Politique

Loi Travail. Ni mesures antidémocratiques et ni compromission avec le gouvernement

Après une nouvelle manifestation nassée, Martinez négocie avec Valls qui veut notre peau depuis 4 mois !

Publié le 29 juin 2016

Les syndicats n’avaient pas hésité à crier « victoire » la semaine dernière quand le gouvernement s’était vu obligé « d’autoriser » la manifestation parisienne du 23 juin qu’il voulait interdire au départ. Une « victoire » qui est très rapidement devenue une provocation. Le cadre instauré par le gouvernement et accepté par les directions syndicales est un saut en avant dans la remise en cause du droit à manifester, tout en humiliant le mouvement social manifestant depuis bientôt 4 mois. Mardi 28 juin le même dispositif répressif a été déployé à une échelle plus large pour la manifestation à Paris. Alors que le gouvernement essaye de mettre fin à la mobilisation contre la Loi Travail, peut-on accepter qu’une telle remise en cause des libertés démocratiques s’installe ?

Philippe Alcoy

Les rues de la capitale française étaient à nouveau quadrillées. Des contrôles pour les manifestants ; deux voire trois. Des « interpellations préventives ». Des potentiels « projectiles » (effets personnels) réquisitionnés. Des rues bloquées par la police. Un opératif impressionnant tout au long du parcours de Bastille à Place d’Italie. L’objectif est clair : le gouvernement profitant de la fin des grèves reconductibles qui s’étaient installé dans des secteurs stratégiques chez les raffineurs et les cheminots, entend recréer un semblant « d’autorité d’Etat » limitant le droit de manifester et en essayant d’intimider les opposants à cette loi pro-patronale. L’exemple le plus éclatant de la journée étant la « nasse » de plus de 200 personnes qui participaient d’une assemblée interprofessionnelle à la Bourse du Travail de Paris.

Si l’indignation face à la tentative d’interdiction de manifestation répondait aussi à éviter de poser un tel précédent, ce qui se déroule actuellement à chaque jour de mobilisation en France, et particulièrement à Paris, est inacceptable. Et même si la CGT s’en est plainte dans un communiqué, ses protestations sont restées jusque là bien discrètes. Pire encore, on peut dire que la CGT, FO et les autres organisations syndicales sont rentrées de plein pied dans le jeu du gouvernement, en évitant systématiquement de dénoncer la répression policière, tout en exigeant des moyens supplémentaires pour la police pour « contenir les casseurs ». Voilà la réponse du gouvernement : une limitation générale du droit de manifester.

Valls quant à lui recevra les « partenaires sociaux » mercredi et jeudi. Bien que dans la presse le gouvernement continue à affirmer qu’il ne bougera pas d’un pouce son texte, il est au contraire probable que pour éviter une nouvelle crise politique avec un nouveau 49.3 qu’il y ait quelques modifications tout à fait marginales pour essayer de rallier les « frondeurs » d’une part, et de donner quelques miettes aux syndicats dits contestataires.

La CFDT, fidèle alliée du gouvernement, par la voix de son leader Laurent Berger, a affirmé qu’elle exigeait au gouvernement qu’il ne « recule pas », qu’il tienne et qu’il n’ose pas toucher au très polémique l’article 2. Comme si ces « menaces » étaient crédibles. Comme si le gouvernement entendait toucher au cœur de sa contre-réforme. Mais au moins une fois en quatre mois de mobilisation la CFDT a menacé de se mobiliser… pour l’adoption de la Loi Travail.

Mais parallèlement à ces invectives théâtrales, la CFDT a présenté une ouverture et un semblant de « compromis » aussi bien aux frondeurs qu’aux syndicats contestataires. Ainsi, dans une interview parue dans L’Opinion Berger déclare : « Nous proposons que dans chaque branche, une négociation puisse être ouverte pour définir l’ordre social professionnel du secteur, c’est-à-dire l’ensemble des règles auxquelles l’accord d’entreprise ne peut pas déroger. Cela permet de réaffirmer le rôle de régulation des branches ». Il s’agit d’une modification de l’article 13 de la réforme qui agirait comme une sorte de « garde fou », de garantie minimale de contrôle par les syndicats de branche.

Il s’agit clairement d’une manœuvre qui vise à créer un semblant de « dialogue » et « concertation » où le CFDT jouerait un rôle central. Pourtant, il n’y a rien à négocier avec un gouvernement qui a largement démontré qu’il méprise les salariés, la jeunesse et les classes populaires en général, et surtout qui remet en cause désormais notre droit à s’opposer à lui dans la rue. Le couple Hollande-Valls prétend humilier et réprimer le mouvement ouvrier et populaire et ses organisations, à moins qu’elles se soumettent à ses souhaits et aux intérêts capitalistes qu’il représente. C’est pour cela qu’il n’est pas exagéré de dire que ce gouvernement n’entend que le rapport de force. En ce sens, les directions syndicales, au lieu de négocier avec le fossoyeur de nos libertés démocratiques, devraient travailler à trouver les voies de préparer la résistance par la grève, dans les rues, sur les lieux de travail et étude dès la rentée s’il n’est plus possible de le faire actuellement.

Alors que pendant tout le mouvement la stratégie de pression sur le gouvernement de l’intersyndicale s’est révélée un échec complet, il ne faudrait pas que le contexte actuel d’un saut dans la remise en cause de notre droit à manifester, où les grèves des secteurs stratégiques ne sont plus un point d’appui, serve de prétexte pour que les directions syndicales arrivent à des « compromissions » avec le gouvernement et le patronat. Alors que Valls et sa police nous répriment depuis bientôt 4 mois, qu’ils tentent de remettre en cause notre droit à manifester, que font Martinez (CGT) et Mailly (FO) à « négocier » avec ceux qui veulent notre peau ?