^

Notre classe

Nos vies, pas leurs profits

Après le suicide de deux de ses salariés, un responsable du groupe Total écope d’une simple mise en demeure

Après le suicide de deux salariés du groupe Total en 2015 et 2017, l’inspection du travail a rendu son rapport d’enquête et mis en demeure le responsable du Centre Jean Féger à Pau d’évaluer les risques psycho-sociaux au sein de l’établissement.

« En souffrance depuis des mois »

L’un était ingénieur géophysicien, âgé de 62 ans et employé du groupe Total depuis 12 ans. L’autre était agent technique et avait 46 ans. Tous deux se sont donné la mort sur leur lieu de travail, au Centre scientifique et technique Jean Féger à Pau, en juin 2015 et mars 2017. Dans son rapport d’enquête, la Direction régionale de la concurrence et de la consommation, du travail et de l’emploi Nouvelle-Aquitaine (DIRECTTE) a pu établir que le salarié décédé en 2017 « était en souffrance depuis des mois » et que cette souffrance n’avait « pas été prise en compte » par sa direction. Selon ce rapport, « l’ensemble des éléments démontre que des manquements de l’organisation, des tensions, des situations de souffrance au travail (pleurs) et de fortes attentes en matière de reconnaissance économique (rémunération, évolution de carrière, mobilité) étaient connus. Cependant, cela n’a pas été géré ». Au vu de ces conclusions, l’inspection du travail a décidé de mettre en demeure le responsable du Centre de Pau « d’évaluer les risques psychosociaux » au sein de son entreprise.

Une « sanction » dérisoire

Interrogée, la CGT UGICT (syndicat cégétiste des cadres) s’est dite « confortée aujourd’hui par la DIRECTTE qui considère ’une situation dangereuse de risques pour la santé mentale des salariés résultant notamment du non-respect […] du Code du travail’ ». Pourtant, cette « sanction » pèse peu en comparaison des éléments mis en évidence par l’enquête, et ce d’autant plus dans un contexte où l’on voit se multiplier les cas de suicides au travail. Dans le public comme dans le privé, la précarisation de l’emploi et la dégradation des conditions de travail se généralisent au profit du rendement et du gain financier et c’est pour répondre à cette logique de profit que sont appliquées des techniques managériales de plus en plus oppressives. Exiger du groupe Total d’évaluer les risques psychosociaux de son entreprise ne revient qu’à lui demander ce qu’il sait déjà mais qu’il a délibérément choisi de ne pas prendre en compte afin de favoriser au maximum l’enrichissement de ses actionnaires. Dès lors, une mise en demeure apparaît comme un recours dérisoire qui ne fait qu’amplifier le sentiment d’impunité des directions d’entreprises.

Nos vies, pas leurs profits

En France, bien qu’aucun recensement précis n’existe, on estime qu’il y a environ un suicide par jour lié au travail. Pour briser l’omerta qui règne sur ce sujet, l’union syndicale Solidaire a mis en place une carte des suicides commis au travail afin de les recenser. Ces vies gâchées sont les conséquences directes d’une politique économique qui a institutionnalisé les valeurs capitalistes au détriment de toute considération humaine. Et tout porte à croire que la situation va s’empirer avec la loi travail XXL que le gouvernement Macron s’apprête à faire passer par ordonnances, le recul sur le compte pénibilité et la casse des services publics. Pour s’opposer à la politique de Macron et lui démontrer que de « rien » peut naître un tout, le Front social appelle à manifester ce vendredi 14 juillet. Soyons nombreux !

Crédits photo M ZIRNHELD