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Notre classe

Le rail en lutte

Après les cheminots du Bourget, les cheminots de Paris Est débrayent !

Nous avons relayé durant les derniers mois cette grève progressiste lancée au triage du Bourget par le syndicat Sud Rail, commencée fin janvier et qui s’est achevée par une victoire de leurs revendications début juin, après une grève reconductible de 30 jours.

Les cheminots du Bourget que nous avions accompagnés dans leurs différentes AG avaient réussi à créer un mouvement venu de la base, solidaire et combatif. Ils avaient d’abord effectués 3 actions de grève en janvier et mars à plus de 90% de grévistes parmi les agents circulation de l’UO du Bourget, sur 9 journées de grève par 24h. Ils avaient surpris par l’ingéniosité à penser un mouvement offensif tout d’abord en contournant le délais de prévenance de 48h imposé par la loi sur le service minimum de Sarkozy, en déclarant leur grève 48h avant mais les vendredis soir après la fermeture des bureaux pour des débrayages les lundis à 6h. Après de nombreuses fermetures de voie et de suppression de train, la direction qui a tenté de réprimer des syndicalistes, avaient envoyé sur le terrain une armada de cadres pour tenir les postes de circulation. Continuant avec la même détermination ils avaient déposé un préavis illimité le 2 mai sur des modalités de 59min par service en 3x8 sur les heures de pointe du trafic Fret. Et c’est après 30 jours qu’ils ont réussi à avoir gain de cause sur nombre de leurs revendications.
La principale revendication concernait l’obtention d’une prime panier repas pour les agents qui ne bénéficient ni de pause ni d’accès à la cantine, ni de tickets restaurants, tout cela à cause de leurs horaires décalés. La prime panier impossible à gagner vu la portée nationale de la chose, la direction a préféré concéder une prime de 900€ pour les 120 agents de l’UO.
Et c’est à l’image de cette bataille remportée au Bourget qu’un des postes voisins de Paris Est (Le poste de CHL) a décidé de débrayer, tout d’abord à cause du ras le bol des conditions de travail qui se dégradent de plus en plus, et surtout pour tenter d’obtenir comme au Bourget une augmentation des primes de travaux, ainsi que cette fameuse prime panier repas.
Et c’est depuis le 19 Juin dernier que les agents circulation du poste de CHL ont débrayé à 100% eux aussi sur des modalités de 59min uniquement sur le service de nuit, pour impacter les travaux d’été importants sur leur ligne. L’unité syndicale n’étant pas réalisée, avec toujours comme organisation combative Sud Rail, le mouvement a tenté de s’étendre sur le poste de circulation de Vaires durant 1 jour à 100%, mais le mouvement s’est arrêté directement sur ce poste à cause d’un syndicat qui a préféré négocier rapidement des clopinettes dans le dos des agents.
Bientôt 2 semaines de bataille et les cheminots tiennent bon, malgré les remplacements systématiques des cadres dirigeants SNCF qui aujourd’hui hélas sont devenus le bras armé des directions, essayant de torpiller la légitimité de leur mouvement. Et c’est bien connu à la SNCF comme ailleurs, la direction a toujours l’idée de torpiller un mouvement et la colère des ouvriers, plutôt que de répondre à leurs revendications.
Cependant le mouvement tient bon, et l’impact financier qui se chiffre en centaines de milliers d’euros chaque jour fait commence à peser dans la balance. Surtout que la direction générale de Réseau ne s’est toujours pas remise de l’impact financier des 5 mois de grève au Bourget, cette deuxième grève encore en région parisienne est très douloureuse. C’est pourquoi la pression est forte, d’un coté les cheminots on eu la démonstration avec leurs camarades du Bourget qu’avec la détermination suffisante, une grève peu mener à la victoire et de l’autre une direction nationale qui voit d’un mauvaise œil la propagation de ce mouvement sur la base des paniers repas chez les agents de circulation. Une nouvelle victoire si rapprochée de celle du Bourget serait catastrophique pour la direction, car cela annoncerait des prochaines grèves dans d’autres régions.
C’est dans ces conditions que les négociations sont tendues entre direction et cheminots, car si la direction a déjà proposé certaines avancées, elle reste très loin des revendications des cheminots. Cela montre d’abord à quel point seul à travers la grève les choses avances, mais surtout que l’empressement de la direction de Paris Est à vouloir négocier dès le début de grève montre la panique de la direction générale qui ne veut pas connaître un deuxième Bourget.
Lorsque nous avions interrogé les cheminots du Bourget sur leur dernière AG fin mai, ils nous avaient expliqué à quel point cette convergence était importante à leurs yeux, et que au delà de leur chantier, ils voulaient faire une démonstration pour que cela puissent donner de la force ailleurs et faire une trainée de poudre derrière leur mouvement.
Dans cette période où les victoires sont rares, les cheminots montrent une détermination à prouver que la force des travailleurs reste la grève et les cheminots de CHL ou du Bourget par les mobilisations records, réveillent les consciences de tous les autres cheminots, les poussant à repenser la grève, ses modalités, son organisation, ou encore l’implication totale des ouvriers dans la bataille.
La route vers la victoire pour les cheminots de CHL est tracée, leur détermination et leur combativité feront plier la direction, comme cela a été le cas pour les salariés du Bourget ou encore les salariés de la FNAC, de MC Synchro ou encore de GM&S.
Mais un mouvement à plus grande échelle est il possible ?
Une nouvelle victoire pourrait très certainement donner de la force pour un débrayage national afin d’obtenir une prime panier repas pour tous. Mais cela ne pourra se faire qu’avec la volonté des cheminots à étendre leurs mouvements ainsi qu’à transmettre leur combativité ailleurs pour une réelle convergence.

AFP PHOTO /JACQUES DEMARTHON
AFP




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