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Quand Le Parisien cire les pompes du ministre

« Arrêter le bachotage, renforcer l’autorité ». Le « professeur Blanquer » veut frapper dur

Dans un long entretien accordé au Parisien ce lundi 13 novembre, le ministre de l’Education nationale, le « professeur Blanquer » prépare le terrain – glissant - de la réforme du Baccalauréat. Et pas que.

« Professeur Blanquer ». Vraiment ?

Dans son interview fleuve au Parisien, Jean-Michel Blanquer, actuel ministre de l’Education nationale, fait tout pour faire oublier l’étiquette d’homme politique –de droite - qui lui colle à la peau. « Professeur Blanquer » se décrit comme le « ministre des enseignants » et joue la carte de la proximité avec « ses collègues ». A le croire, sa mission au ministère de l’Education nationale dont il envisage de tenir les rênes le temps du quinquennat ne couvrirait pas d’autres ambitions politiques. Le devoir accompli, il envisage de redevenir professeur, de revenir parmi les siens, « avec pas trop d’heures » confie-t-il au Parisien.

Pourtant, le parcours de l’actuel locataire de la rue de Grenelle tranche nettement avec ce portrait dressé par le Parisien d’un « professeur Blanquer », homme de terrain et des classes. Après une dizaine d’années en tant qu’enseignant-chercheur, Jean-Michel Blanquer est rapidement propulsé dans les hautes sphères politico-administratives, d’abord comme Recteur de l’Académie de Guyane, puis comme n°2 de Gilles de Robien, ministre de la Chiraquie ; et sous Sarkozy, comme recteur de l’Académie de Créteil, et Degesco (Directeur Général de l’Enseignement), à savoir numéro 2 du ministère dont il a actuellement la direction, jusqu’en 2012. Blanquer est un ministre de l’Education nationale, résolument à droite, proche de François Baroin et de la sarkozye. Pas grand-chose à voir avec l’enseignant lambda. Pour preuve, avant d’accepter le poste, il était directeur de l’ESSEC, l’école où se forment les petites-mains du patronat hexagonal.

« Arrêter le bachotage »…

Dans cet entretien – élogieux – du Parisien, Blanquer prépare le terrain. La réforme du baccalauréat – avec la suppression d’APB et le retour de la sélection à l’université et la réforme du lycée qui devrait bientôt suivre – est le grand chantier 2017-2018 pour l’Education nationale : instauration du contrôle continu (et seulement quelques matières à valider en examen final), suppression des spécialités, bac « à la carte » avec choix des matières… Les grandes lignes sont déjà posées. Au Parisien, Blanquer confie vouloir en « finir avec le bachotage », cette pratique d’intenses révisions qui précède les examens du baccalauréat. La méthode d’apprentissage est certes critiquable. Mais, loin de viser des modalités d’apprentissage plus émancipatrices, Blanquer utilise la critique pour faire passer la pilule du contrôle continu, pas si différent dans sa préparation pour les élèves, mais surtout beaucoup moins cher pour le ministère. Le travail d’évaluation serait effectué par les enseignants en charge de la classe et pas par des enseignants extérieurs et rémunérés come le prévoit l’examen du bac. La critique des « vieilles méthodes » pédagogiques et du « bachotage » devient la caution d’une politique de restriction des coûts, répondant surtout à des arguments comptables. En prime, la suppression de l’examen national du bac, aura pour effet de renforcer la concurrence entre les lycées, d’un côté d’excellence, de l’autre « poubelles ».

Avec Blanquer, le bac sera définitivement « à la carte » : d’abord, puisque d’un établissement à l’autre, il ne viendra pas valider les mêmes acquis, renforçant ainsi le lien entre inégalités territoriales et inégalités scolaires. Mais il le sera aussi factuellement, par le choix des matières. Dans les cartons, il y a la suppression des filières S, ES, et L, avec certes, la possibilité pour les élèves de choisir leurs enseignements, mais surtout d’obliger les enseignants à prendre en charge plusieurs disciplines, à en supprimer d’autres.

Et « rétablir l’autorité »

Le « progressisme » sur lequel s’appuie Blanquer pour vendre la suppression du bac en tant qu’examen national est, d’ailleurs, largement à géométrie variable. Revendiquant les nouvelles méthodes d’enseignement pour faire passer le contrôle continu, pour permettre le choix des matières et la suppression de certaines disciplines, Blanquer veut par ailleurs « rétablir l’autorité » dans les lycées en augmentant le recours aux conseils de disciplines et aux exclusions. De quoi satisfaire sa droite, mais également un corps enseignant épuisé par les manques de moyens, pour qui la discipline devient parfois le dernier recours face aux difficultés du métier.

Il s’agirait d’un changement clair et net pour les chefs d’établissements, réticents à mettre en place des conseils de disciplines pour se conformer aux exigences du rectorat. Avec Blanquer, un élève décrocheur sera plus facilement exclu. La logique du « marche ou crève » s’en verrait renforcée. Car pour Blanquer l’école n’est plus désormais ouverte à toutes et à tous.

La fin de la démocratisation scolaire

Apprentissage, réforme du bac et du lycée, suppression d’APB et sélection à l’université, l’arrivée de Jean- Michel Blanquer à l’Education nationale marque la fin de la démocratisation scolaire entamée partiellement dans les années 1970 avec la mise en place du collège unique et l’instauration du baccalauréat professionnel, gage d’entrée à l’université.

En effet, le gouvernement a d’ores et déjà annoncé vouloir renforcer le recours à l’apprentissage comme voie alternative au bac professionnel. La réforme du bac, elle, présage d’un renforcement d’un système éducatif à deux vitesses. Quant à l’instauration des « attendus » et de la sélection à l’université, c’est le grand recul sur l’université ouverte à tous les bacheliers.

Bien entendu, les réformes ne sont pas annoncées comme telles. Elles s’appuient sur le constat d’échec d’une réelle démocratisation scolaire et le maintien d’une inégalité des chances à l’école. Et c’est là la force de la méthode Blanquer : récupérer les travaux de la sociologie de l’éducation sur la critique de l’inégalité des chances, s’inspirer des idées des pédagogies alternatives pour faire passer ses réformes de casse du service d’éducation public et de détérioration des conditions de travail des enseignants. Une méthode à démasquer.

[Crédit illustration : Brunette à Paris]




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