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Notre classe

Vers un nouveau "Florange" ?

Ascoval. Xavier Bertrand cherche à se placer face à Macron sur le dos des ouvriers

Alors que l'aciérie Ascoval, dans le Nord, est menacé de fermeture, Xavier Bertrand est monté au front pour exiger la nationalisation temporaire de l'entreprise. Une posture opportuniste de l'ex-ministre du Travail de Nicolas Sarkozy, afin de se « placer » comme principal opposant à Macron.

Crédit photo : Pierre Rouanet - VDNPQR

Ascoval, un nouveau « Florange » ?

Le dossier de la fermeture d’Ascoval dans le département du Nord, synonyme de perte d’emploi pour 280 travailleurs de l’aciérie, est en train de devenir une affaire nationale. En effet, lors de la reprise d’Asco Industries en janvier dernier, c’est le groupe suisse Schmolz + Bickenbach qui remportait la mise. Sauf que le groupe avait, dans son offre, assuré la reprise de l’ensemble de Asco Industries... sauf l’aciérie d’Ascoval.

La course contre la montre était donc lancée pour trouver un repreneur pour l’aciérie. Très concrètement, trois potentiels repreneurs se sont manifestés ces 8 derniers mois. Le groupe iranien Boost, qui a seulement remis une lettre d’intention au tribunal de grande instance (TGI) sans aucune offre concrète. L’industriel valenciennois Pascal Cochez a également déposé une lettre d’intention, sans là non plus formuler pour l’heure une offre concrète. Enfin, repreneur le plus crédible pour l’heure, le groupe Altifort a déposé une offre ferme de 140 millions d’euros, avec maintien de l’ensemble des emplois et création de 133 postes supplémentaires, exigeant un accompagnement sous la forme du maintien du volume de commandes et des prix pendant les 18 mois suivant la reprise à l’actuel propriétaire de l’aciérie, Vallourec. Une offre qui a été refusée.

Ce 24 octobre, le tribunal de grande instance de Strasbourg a accordé un nouveau délai de 15 jours, jusqu’au 7 novembre donc, pour trouver un repreneur. Une situation insoutenable pour les ouvriers du site. « Nous avons le sentiment d’être dans le couloir de la mort […] Au mois de février prochain, je devrais atteindre mes trente ans de carrière ici. Je ne pense pas les vivre, car même si le tribunal nous donne encore quelques jours pour trouver un repreneur, c’est fini. Quel gâchis ! » a ainsi déclaré Bruno Kopczynski, le porte-parole de l’intersyndicale de l’usine.

Depuis mardi, les ouvriers de l’usine ont décidé de hausser le ton. Prêts à se battre jusqu’au bout, ils ont en effet décidé de bloquer totalement l’usine, et entendent maintenir le mouvement jusqu’à obtenir le maintien de leur emploi. Pour Emmanuel Macron, originaire de la région, et qui était impliqué sur le dossier en 2016 lorsqu’il était ministre de l’Économie de François Hollande, c’est bel et bien le spectre d’un « Florange » - lors de la fermeture du site d’Arcelor Mital - qui est en ligne de mire.

Xavier Bertrand du côté des ouvriers ? La bonne blague...

Dans ce dossier, Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, joue la carte de l’affrontement avec le gouvernement, en se plaçant comme favorable à la reprise de l’aciérie par Altifort. Pour se faire, Bertrand tient une ligne plus "à gauche" que le gouvernement, qui a déclaré investir « un euro pour chaque euro investi » par un repreneur. En effet, l’ex-ministre de Sarkozy exige la nationalisation temporaire de l’aciérie, jusqu’à la reprise par un repreneur.

Ce positionnement d’un Bertrand « aux côtés des ouvriers », qui peut surprendre à première vue, a de quoi scandaliser tant il apparaît comme une grossière manœuvre. En effet, lors de la bataille du rail, Bertrand n’avait pas hésité à faire du zèle en matière de privatisation, affirmant vouloir accélérer le processus d’ouverture de la concurrence sur les lignes TER des Hauts-de-France. Et si l’on remonte au temps où Xavier Bertrand était aux responsabilités, c’est à dire en qualité de ministre du Travail de mai 2007 à janvier 2009 sous Sarkozy, les discours étaient bien différents. En effet, Xavier Bertrand était bien moins friand de la solution de la « nationalisation », même temporaire, lors de la fermeture de l’usine GoodYear à Amiens, dont les ouvriers se battent aujourd’hui encore pour obtenir la condamnation du groupe.

La réalité, c’est que Xavier Bertrand, qui a quitté Les Républicains suite à l’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti de droite, ne cache plus ses velléités présidentielles. Alors que la droite gaulliste est aujourd’hui en pleine crise, peinant à recoller les morceaux suite à « l’explosion » en plein vol de LR à la dernière présidentielle, Bertrand entend se positionner en homme providentiel en vue de 2022. Pour ce faire, il use de sa position de président du conseil régional des Hauts-de-France et cherche à peser nationalement depuis cette place forte, en cherchant à apparaître comme le potentiel « adversaire numéro 1 » d’Emmanuel Macron. Xavier Bertrand ne se soucie guère des ouvriers d’Ascoval, mais poursuit cyniquement son objectif politique, usant pour ce faire des manœuvres les plus crasses.

Exigeons l’ouverture des livres de compte et la nationalisation sous contrôle ouvrier d’Ascoval !

Avec un tel ami, pas besoin d’ennemi, serait-on tenté de dire, et les ouvriers d’Ascoval n’ont aucun intérêt à servir d’outil à Xavier Bertrand, qui les laissera à leur triste sort dès que l’intérêt politique de son soutien sera périmé, dans sa course à la présidentielle et à la reconquête de la droite. Non, les ouvriers ne verront leur salut qu’en imposant un rapport de force conséquent sur le terrain de la lutte des classes, ce qu’ils font depuis ce mardi en bloquant totalement l’aciérie. Un combat qui nécessite la solidarité de l’ensemble de la classe ouvrière, des Fords de Blanquefort menacés eux aussi de fermeture aux postiers des Hauts-de-Seine en passant par les cheminots, les personnels de santé en lutte et de tous les secteurs mobilisés.

Dans cette situation dramatique, et alors que Vallourec justifie la fermeture par le sacro-saint argument des difficultés économiques, il est indispensable d’exiger sans négociation l’ouverture des livres de compte de l’entreprise et de les rendre publics, afin que l’ensemble des ouvriers aient accès à ces fameux chiffres qui les condamnent à l’horreur du chômage, qui plus est dans une région particulièrement dévastée par les fermetures d’usines. De plus, il s’agit aussi d’exiger, face à l’incompétence des patrons, que l’usine soit nationalisée et placée sous le contrôle direct des travailleurs de l’aciérie, qui eux n’ont besoin de personne pour faire tourner l’usine. C’est par ce biais que les travailleurs d’Ascoval pourront ouvrir la voie à une alternative réellement positive, que cela soit face à la menace immédiate de fermeture comme pour la pérennisation de leur emploi sur le long terme.




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