Monde

Tuée par balles alors qu’elle sortait d’une permanence électorale

Après le meurtre de Jo Cox, « Brexit or not Brexit ? »

Publié le 17 juin 2016

L’assassinat de Jo Cox, députée travailliste pro-maintien dans l’Union Européenne, relance comme jamais le débat sur le référendum du 23 juin. En sortant d’une permanence à Bristall, près de Leeds, dans le Nord de l’Angleterre, un homme a ouvert le feu sur la députée, étoile montante du Parti Travailliste, au cri de « La Grande-Bretagne d’abord ! ».

Ciro Tappeste

David Cameron, le Premier ministre britannique, n’aura pas que peu contribué à jeter de l’huile sur le feu. Malgré les « concessions » arrachées à Bruxelles, en février, il a tout de même dû concéder à l’aile la plus droitière de son parti un référendum sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne au sein de l’Union Européenne. Au cours de la campagne, la polarisation s’est exacerbée. L’affaire des « Panama Papers » a donné, par la suite, du grain à moudre au discours anti-establishment des partisans de la sortie de l’UE qui ont approfondi un peu plus, ces dernières semaines, leur discours anti-immigration.

Députée de la circonscription de Batley et Spenn, dans le West Yorkshire, Jo Cox menait campagne dans un des districts les plus pauvres de l’Angleterre, faisant face localement, sur sa droite, au Parti Nationaliste Britannique (BNP) et aux xénophobes partisans de Nigel Farage, le leader de l’UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni).

L’homme à l’origine des coups de feu et des coups de couteau à la suite desquels Cox est décédée serait proche de l’extrême droite britannique. La campagne a été immédiatement suspendue dans les deux camps, l’éditorial du Guardian, quotidien pro-maintien, soulignant vendredi combien l’assassinat est le fruit de la polarisation extrême du discours des droitiers, partisan du « non ». De son côté, la presse à scandale multiplie les témoignages du frère du principal suspect mettant en avant les troubles psychiques graves dont l’assassin aurait souffert. Un grand classique.

Les partisans de Farage, de Boris Johnson, ancien maire de Londres, ainsi que de Michael Gove, actuel ministre de la Justice, ont mis en sourdine le discours ultra-agressif de ces dernières semaines. Selon Farage, à la tête de la campagne « Vote leave », le Brexit permettrait de « renvoyer chez eux » tous les immigrés n’ayant pas de raison de rester sur le territoire britannique, l’entrée devant être plafonnée à 50.000 travailleurs spécialisés par an, privés, pendant cinq ans, de toute prestation sociale.

En perte de vitesse dans les sondages, ces dernières semaines, la campagne officielle des partisans du « oui », « Britain stronger in Europe », qui regroupe, pêle-mêle, une partie des conservateurs alignés sur les position du Premier-ministre pro-austérité Cameron, des libéraux-démocrates et des nationalistes écossais progressistes du SNP, pourrait rebondir. Mais à quel prix. Jeremy Corbin, le leader du Parti Travailliste, ainsi que Frances O’Grady, secrétaire de la Confédération syndicale (TUC), tous deux partisans du maintien dans l’Union au nom des « avancées sociales » qui serait garanties par l’UE, ont appelé à faire barrage à la haine.

Sur le fond, néanmoins, les termes du débat n’ont pas changé. Même si la majeure partie de l’establishment politique, la City et les secteurs les plus concentrés du patronat britannique sont pour le « maintien », une victoire du « non » ouvrirait une grave crise politique au Royaume-Uni mais ne permettrait pas au monde du travail, aux jeunes, aux classes populaires, aux secteurs racisés de la société, de se défendre dans de meilleures conditions.

Austérité sous la houlette de Cameron ou au nom d’une « Grande-Bretagne souveraine », si ce dernier venait à démissionner en cas de victoire du « non », les jeunes et des travailleurs qui ont été à la pointe des combats contre les coupes-budgétaires et la politique impérialiste de Cameron, ces dernières années, n’ont pas de camp à choisir. Le meurtre de Cox démontre, aujourd’hui plus qu’hier encore, l’impasse de la situation actuelle qui, par ailleurs, s’est transformée en bourbier pour les politiciens britanniques des deux bords.