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Argentine. Zanon sous contrôle ouvrier : 15 ans d’une lutte historique

Publié le 17 octobre 2016

Ce 1er octobre, nous fêtions les 15 ans de l’occupation et le début de l’expérience de contrôle ouvrier à Zanon. L’usine, située dans la province de Neuquén, est devenue un emblème international de la gestion ouvrière comme alternative pour les travailleurs face à la crise capitaliste. Voici un bref résumé des principaux mouvements et rebonds de l’histoire de Zanon et du Syndicat des ouvriers et employés céramistes de Neuquen (SOECN), dans lequel le Parti des travailleurs socialistes (PTS) argentin – organisation à l’origine du réseau La Izquierda Diario duquel Révolution permanente fait partie – est fier d’avoir joué un rôle très important.

1998

La « lista Marron », organisée par les travailleurs de base, gagne les élections à la Commission interne (syndicat d’usine) de Zanon contre la bureaucratie syndicale.

2000

L’entreprise présente un « recours préventif de crise ». En juin, le jeune Daniel Ferras meurt dans un vestiaire. La « grève des 9 jours » arrive à obtenir l’installation d’une ambulance et une commission ouvrière de sécurité et d’hygiène. Première déroute du patronat. En décembre, les quatre usines céramistes de la province votent massivement pour la « lista Marron » et les travailleurs reprennent le SOECN des mains de la bureaucratie syndicale. Raul Godoy (PTS) en devient le secrétaire général.

2001

Entre avril et mai, les patrons tentent de suspendre du personnel pour « manque de place ». Grève historique de 34 jours. Les patrons reviennent sur la décision de la baisse des salaires. On vote alors une nouvelle Commission interne. En septembre commence le « lockout patronal ». Le 1er octobre commence la lutte des ouvriers de Zanon avec blocage des axes et sorties de l’usine.

2002

Apparait la Coordinadora del Alto Valle, intégrée par le SOECN, les ouvriers de Zanon, des organisations de chômeurs, des commissions internes et des groupes anti-bureaucratiques de l’éducation, de la santé et de la construction. S’y ajoutent les organisations étudiantes et les partis de gauche. La Coordinadora prend un poids régional en regroupant les organisations combatives et en constituant une alternative à la bureaucratie syndicale. En mars, les ouvriers de Zanon remettent en fonctionnement les quatre fours. L’usine est remise en activité. Le 13 avril, on y organise la première rencontre des usines occupées, dans l’usine textile Brukman de Buenos Aires.

2003

Le 8 avril a lieu une nouvelle tentative d’expulsion des travailleurs de l’usine. Les ouvriers se barricadent pendant que la communauté répond avec une énorme mobilisation qui entoure l’usine, ce qui amène à une grève provinciale de la Centrale des travailleurs d’Argentine. La police refuse de réprimer. Le gouvernement recule. Grande victoire ouvrière et populaire. Le 25 novembre a lieu une dure répression du Movimiento de trabajadores desocupados (MTD, organisation de chômeurs) dans le quartier de San Lorenzo. Les ouvriers de Zanon vont alors les aider. Il y aura des blessés par balles et Pepe Alveal, du MTD et ouvrier de Zanon, perd un œil.

2004

L’autogestion ouvrière construit un centre de santé dans le quartier de la Nouvelle-Espagne et donne des céramiques à des hôpitaux, des écoles et à d’autres secteurs. Surgit alors la coopérative Fabrica sin patrones (FaSinPat), qui se réclame de l’expropriation et de la nationalisation de l’usine sous une gestion ouvrière, pour la mettre au service de la communauté à travers d’un plan de travaux publics. L’année se termine avec un grand festival, comprenant des artistes tels que Leon Gieco, Raly Barrionuevo et Ciro Pertusi du groupe Attaque 77. Zanon devient alors un symbole international, des journalistes étrangers viennent visiter l’usine, les Mères de la Plaza de Mayo viennent en aide et signent un accord d’assistance technique à l’université de la Comahue. On commence alors à produire divers documentaires sur cette gestion exemplaire.

2005

Suite à un riche débat en juillet, une assemblée du SOECN adopte les statuts nouveaux du syndicat, qui récupère les meilleures traditions du mouvement ouvrier, où les assemblées sont souveraines, où les dirigeants sont des travailleurs et reprennent leur poste après avoir géré le budget, où la direction se constitue en forme proportionnelle aux votes obtenus pour chaque liste et revendique l’indépendance des syndicats vis-à-vis de l’État, la démocratie et la lutte de classes.

2006

En mai, avec 20 000 signatures et une grande mobilisation, le projet de loi sur l’expropriation est présenté à nouveau au parlement. Attaque 77 joue à Zanon, qui devient un lieu d’expression de la solidarité envers la jeunesse sous le slogan « Un concert sans police dans des usines sans patrons ».

2007

Le SOECN organise des grèves et manifestations exigeant l’apparition de Julio Lopez, militant socialiste ayant été détenu et torturé pendant la dictature qui gouverna l’Argentine de 1976 à 1983, puis « disparu » à nouveau en 2007. La production est désormais de 4000000 m2 par mois, avec 470 emplois. En septembre, les ouvriers produisent le premier lot de céramique pour l’exportation.

