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Macri contesté

Argentine. Très grosse mobilisation contre la droite au pouvoir

Un appel à manifester du syndicat des camionneurs et des éboueurs « et d’une poignée d’autres organisations ainsi que de l’extrême gauche ». C’est ainsi que « La Nación », le principal quotidien conservateur, définissait, quelques jours avant, la mobilisation du 21 février à Buenos Aires. Résultat des courses, la « poignée d’organisations », sur fond de colère sociale grandissante, a fait descendre plusieurs centaines de milliers de personnes dans la rue contre le gouvernement de droite de Mauricio Macri.

Face à la dure réalité de la situation et de la mobilisation pour le gouvernement, les ministres y sont allés de leurs petits calculs : 85.000 personnes selon le ministre du Travail, Jorge Triaca, ou 140.000 selon le ministère de l’Intérieur, et ce alors que le porte-parole du gouvernement parlait, dans un communiqué, de 90.000 personnes. Si ce ne sont pas un demi-million de manifestants qui se sont rassemblés dans le centre de Buenos Aires comme l’a affirmé, en clôture, Hugo Moyano, le principal organisateur, leader de l’une des CGT argentines, fractionnée en différents secteurs, ce sont sans doute plus de 200.000 personnes qui ont manifesté, et ce alors qu’aucun appel à la grève national n’avait été lancé. Les images relayées par LaIzquierdaDiario et d’autres médias attestent d’une mobilisation très importante, dépassant, et de loin, les secteurs habituels des appareils syndicaux. 
 
Le gouvernement, tout comme les médias qui le soutiennent, a insisté sur le fait que Moyano, bureaucrate syndical péroniste, avait appelé à manifester uniquement en raison des différends personnels qui l’opposeraient à Macri, qu’il appuyait jusqu’à il y a peu, ou en raison de ses ennuis judiciaires. La réalité est toute autre : si Moyano est passé, comme sous le gouvernement péroniste précédent de Cristina Kirchner, d’un soutien à l’exécutif à l’opposition, c’est avant tout parce que la colère gronde, à la base.
 
Les motifs ne manquent pas : aux augmentations de tarifs des services du début de son mandat, il faut rajouter l’inflation, que Macri contrôle mal, malgré toutes ses promesses, mais également les conflits salariaux que connaissent plusieurs secteurs en ce moment, à commencer par les travailleurs du secteur bancaire et les enseignants. Et puis il y a aussi la réforme des retraites, passée au forceps en décembre dernier, sur fond de très grosses mobilisations. Une victoire à la Pyrrhus, pour Macri, qui voit s’ouvrir, aujourd’hui, un nouveau front contestataire. Plusieurs villes de province comme Mendoza, Cordoba, Rosario ou Neuquén ont également été le théâtre de manifestations et de rassemblements.
 
Dans la capitale, très remarquée, la colonne du bloc syndical combatif animée par l’extrême gauche (le Front de Gauche et des Travailleurs, qui regroupe le PTS, le PO et IS) a mobilisé plusieurs secteurs lutte de classe, notamment de la Santé, travailleurs du pneumatique (SUTNA), de l’industrie alimentaire ou encore de l’enseignement, aux côtés, bien entendu, des organisations politiques, des députés et des élus du FIT. L’appel à la mobilisation de Moyano avait été relayé en toute indépendance par l’extrême gauche et les secteurs syndicaux qu’elle anime et ratifié lors de la Rencontre des Travailleurs, samedi 17 février, à Buenos Aires
 
Personne n’est dupe, en effet, de la façon dont Moyano, comme ses alliés de circonstances, Hugo Yasky et Pablo Micheli des deux CTA (l’autre confédération syndicale argentine), Roberto Baradel, pour le syndicat des personnels de l’Education de la province de Buenos Aires (SUTEBA), Sergio Palacios, du syndicat de la banque, ou Juan Carlos Schmid (syndicat des travailleurs des routes), envisagent la suite : aucun appel concret n’a été fait quant à une nouvelle date. Même la chaîne d’infos en continu Crónica soulignait le paradoxe en fin de manifestation : « il reste 191 jours avant les prochaines vacances d’été [de l’hémisphère australe, qui viennent de prendre fin]. Combien de jours avant un appel à la grève ? ».

Les secteurs syndicaux qui ont choisi de ne pas appeler à la mobilisation se retrouvent donc en porte-à-faux avec la colère sociale bien présente chez les salariés et les classes populaires, et le gouvernement se retrouve, quant à lui, sur la défensive. Face à des bureaucrates syndicaux qui temporisent et ont cherché à mobiliser pour mieux négocier, les positions du syndicalisme combatif sont extrêmement claires. Comme l’ont souligné deux de ses animateurs, Camilo Mones, délégué de PepsiCo et Luis Sucher, travailleur licencié de l’Hôpital Posadas (Buenos Aires), « une manif seule ne suffira pas. Et encore moins attendre les prochaines élections ou appeler à faire confiance à [l’opposition kirchnériste, qui participait également à la mobilisation], mais qui applique les mêmes politiques austéritaires dans les provinces qu’elle dirige. Ce que nous exigeons, c’est une véritable grève au niveau national, qui soit le point de départ d’un plan de lutte contre les licenciements et le gel des salaires. Si nous voulons réellement battre en brèche les plans de Macri et du patronat, alors il faut nous préparer à la grève générale, une grève de l’ensemble du monde du travail, qui paralyse tout le pays et montre qui sont celles et ceux qui font tourner l’économie ».

Le grand rassemblement du 21, en dépit du carcan qu’a voulu lui imposer Moyano, et la colonne du syndicalisme combatif, sont un pas de plus en cette direction. Ils rappellent également qu’en dépit des éloges auxquels Macri (le « Macron argentin », président de la « stabilité » et de la « confiance des marchés » retrouvées) a droit dans la presse internationale, le « spectre de la rue » continue à hanter la politique argentine

[Crédit : LaIzquierdaDiario]




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