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Société

Répression contre un militant syndical

Après sa victoire au tribunal, Georges, militant CGT, témoigne de sa violente perquisition

Georges Louis, délégué syndical CGT et militant au Front Social et au Secours Rouge Arabe, perquisitionné et embarqué mercredi 17 janvier à 4h30 du matin, a reçu son jugement en comparution immédiate ce vendredi 19 janvier au soir. Nous publions la vidéo de son témoignage, recueilli à la sortie du tribunal par Joël, de l'émission "l'actu des luttes" sur radio FPP.

Photo : le domicile de Georges après la perquisition du 17 janvier, page Facebook de soutien à Georges Louis.

Georges avait déjà été arrêté le 10 octobre 2017 lors d’une manifestation contre les ordonnances Macron, puis détenu pendant 3 jours, accusé d’avoir participé à des affrontements avec la police. En procès le 24 novembre, il avait écopé de 5 mois de prison avec sursis. Cette fois-ci, Georges était accusé d’avoir détenu et déposé un engin potentiellement incendiaire en gare du Bourget le 7 décembre 2015 pendant la COP 21, et d’avoir détenu à son domicile des éléments pouvant composer un engin incendiaire. Les experts ayant établi la non-dangerosité du matériel en question, malgré les 3 chef d’inculpations et la demande du procureure de 18 mois ferme, le tribunal l’a relaxé pour l’un des motifs et condamné pour les deux autres à un stage de citoyenneté de 6 mois, à ses frais. Le parquet va sûrement faire appel, mais en attendant, et pour une fois, la justice a plutôt tranché en faveur du militant, face à l’absurdité des accusations.

« Le plus violent ça a été le fait de rentrer à notre domicile, ils ont tout cassé. C’était des flics, la compagnie de sécurisation et d’intervention du 93. Ils sont rentrés avec fusils d’assaut, cagoulés, baskets, boucliers, et ils ont tout mis à sac. Ils nous ont visé au laser, en disant ‘ça y est, on a eu l’objectif’. C’était vraiment une opération militaire. Ils ont commencé à nous isoler, moi et Natacha, et là l’un des flics m’a dit ‘toi t’es un traître, t’es un marxiste, en plus là je vois des trucs sur l’islam, t’es un islamiste…’. Il a commencé à délirer. Il s’est calmé quand les OPJ sont arrivés, c’est-à-dire la police judiciaire en civil. Eux ils arrivent comme des candides en disant ‘Bonjour, je vous notifie votre garde-à-vue’, tranquilou… mais ils continuent à rechercher, ils soulèvent le sommier, ils ne remettent rien en place, c’était extrêmement choquant leur comportement, parce que je ne savais pas ce qu’ils recherchaient. Ils recherchaient des éléments explosifs. A plusieurs reprises je leur en ai parlé pendant la garde-à-vue de leur comportement, et ils m’ont dit ‘oui mais peut-être que vous vous étiez radicalisé entre temps et on ne savait pas ce qu’on allait trouver chez vous’. Et moi : ‘Vous vous rendez compte que sur cette simple supposition vous intervenez et vous cassez tout, c’est quand même terrible’. Après ils m’ont embarquée. Natacha était très agaçante pour eux parce qu’elle chantait des chants révolutionnaires en castillan, et ça les agaçait prodigieusement, ils disaient ‘ah, elle aime bien chanter’. Et dans la cour elle a crié ‘liberté’, pour leur dire ‘on vous emmerde’. Après ils m’ont embarqué, il y avait quand même deux fourgons, deux voitures en civil, c’était complètement délirant. Après ils m’ont expliqué la durée de l’opération : ils se sont levés à 3h du matin, il y a eu deux ans d’investigation… ils voulaient justifier leurs actes, leur comportement. Ils savaient que c’était extrêmement choquant parce que finalement il n’y avait pas grand-chose. J’ai expliqué ce que j’ai fait, que c’était un acte de protestation par rapport à la COP 21, Jean-Louis Chalanset [avocat] l’a très bien expliqué, c’était un but de montrer qu’il y avait un problème politique dans ce pays, qui continue à l’être d’ailleurs. Mais c’était à un moment historique où on basculait dans l’Etat d’exception. Donc moi j’ai voulu agir, pas faire quoi que ce soit d’autre de violent, mais agir comme ça. C’est vrai que je me suis dit que la presse n’en n’avait pas parlé, mais eux ont commencé à se mettre des idées dans la tête, ça a grossi ça a grossi, et finalement quand ils ont découvert mon ADN, je ne donne jamais mon ADN mais je n’avais pas trop le choix la dernière fois, ils se sont saisi de l’occasion. Mais à la rigueur j’avais envie de leur dire qu’il suffisait de me convoquer ici, me dire ‘on vous reproche ça’, à la rigueur me mettre en garde-à-vue, mais quel besoin de venir tout casser. Je pense qu’ils sont suffisamment bien renseignés pour savoir si je commence à me transforme en djihadiste fanatique ou je ne sais quoi dans leur délire, en écolo radical… ils m’ont cité des affaires en me disant ‘toi t’aime pas les flics, t’aime bien t’habiller en black bloc’. Je voyais que c’était une manière de dire ‘tu nous fais chier dans la rue’, c’était une sorte de représailles, je l’ai vécu comme ça. Parce que c’était inutile par rapport à ce que c’était, la preuve, le tribunal l’a vu comme ça (…) ».

Georges conclu en insistant sur la nécessaire solidarité contre la répression : « Je remercie tous les camarades qui se sont déplacés. Comme on dit la solidarité est notre arme et c’est très important de se déplacer pour soutenir des camarades. Nous on le fait régulièrement, donc c’est vrai que quand c’est l’inverse on voit que c’est important. Et même les rassemblements devant les commissariats, c’est très important parce qu’on les voit gênés, ça leur met une pression même s’ils ne le disent pas. Donc je voulais remercier tout le monde. Pour moi c’est le parcours militant, surtout avec cette ère Hollande-Macron, il faut s’attendre à être traité comme ça, maintenant on ne va plus t’arrêter on va te tabasser, on va venir chez toi, te défoncer à coups de bélier… pour moi c’est la vie ordinaire d’un militant. »




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