2008

La marche vers l’expropriation continue. Dans le cadre de la 23e Conférence nationale de la femme, tenue à Neuquen, un rassemblement à l’usine renouvelle le soutien populaire pour les travailleurs.

2009

Les ouvriers ouvrent l’ancienne usine Ceramica del Sur, sous gestion ouvrière avec la SOECN. Les dirigeants syndicaux sont soumis à des rotations, comme prévu dans leurs statuts. On y décide par un vote l’expropriation de Zanon. Un grand pas. En décembre a lieu à Neuquen la première assemblée des ouvriers combatifs, qui décide d’un programme ouvrier contre la crise capitaliste.

2010

L’école provinciale Boquita Esparza est ouverte dans l’usine et la Ceramica Stefani de Cutral Co est occupée. En décembre de cette année-là commence une mobilisation impulsée par une assemblée des équipes syndicales combatives, qui se solidarise des familles de migrants réprimées.

2011

Beaucoup de dirigeants céramistes poussent la lutte syndicale et sociale sur le terrain politique. Dans une assemblée de l’Agrupacion Marron del Sindicato Ceramista est votée l’appartenance au Front d’extrême-gauche et des travailleurs de Neuquen (le FIT, constitué par le PTS, le Parti ouvrier et la Gauche socialiste, trois formations trotskistes). Le 12 juin, le FIT obtient la première victoire électorale ouvrière de l’histoire de la région et la met au service des travailleurs.

La lutte continue depuis, et la revendication historique de la nationalisation sous gestion ouvrière étant toujours l’objectif stratégique, les ouvriers luttent pour la rénovation technologique pour que Zanon/FaSinPat continue d’être un exemple d’affrontement à la crise capitaliste qui est responsable de la fermeture d’usines,et de licenciements massifs. Zanon, avec l’aide des ouvriers de Madygraf (imprimerie autogérée au nord de Buenos Aires), réclame l’indemnisation des travailleurs et obtient l’approbation du droit d’expropriation, sous le slogan « Familias en la calle nunca más » (« Plus jamais de familles à la rue »). Vivent alors les gestions ouvrières de Zanon et Madygraf.

« Révolutionner les syndicats »

« A Zanon, nous nous fixons comme objectif de révolutionner le syndicalisme. Beaucoup de camarades combatifs récupèrent leurs organisations mais ne s’engagent pas dans une lutte antibureaucratique. Beaucoup gagnent la direction d’un syndicat, ensuite la perdent et puis tout continue comme avant. C’est pour cela qu’après de longues discussions et participations nous avons décidé d’adopter de nouveaux statuts du syndicat : que l’assemblée soit souveraine et que les dirigeants soient révocables et continuent de travailler en tant qu’ouvriers, que la minorité ait une représentation, que les syndicats se réclament explicitement du prolétariat et soient indépendants de l’État et des organisations patronales, et qu’ils se mettent au service de la lutte de classes au-delà des frontières. Ceci est une partie du programme des révolutionnaires : la lutte contre l’institutionnalisation des syndicats et pour une démocratie ouvrière. Et nous continuerons de nous battre jusqu’à satisfaction. Nous travaillons sur des revendications profondes, notamment celle d’abolir l’exploitation de l’homme par l’homme » (Raul Godoy)

Défendre Zanon et l’autogestion

Durant ces quinze ans, les ouvriers ont affronté la répression, les menaces d’expulsion, les tentatives de coupure de gaz, le boycott des matières premières et tant d’autres tentatives de les déloger. Mais la fermeté des ouvriers et des directions combatives des syndicats a réussi à mettre en échec toutes ces tentatives.

À Zanon, comme aux usines Ceramica Stefani de Cutral Co et Ceramica Neuquén, on y démontre que face aux attaques du patronat, les licenciements massifs et les fermetures d’usines, l’occupation et la gestion ouvrière montrent une sortie possible de la crise capitaliste. Les camarades de Madygraf démontrent la même chose à Buenos Aires. Malgré l’absence de subventions, que l’État donne volontiers au patronat, la gestion ouvrière maintient la production.

Mais la situation est critique, car il est impossible de renouveler les machines sans subventions, et la même situation se produit dans une dizaine d’usines récupérées dans tout le pays. C’est pour cela que la lutte n’est pas finie, qu’elle doit exiger une réponse des gouvernements.

Grâce à la mobilisation, le gouvernement national accorde un Plan du travail autogéré, qui n’est qu’une petite aide financière de six mois. Mais cela n’efface pas l’objectif fixé qu’est la rénovation de l’usine, et la lutte continue.

Zanon appelle alors à la solidarité de la communauté, resserrant les liens avec les autres travailleurs et la jeunesse. Pour cela est lancée une collecte de lutte pour faire front face à la répression. Le 8 octobre a lieu une grande mobilisation de milliers de personnes scandant « en Zanon no pasarán ».

Trad. Arapo