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Contre la privatisation

Argentine : Macri réprime durement les travailleurs du métro en grève

Depuis plusieurs semaines, les travailleurs du métro de Buenos Aires sont en grève et déterminés à se battre contre la privatisation, les augmentations de tarifs des transports et les licenciements mais aussi pour des augmentations salariales et pour leurs conditions de travail et de vie. Depuis la semaine dernière, le gouvernement complice de l'entreprise de transport « Metrovias » réprime les travailleurs qui incarnent l'opposition au gouvernement Macri.

Contre les mesures austéritaires de Macri et la répression du gouvernement, opérations métro gratuit par les grévistes de Buenos Aires

Depuis plus d’un mois, les travailleurs sont en grève contre l’augmentation du prix des transports dans la capitale mise en place par l’entreprise privée de transport « Metrovias » accordée par le gouvernement provincial de Buenos Aires. Depuis 2012, le billet a cumulé une augmentation de 581%. Cette année le billet passe de 7,50 pesos à 11 pesos en mai pour arriver à 12,50 pesos en juin. Avec ces augmentations supplémentaires, en 6 ans, le prix du transport a connu une hausse de 1036%. Évidemment, les premiers touchés par ces mesures sont les travailleurs alors même que l’entreprise continue de s’enrichir. 75% de la population s’oppose à cette augmentation.

Dans le même temps, la bureaucratie syndicale (UTA) a négocié dans le dos des travailleurs une augmentation de salaire de 15% en trois fois bien que l’inflation soit plus galopante. Or le pays est traversé par une crise économique majeure dont l’une des caractéristiques est une inflation de 25 % sur les six derniers mois. Ces 15% ne couvrent absolument pas l’inflation.

À cela s’ajoute la découverte de substances cancérigènes, suite à des analyses, dans les métros notamment de l’amiante présent dans plusieurs pièces de l’appareil. Ni la santé des travailleurs ni celle des usagers ne préoccupe l’entreprise.

Pendant que la bureaucratie syndicale, dans les salons, négocie le poids des chaines des travailleurs avec le gouvernement, les travailleurs organisés dans la AGTSyP (Asociación Gremial de Trabajadores del Subte y Pre metro ; l’association syndicale des travailleurs du métro), syndicat de travailleurs combattifs et d’opposition à la bureaucratie syndicale, refusent ces mesures et ont entamé une mobilisation très populaire. Pour exiger une augmentation salariale réelle et le refus de l’augmentation tarifaire, les grévistes ont décidé de faire plusieurs journées d’action de transports gratuits pour les usagers du métro en levant les tourniquets et en ouvrant les portes de secours.

Pour Claudio Dellecarbonara, dirigeant syndical AGTSyP, il s’agit de « défendre les intérêts des travailleurs du métro mais aussi les travailleurs qui utilisent tous les jours les transports pour se rendre au travail ». Interviewé lors d’une action, il ajoute qu’ils ont le soutien des usagers « Les usagers nous embrassent car il y a une colère énorme des travailleurs dans tout le pays contre le gouvernement Macri ». En quelques sortes, une victoire de ces combattants du métro serait : un coup dur pour le gouvernement et une victoire pour l’ensemble des travailleurs, car elle pourrait donner une impulsion à une lutte globale contre l’ensemble des mesures d’austérité.

Le gouvernement largement détesté par les travailleurs et les classes populaires l’a bien compris tente de museler l’action de l’AGTSyP et des travailleurs du métro. D’abord, en mars la justice a annulé le statut syndical des travailleurs du métro qui représente 90% des travailleurs et a décidé de replacer l’UTA en tant que représentant des travailleurs alors qu’ils sont ultra-minoritaires dans le secteur. Ensuite, le gouvernement a mené toute une campagne médiatique visant à décrédibiliser le mouvement en cours notamment en martelant « l’illégalité » du syndicat AGTSyP après la décision de justice.

Face à l’ampleur des pertes, l’escalade répressive s’est mise en place la semaine dernière. L’entreprise a annoncé 171 suspensions temporaires et trois représentants syndicaux sont menacés de licenciement.

L’entreprise appuyée par le gouvernement, tous deux mènent une attaque en règle contre le droit syndical et le droit de grève. L’entreprise a fait venir une entreprise privée de vigiles pour tenter de déloger les travailleurs du piquet de grève à l’entrée du métro.

Mardi 22 mai, les travailleurs ont subi une brutale répression policière. 16 travailleurs ont été retenus puis relâchés le lendemain. Pour Claudio Dellecarbonara, la répression du gouvernement est claire. « Il s’agit d’envoyer un message à la classe ouvrière argentine. Ceux qui luttent et s’organisent pour leurs droits auront cette réponse ». Il ajoute que « si les travailleurs du métro sont défaits, la classe ouvrière dans son ensemble sera dans de biens pires conditions ».

Pour exiger la libération de leurs camarades de lutte, rien de mieux que de nouvelles opérations de métro gratuit dans la journée du 23 mai, marquée par une grève des enseignants à laquelle se sont joints les travailleurs du métro pour protester contre les mesures austéritaires.

Face à la répression, la réponse des travailleurs est claire : toujours déterminés, la lutte continue et l’appui des usagers aussi

La grande majorité de la population souffre de l’austérité imposée par ce gouvernement. De nombreux secteurs sont en lutte et peuvent converger par l’unification des revendications. Ce sont les enseignants, les camionneurs, les éboueurs par exemple. La colère sociale est là.

Pour battre Macri et les entreprises comme Metrovias c’est une lutte d’ensemble qu’il faut construire. L’une des revendications de cette lutte centrale en Argentine est d’exiger de la part des directions syndicales une grève générale à la hauteur des enjeux.

Comme l’ont souligné les grévistes « une manif seule ne suffira pas. Et encore moins attendre les prochaines élections ou appeler à faire confiance à [l’opposition kirchnériste, qui participait également à la mobilisation], mais qui applique les mêmes politiques austéritaires dans les provinces qu’elle dirige. Ce que nous exigeons, c’est une véritable grève au niveau national, qui soit le point de départ d’un plan de lutte contre les licenciements et le gel des salaires. Si nous voulons réellement battre en brèche les plans de Macri et du patronat, il faut alors nous préparer à la grève générale, une grève de l’ensemble du monde du travail, qui paralyse tout le pays et montre qui sont celles et ceux qui font tourner l’économie ».

La lutte n’est pas seulement défensive. Des députés du PTS (parti des travailleurs socialistes) à l’intérieur du FIT (Front de gauche des travailleurs) aux côtés des grévistes, avancent un programme offensif qui soit l’annulation complète de l’augmentation tarifaire, la nationalisation du transport sous gestion des travailleurs et sous le contrôle des usagers. Et ce contre toute la logique de privatisation des services publics de transports laissés aux mains des entreprises privées qui s’enrichissent grâce aux besoins essentiels de la population de se déplacer.

De France à l’Argentine, tous contre les mêmes patrons, les mêmes gouvernements, les mêmes attaques. Une seule réponse : la grève générale.




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