procédure judiciaire, loin d’être une première, poursuit la longue liste des affaires dans lesquelles est embourbé le Front national, déjà au cœur d’une enquête pour emplois fictifs à l’échelle du Parlement européen, à qui le parti a usurpé 1,1 million d’euros. Une procédure de recouvrement a été lancée par le Parlement contre Marine Le Pen, qui a refusé de rembourser la somme due et a utilisé son immunité parlementaire – tout comme sa collaboratrice Marie-Christine Boutonnet – pour ne pas se rendre à la convocation des juges. En 2010, les 18 membres du groupe FN au Nord-Pas-de-Calais ont touché 137 000 euros, puis dans les années suivantes 179 000 par an. Depuis 2015, les cinquante élus régionaux du parti d’extrême droite, qui aime à se présenter comme anti-système et pro-ouvrier, touchent près d’un demi-million d’euros par an. Comme le dénonçait avant-hier Philippe Poutou lors du débat présidentiel, loin d’être anti-système, le Front national ne diffère en rien du reste de la caste politicienne corrompue qui nous dirige. Au contraire, c’est bien ce système dont Marine Le Pen profite pour voler dans les caisses publiques et se protéger, grâce à son immunité, de toute sanction. À l’inverse, comme l’a si bien lancé Philippe Poutou hier à la candidate frontiste : «  Nous quand on est convoqués au commissariat on n’a pas d’immunité ouvrière » !




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