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Genres et Sexualités

Affaire Weinstein et mouvement #Metoo

Après des dizaines de témoignages, Harvey Weinstein inculpé pour un viol et une agression sexuelle

Sept mois après l'explosion de « l'affaire Weinstein » avec les multiples accusations d'abus sexuels, le producteur de cinéma s'est livré à la justice ce vendredi. Il est inculpé pour un viol et une agression sexuelle, et sera défendu par le même avocat ayant obtenu l'abandon des poursuites contre DSK dans l'affaire Sofitel.

Crédits photo : Julio Cortez/AP/SIPA

À l’automne dernier tombaient les premières révélations contre Harvey Weinstein ; depuis, près d’une centaine de femmes dont des actrices reconnues ont affirmé que le producteur les avait abusées sexuellement. Ce vendredi, il a été arrêté par la police new-yorkaise et a été inculpé pour un viol et une agression sexuelle. Malgré les longs mois écoulés et les très nombreuses déclarations de femmes victimes, c’est la première inculpation contre Weinstein.

Le producteur de cinéma est mis en accusation par le bureau du procureur de Manhattan, Cyrus Vance, et défendu par l’avocat Ben Brafman. Ces deux hommes étaient déjà en charge de l’affaire Dominique Strauss-Kahn. C’est ce même avocat qui avait obtenu l’abandon des poursuites contre DSK quand celui-ci était accusé d’agression sexuelle, de tentative de viol et de séquestration par une femme de chambre du Sofitel.

L’affaire Weinstein avait été déclenchée par des révélations de la part de nombreuses femmes sur les pratiques du producteur : abus et agressions sexuelles, viols, chantage et surveillance afin de les dissuader de parler. Ainsi, cette affaire mettait en lumière un milieu du cinéma largement gangrené par une domination très brutale des hommes de pouvoir sur les femmes, notamment jeunes et en début de carrière. Domination par ailleurs connue et acceptée par tous, des viols et du harcèlements couverts et dissimulés par les médias, les responsables et leurs pairs.

Par la suite et encore aujourd’hui, l’affaire Weinstein a déclenché une certaine libération de la parole dans le milieu du cinéma mais aussi de l’art, du journalisme, de la politique, des entreprises... Dernièrement, c’était au tour de l’entreprise Nike de voir 11 de ses dirigeants quitter l’entreprise pour des faits de harcèlement moral et sexuel.

Le mouvement #metoo, notamment les témoignages autour de hashtags sur les réseaux sociaux, a permis de révéler un peu plus aux yeux du monde que les faits d’agressions sexuelles et de harcèlement étaient généralisés (au travail, dans le cadre du foyer ou de la famille, dans la rue ou dans le métro, etc.). Il a très certainement contribué à et construire et renforcer les mouvements de femmes et les très massives manifestations du 8 mars dans plusieurs pays, notamment dans l’État espagnol.

Beaucoup – notamment parmi les rangs des féministes – semblent se réjouir de la probable inculpation de Weinstein. En effet, cela relève d’une lutte légitime pour accompagner l’exigence de justice pour les victimes. Cependant, comme nous l’écrivions dans un précédent article, la mise en place et l’augmentation des peines ou des sanctions exemplaires se révèlent inefficaces à faire baisser le taux de violences patriarcales. La lutte contre l’oppression patriarcale ne se situe pas sur le terrain judiciaire, où l’on ne débat de peines et des sanctions seulement après que la violence ait frappé. Il ne s’agit pas seulement de quelque « porcs » qu’il faudrait « balancer », mais plutôt de balancer tout un système, basé sur l’exploitation et les rapports de domination qui en découlent, système qui rend possible et amplifie les violences patriarcales.