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Politique

Bisbilles entre Gattaz et Macron ? Rien n’est moins sûr…

Après les ordonnances, le Medef en veut plus et critique certaines mesures du gouvernement

Ce mardi, Pierre Gattaz a vivement critiqué plusieurs mesures du gouvernement. La transformation du crédit d’impôts pour la compétitivité et l’emploi (CICE), la mise en place d’un bonus-malus sur les contrats courts et la mise en place d’une taxe exceptionnelle sur les dividendes. Rien ne va plus entre Gattaz et Macron ?

Crédit photo : Alain Guilhot

Pierre Gattaz n’est semble-t-il pas rassasiés par le passage en force des ordonnances, réforme ultra libérale détruisant le code du travail. Pour le président du Medef, tout comme pour le gouvernement Macron, il s’agit de tourner rapidement la page et de s’atteler à de nouveaux chantiers. Mais le patronat veut aller encore plus fort. C’est ainsi que, ce mardi, Gattaz a critiqué trois mesures envisagées par le gouvernement Macron… dont l’une d’entre elle avait été proposée par l’organisation patronale.

En effet, le Medef avait fait la demande explicite d’une transformation du CICE en allégements de charges sociales. Une demande bien entendu immédiatement exaucée par le gouvernement. Sauf que, dans les faits, il apparaît que l’impôt sur les sociétés augmentait, rendant moins profitable pour le patronat cette nouvelle mouture à la version originale du CICE. « La disparition du CICE augmenterait le coût du travail », s’est alors empressé de déclaré Pierre Gattaz, sachant que ce grand cadeau au patronat n’aura aucunement permis une baisse du taux de chômage, malgré les grands discours du président du Medef lui-même sur le million d’emploi que devait générer cette mesure.

Deux autres mesures sont dans le viseur de Pierre Gattaz. Tout d’abord, la mise en place d’une contribution exceptionnelle, déjà retoquée au printemps dernier sur la taxe à 3 % des dividendes instauré par François Hollande. Dans les faits, le gouvernement prévoit de supprimer purement et simplement cette taxe. Sauf que le coût est plus important que prévu, et pourrait tutoyer les 9Mds€ au lieu des 5,7 Mds€. Cependant, pour Gattaz, hors de question de revenir sur le sujet ne serait-ce que pour une contribution exceptionnelle. Enfin, le président du Medef s’oppose à la mise en place d’un bonus-malus sur les contrats courts, qui prévoit de pénaliser les entreprises qui coûtent le plus cher à l’assurance chômage.

Jamais satisfait, Pierre Gattaz et le Medef entendent donc poursuivre sur la voie des ordonnances et ne laisser aucune miette en route. Si le président du syndicat patronal s’oppose dans la forme, il ne fait nul doute qu’Emmanuel Macron appliquera sans rechigner les directives du Medef. Toutefois, cette inflexibilité notable, caractéristique d’un patronat qui entend taper fort et vite pourrait devenir un problème à moyen terme. En effet, Macron est clairement identifié comme le « président des riches », ce qui pourrait poser problème en cas de crise aiguë sur le terrain de la lutte des classes.

C’est bien pourquoi le gouvernement entend saupoudrer quelques-une de ses réformes d’un vernis faussement social, histoire de drainer un minimum sur sa gauche et asseoir un pouvoir pour l’heure très instable. Or, il est incontestable que la rigidité des classes dominantes, illustré par la sortie de Gattaz cette semaine, réduit la marge de manœuvre déjà restreinte de Macron sur ce terrain… Et le quinquennat, qui n’en est qu’à ces débuts, pourrait connaître des épisodes de polarisation sociale intense.




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