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Monde

Soutiens à la mobilisation depuis le Parlement

Argentine. Le rôle des députés d’extrême gauche dans le combat contre la réforme des retraites

Les député-e-s du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) et du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT) ont joué un rôle bien particulier au cours de la longue journée de mobilisation du lundi 18 décembre contre la réforme des retraites voulue par la droite argentine au pouvoir.

La contre-réforme des retraites a fini par être adoptée, grâce au vote de députés péronistes, censés siéger dans l’opposition, Mauricio Macri, le président de droite, ne disposant pas d’une majorité en propre au Parlement. Tout au long de la journée et pendant une bonne partie de la soirée, jusqu’à ce que le texte soit adopté, dans la nuit de lundi à mardi, les mobilisations ont secoué les principales villes du pays. Pendant ce temps, dans l’Hémicycle, les député-e-s d’extrême gauche du PTS-FIT n’ont eu de cesse de dénoncer, en direct, les manœuvres du gouvernement, tout en réitérant leur appui à leurs camarades et aux travailleurs manifestant à l’extérieur. C’est d’ailleurs ce qui vaut à Nicolás Del Caño, ancien candidat du FIT aux élections présidentielles et actuellement député, une plainte des membres du bloc présidentiel.

Le PTS-FIT a joué un rôle important dans le développement de la mobilisation, au niveau des entreprises et de la jeunesse. Les manifestations ont cédé la place, par la suite, à des rassemblements et des concerts de casseroles nourris qui se sont prolongés pendant toute une partie de la nuit dans plusieurs quartiers de la capitale et sa périphérie mais qui se sont également fait entendre dans des villes comme Rosario, Córdoba et Mendoza, en écho aussi aux grandes manifestations des 19 et 20 décembre 2001 à la suite desquelles le président néo-libéral Fernando De La Rúa avait été renversé. A deux heures du matin, il restait encore des milliers de manifestants dans les environs du Congrès, dans le centre de la capitale.

La répression a été particulièrement féroce contre les manifestants. Elle s’est soldée par des dizaines d’interpellations et d’arrestations au cours de l’après-midi du 18. Parmi les camarades arrêtés figuraient d’ailleurs deux militants du PTS, Claudio Gonzáles, ouvrier chez Pepsico, de même que Carlos Atacho, membre de la direction nationale du PTS et de celle du syndicat des télécoms de la capitale. Dès la nouvelle des arrestations diffusée, les député-e-s nationaux et pour la ville de Buenos Aires du PTS-FIT se sont rendus dans les commissariats où étaient retenus les manifestants pour exiger, aux côtés des organisations de défense des droits de l’Homme, que les militants puissent être vus par un médecin et qu’ils soient libérés immédiatement.
La contre-réforme des retraites, votée au cours de la nuit, ne bénéficie d’aucune légitimité au sein de l’opinion publique. C’est ce sur quoi ont insisté les députés au cours de leurs interventions dans l’Hémicycle. Les députés de droite comme les péronistes qui ont voté le texte ont démontré, en revanche, les mille et un liens qui les unissent au patronat et à ce système.

En commençant son intervention, Del Caño a dénoncé « la répression brutale qui est en train de se produire », réitérant son soutien aux mobilisations, en l’occurrence les concerts de casseroles (« cacerolazos ») qui au même moment s’étendaient « dans plusieurs villes pour protester contre ce vol qui est perpétré contre 17 millions de personnes, parmi les plus vulnérables ». Au nom du FIT, il a dit « rejeter cette loi inique » et réclamer que soit appliqué aux retraités et aux pensionnés le texte leur permettant de toucher 82% de leur dernier salaire, indexé sur l’inflation, avant de développer le programme de l’extrême gauche vis-à-vis des personnes âgées et de la question du système de retraites.

La députée du PTS-FIT Nathalia González Seligra a quant à elle laissé entendre dans son discours que les mobilisations et l’opposition sociale contre ce gouvernement n’allaient pas cesser. « Si les retraités n’ont pas de pain, alors vous n’aurez pas de paix », a-t-elle dit en conclusion.

Aux côtés du syndicalisme combatif, le rôle de l’extrême gauche en général et du PTS au sein du FIT en particulier a été décisif pour développer la mobilisation contre ce projet de réforme du système des retraites très largement décrié et rejeté par l’opinion publique en Argentine.

Attaqué par de multiples interventions, au cours de la journée de jeudi, en raison de cet appui aux manifestants, Del Caño a répliqué : « ceux qui se sont enrichis pendant la [dernière] dictature militaire [entre 1976 et 1983] alors que le régime volait des bébés [aux militantes disparues] ne peuvent pas nous accusés d’être violents ». « La famille du président [Macri, homme d’affaire et ancien président du club de foot de Boca Juniors, s’est enrichi, au cours de la dictature [qui a fait 30.000 morts]. Son patrimoine est passé de 7 à 47 entreprises, alors que l’on assassinait, que l’on faisait disparaître [des militants] et que l’on volait des bébés. Que disait, alors, la famille de Macri ? ».




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