^

Culture et Sport

Brecht à la Comédie française

Arturo Ui. Le spectacle ridicule et effrayant du fascisme

À partir du 1er avril et jusqu’au 30 juin 2017 La résistible ascension d’Arturo Ui sera représentée à la Comédie française.

La pièce écrite par Bertolt Brecht en 1941 fait un parallèle entre la montée d’un gangster à Chicago et de Hitler en Allemagne, dont plusieurs aspects renvoient à l’actualité des élections présidentielles françaises. La mise en scène, fidèle au style de l’époque, est signée Katharina Thalbach.

Dans le Chicago des années 1930, le trust du chou-fleur est en crise. Les dirigeants de ce trust décident de s’en remettre au maire de la ville, l’incorruptible Hindsborough, à la recherche de subventions qui sauveraient leur trust, en échange d’un pot de vin. Arturo Ui et son gang, quant à eux, cherchent à tout prix à éviter une condamnation pénale pour leurs activités criminelles, lorsque ce dernier apprend la corruption de Hindsborough. Ui utilisera cette information pour pouvoir entrer dans le trust du chou-fleur et ainsi racketter les commerçants de Chicago et échapper à la justice. Son pouvoir grandira progressivement, jusqu’à contrôler totalement le trust des chou-fleurs et répandre son entreprise à travers tout le pays…

Chaque scène et chaque rebondissement renvoient à un événement historique réel, tel l’incendie des entrepôts de marchandises qui correspond à l’incendie du Reichstag, ou l’assassinat d’Ernesto Roma, soutien d’Ui, qui est le reflet de l’assassinat sur ordre de Hitler d’Ernst Röhm, fondateur des SA. Mais, au-delà des comparaisons historiques, tout est une farce dans l’histoire de l’ascension d’Arturo Ui au pouvoir : les politiciens sont corrompus, la justice est vendue, les policiers sont complices, les capitalistes sont poltrons. L’œuvre montre que l’ascension au pouvoir d’Ui/Hitler, un gangster de pacotille, a été possible parce que plusieurs acteurs y trouvaient leurs comptes, à commencer par le grand capital, représenté par le trust du chou-fleur en crise.

Le ton (peut-être un peu trop) burlesque et le décor (peut-être un peu trop) complexe, dessinent une caricature ridicule de personnages historiques d’abord associés à l’effroi et à la terreur. De même, si la pièce renvoie à des événements historiques précis, elle peut également être comprise sous l’éclairage de l’actualité politique française. Arturo Ui, qui cherche à tout prix à éviter une condamnation pénale, ou Hindsborough, dont tout le monde vante la probité, mais qui finalement se vend pour une villa au bord du lac, font écho aux affaires Fillon et Le Pen de la campagne présidentielle.




Mots-clés

#PénélopeGate   /    Théâtre   /    Allemagne   /    Etats-Unis   /    Culture et Sport