Politique

Surenchère autoritaire

Armes de poing à Paris, troupes au sol en Irak. Les propositions du PS contre Daech

Publié le 6 juillet 2016

Après les attentats de novembre au Bataclan, une commission d’enquête parlementaire a été mise en place pour comprendre ce qui avait mené à un tel acte. L’ont-ils compris ? Pas vraiment, ou plutôt, on persiste et signe : le rapport ne propose qu’une surenchère autoritaire, qui, loin de régler le problème, ne fera que l’aggraver. D’un renforcement du renseignement à une éventuelle intervention au sol en Irak, tout est prévu pour que de nouveaux attentats aient lieu.

George Waters

Neuf mois après les attentats du Bataclan, et après neuf mois sous l’état d’urgence, la population française se sent-elle plus à l’abri du terrorisme ? Non, et elle n’est pas près de l’être. Après les assignations à résidence sur fond d’islamophobie, dans la montée d’un État sécuritaire et autoritaire, la France cherche plus que jamais à mener une politique interventionniste impérialiste, dans la prolongation de son intervention en Syrie et sur les autres continents. Le gouvernement et le PS s’étant refusés à comprendre l’origine des carnages de novembre, la seule conclusion qu’ils tirent de la décuplation des attentats en France, Belgique et au Moyen-Orient (Turquie, Arabie Saoudite, Irak) est la pire des solutions pour la paix : attaquer plus frontalement et plus violemment les populations qu’ils oppressent déjà depuis des années, le tout pour servir leurs intérêts.

Un « FBI à la française »

L’État maintient sur les citoyens une pression médiatique pour faire accepter par la peur les lois les plus liberticides. La commission d’enquête parlementaire dirigée par Sébastien Pietransanta (PS), loin de pointer la responsabilité de la politique impérialiste occidentale, ne cherche qu’à donner de nouvelles armes à des armées déjà sur-équipées. Ainsi, pour « préserver nos libertés », le député propose un renforcement des institutions de renseignement français, notamment par une réunion des services dans une grande agence qui associerait notamment la DGSI (Direction Générale de Sécurité Intérieure), la DGSE (DGS Extérieure), la DRM (Direction du Renseignement Militaire) et le SCRT (Service Central du Renseignement Territorial). Cette alliance permettrait par exemple de regrouper les 400 000 fiches pour sûreté d’État, dont les 10 000 fiches « S ». On se doute évidemment que ces 400 000 fiches ne concernent pas que des « fondamentalistes » qui voudraient préparer des attentats en France ; tous les militants combatifs du mouvement social y sont bien évidemment aussi présents. Il s’agit donc de s’acheminer vers un État à la George Orwell, où le fichage est systématique et permet de réprimer tout mouvement.

Une intervention terrestre de la France en Irak ?

Cependant, Sébastien Pietrasanta ne s’arrête pas là ! Dans une interview, il n’exclut pas l’éventualité d’une intervention au sol en Irak : «  C’est une proposition qui a fait débat au sein de notre commission. Il ne s’agit pas d’être une armée d’occupation. Nous constatons que les frappes aériennes ont leurs limites. Et nous ne pouvons pas bombarder des centres de commandement de Daech implantés près d’écoles ou d’hôpitaux. Je considère, par ailleurs, que si nous sommes en guerre, il faut aller jusqu’au bout. Il faut reprendre plusieurs villes qui ont une importance stratégique sur le territoire irakien et, surtout, casser cette continuité territoriale entre l’Irak et la Syrie imposée par Daech. Tout cela ne peut se faire qu’en engageant des troupes au sol ». Et Pietrasanta de finir sur les raisons d’une telle proposition : « Nous sommes inquiets pour les intérêts français dans ces régions qui pourraient être l’objet d’une concurrence entre ces organisations terroristes. » On touche donc le fin fond du problème : les groupes armés au Moyen Orient menacent gravement les intérêts économiques de la France, ce qui justifierait une intervention militaire. Nous pointions du doigt les liaisons incestueuses entre Lafarge et Daech il y a peu, pour montrer que les profits s’affranchissent aisément des situations de guerre, et s’en nourrissent. La proposition de Pietrasanta se fait dans la continuité de toutes les interventions françaises en Afrique et au Moyen Orient : sous couvert médiatique d’agir « pour sauver les populations », l’État choisit bien les zones où Total, Bolloré et consorts sont implantés ou pourraient l’être, pour sauver les profits du patronat français.

Toutes ces solutions n’auront qu’une conséquence : renforcer le terrorisme, qui se nourrit de l’impérialisme de nos gouvernements à l’étranger, qui se nourrit des morts créées par nos gouvernements, qui est même souvent créé par nos États pour mieux servir leurs intérêts à un moment T. Il est de notre responsabilité de mettre devant ses responsabilités cet État capitaliste qui tue dans nos usines et sur ses champs de bataille. Le refus de Valls de chercher à comprendre le terrorisme, suivant l’expression de Sarkozy « comprendre c’est excuser », montre bien à quel point le pouvoir ne peut chercher à s’attarder sur les raisons de ces actes ultra-violents, car il n’y trouverait que sa responsabilité, à tous les niveaux. Comme aux lendemains du 13 novembre, il est de notre devoir de dire à celles et ceux qui réclament le « monopole de violence légitime » que nous resterons unis contre les guerres impérialistes, qui ne sont pas les nôtres.