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Monde

Traitement médiatique indécent

Argentine. 16 ans après, De la Rúa et sa clique d’assassins impunis

Traduction : Flo Balletti Une réflexion sur l'impunité de Fernando de la Rúa - président en Argentine de 1999 à sa fuite sous la pression populaire, en 2001 - et ses fonctionnaires, sa relation avec ce nouveau pillage des travailleurs et la campagne médiatique contre la prétendue violence des manifestants.

Il y a exactement 16 ans, Fernando de la Rúa alors membre l’Union Civique Radicale (parti libéral centriste), aujourd’hui à Cambiemos (coalition avec l’UCR, dont le président Macri fait partie), s’enfuyait en hélicoptère de la Casa Rosada, le palais présidentiel, après que son gouvernement ait assassiné plus de 30 manifestants les 19 et 20 décembre 2001 suite à la proclamation de l’état de siège. En effet, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour faire face à une politique économique qui condamnait à la faim et au chômage des millions de personnes. Cette politique de Fernando de la Rúa confiait le pays au capital financier international et confisquait l’épargne avec le fameux "corralito" (restriction de la libre disposition des espèces en termes fixes, des comptes courants et des caisses d’épargne qui se prolongera jusque décembre 2002).

16 ans plus tard, De la Rúa et sa clique meurtrière sont tous libres, dans l’impunité la plus absolue.

Ajoutez à cela qu’en tant qu’ancien président, comme Carlos Menem (1989-1999), Cristina Kirchner (2007-2015) et même Adolfo Rodríguez Saa qui a dirigé le pays l’espace d’une semaine (23-30 décembre 2001 en remplacement de… De la Rúa), il reçoit une retraite privilégiée de près de 200 000 pesos par mois (+ de 9400€/mois).

L’impunité et une vie pleine de luxe, c’est ce que le régime capitaliste offre à quelqu’un comme De la Rúa qui lui a prêté ses services, tout en remplissant la Plaza de Mayo de sang.

Différentes voix au cours de cette période ont voulu instaurer dans les esprits un souvenir banal de ces événements, afin que l’ancien président radical entre dans l’histoire avec l’image d’un dirigeant inepte, qui ne savait pas comment gouverner, ridiculisé dans le programme TV de Tinelli. Leur objectif était de cacher ce que De la Rúa fut réellement : un président qui a déclaré l’état de siège et assassiné pour le grand capital.

Pour l’écrasante majorité des medias, la vie de nos grands-parents et la revendication de justice pour les personnes mortes le 20 décembre 2001 ne valent rien

Dans ce contexte, tous les yeux étaient rivés sur les écrans de télévision : non pas pour une demande de justice après 16 ans, mais sur une chaîne nationale pleine de cynisme qui vise à condamner un militant qui a lancé lundi un pétard dans le Congrès National. Un Congrès où était votée une loi afin que des millions de retraités soient encore plus pauvres, et que des milliers d’entre eux meurent prématurément parce qu’ils n’ont pas les ressources nécessaires pour acheter des médicaments, louer une maison ou avoir suffisamment de nourriture.

On peut lier 2001 à aujourd’hui : l’impunité envers De la Rúa et ses fonctionnaires est le feu vert, la porte ouverte à ce que d’autres gouvernements capitalistes essaient de répéter ce précédent pillage.

Pour l’écrasante majorité des medias, la vie de nos grands-parents et la revendication de justice pour les personnes décédées le 20 décembre 2001 ne valent rien. Il n’est également pas très important que la famille présidentielle se soit enrichie pendant la dictature. Visiblement ce n’est pas de la violence. Clairement, le vrai problème c’est ce gros pétard. C’est cela qui est grave.

Oui, pour eux, c’est grave. Parce que tous les partis du régime capitaliste et les médias, propriétés de groupes économiques revendiquent le « droit » de piller et d’affamer le peuple sans qu’il n’y ait de résistance. Ou, tout au plus, qu’il y ait des protestations impuissantes qui ne puissent pas vaincre leurs plans.

Pour mettre la main à la poche des retraités et transférer cet argent avec celui de la réforme fiscale aux employeurs (ce que sont beaucoup de fonctionnaires du gouvernement et leurs amis) et aux gouverneurs, ils veulent que la classe ouvrière oublie son histoire, toutes ses conquêtes - comme la journée de travail de huit heures - qui ont été réalisées grâce à de solides processus de lutte des classes, sans parler des grandes révolutions qui ont exproprié les dirigeants capitalistes au cours du 20ème siècle.

Sans ces luttes de la classe ouvrière qui durent depuis des siècles, l’esclavage salarial serait encore plus brutal qu’il ne l’est aujourd’hui. C’est exactement ce qu’ils veulent quand ils parlent de « réduire le coût de la main-d’œuvre » : des esclaves soumis qui coûtent moins cher aux entrepreneurs pour augmenter leurs taux de profit.

C’est pourquoi ils disent cyniquement être "outragés" par un pétard à l’intérieur d’une mobilisation massive. Leur but ? Condamner toutes les tentatives de rébellion des esclaves pour commencer à écrire leur propre histoire. Quelques heures après on apprenait la nouvelle : des dizaines de blessés et d’arrestations pour les ouvriers de l’usine ‘la Esperanza’ dans la province de Jujuy gouvernée par Gerardo Morales. Un lieu où pourtant le droit de grève existe.

Pour ces raisons, il n’y a pas de chaîne nationale qui proteste contre le vote du Congrès, pour ces mêmes raisons on connaît le nom de Sebastian Romero, mais pas des policiers qui ont brutalement renversé un retraité, ni de ceux qui ont piétiné un jeune homme avec une moto, de ceux qui ont fait perdre un œil trois à manifestants, ou de ceux qui ont matraqué et gazé des milliers de manifestants dont le seul « délit » était de lutter pour que nos retraités ne soient pas condamnés à mourir de faim. Les noms des manifestants qui ont été grièvement blessés n’ont pas davantage été diffusés.

Ils pillent les gens, mentent dans les campagnes électorales, refusent un référendum pour que la réforme des retraites soit décidée d’une manière plus démocratique et répriment les travailleurs. Mais, le problème semble être un pétard. Nous répudions la chaîne nationale du cynisme. Nous ne lui reconnaissons aucun droit à donner un avis sur la manière dont la classe ouvrière et les pauvres doivent résister.




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