Politique

Marche pour Adama

Assa Traoré : "Le combat qu’on mène, on le mène aussi contre l’Etat. Et il doit prendre ses responsabilités"

Publié le 7 novembre 2016

Credit photo : Olivia Z.

Nous retranscrivons ci-dessous l’intervention d’Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré tué par les gendarmes le jour de son anniversaire. Elle a prit la parole au cours de la marche organisée le 5 pour exiger justice et vérité pour Adama, et contre les violences policières.

« Merci à vous tous d’être venus aujourd’hui, c’est un grand jour pour nous. Cette manifestation, on l’a préparé avec beaucoup de monde. Ce qu’on a réussi à faire aujourd’hui on l’a fait avec vous, et c’est grâce à vous, c’est vous qui avez marché avec nous. Donc vous pouvez être fiers de vous, vous pouvez même vous applaudir. Et ça s’il faut le recommencer, il faudra le refaire.

Aujourd’hui, on marche pour Adama, on marche pour une justice, on marche pour une vérité, parce qu’on est dans un pays qui cautionne toutes les impunités, qui regarde toutes ces personnes, tous ces citoyens en train de mourir. Aujourd’hui on est là pour marcher, mais demain il faudra qu’on marche pour la révolution. La révolution on va l’avoir ensemble, on va descendre dans les rues de Paris tous ensembles pour marcher, pour faire plier la France.

Je tenais à vous remercier vous tous. Ce combat on ne peut pas le faire seul. Je tiens à remercier toutes les personnes qui sont venues et tout particulièrement la force qui était là avec Adama : Beaumont-sur-Oise. Je demande à ce que vous applaudissez Beaumont-sur-Oise et toutes les villes limitrophes, Champagne, Villadanve, Persan, Perles et toutes les autres villes et les grandes villes de France qui sont là aujourd’hui. Parce que je sais que vous êtes nombreux à vous être déplacés.

On ne va pas revenir sur l’histoire d’Adama, on sait qu’Adama est parti le jour de son anniversaire. Adama est mort dans les locaux de la gendarmerie, il est mort dans un endroit symbolique, gouverné et géré par l’Etat et aujourd’hui l’Etat reste muet face à tout ça. Aujourd’hui c’est un combat qu’on a avec les gendarmes, mais c’est un combat qu’on a aussi face à l’Etat, parce que depuis l’affaire Adama l’Etat n’a pas réagi. L’Etat n’a rien dit. Et depuis tous ces morts qu’il y a eu, de ces citoyens français, l’Etat n’a jamais rien dit. Donc aujourd’hui le combat qu’on mène, on ne le mène pas que contre la police ou contre les gendarmes, on le mène aussi contre l’Etat. Parce que l’Etat doit prendre ses responsabilités. On a eu le dépaysement du procès il n’y a pas longtemps donc on est très content. C’est pour ça qu’on est là, parce qu’aujourd’hui on veut la mise en examen de ces gendarmes. On veut que ces gendarmes puissent répondre de leurs actes, puissent être sanctionnés à la hauteur de leur crime.

Mais ils ne pourront pas être sanctionnés à la hauteur de leur crime parce qu’Adama était tout pour nous et est plus fort que ça. Je le redis encore aujourd’hui, ils ont eu un contrôle sur nos sentiments, qu’on ne peut plus gérer, on pleure, on est triste. Mais ils n’auront pas un contrôle sur la justice. Il faut que ce soit nous qui l’ayons. On doit l’avoir, c’est un droit et c’est un devoir. On est dans un pays où peu importe le pays, on est des êtres humains où le droit est accessible à tout le monde. Et ce droit on doit le mettre de notre côté, on doit le prendre. Aujourd’hui la France bafoue nos droits, la France fait ce qu’elle veut de nos droits. Et on ne peut pas rester ici à la regarder.
Est-ce que vous voulez vivre et grandir dans un pays où on tue vos citoyens, où on tue vos frères ? Non. Est ce que vous voulez que vos enfants grandissent comme ça ? Non. Donc aujourd’hui on doit changer tout ça. On doit changer ça pour Adama, pour toutes les personnes qui sont mortes.

Aujourd’hui on est là pour Adama, mais il va arriver un jour où il faudra s’asseoir, réfléchir et descendre tous ensembles dans la rue pour faire plier la France. Aujourd’hui on est là pour justice et vérité pour Adama. Justice et vérité pour tout le monde. Justice et vérité pour vous. Et encore merci, merci vraiment à vous.

On a crée une association au nom d’Adama. C’est une association locale. Vous voyez quelques portes-paroles de la famille, mais tout ce qu’on fait aujourd’hui, toutes les décisions qu’on prend on le fait vraiment ensemble, avec la famille et les amis d’Adama. Et l’association locale qui s’appelle Adama, est une association crée pour qu’il y ai un accès au droit et à la justice, parce qu’aujourd’hui la France, même quand on connait nos droits, si tu ne sais pas les utiliser, nous bafoue. Elle nous noie dans ces droits-là.

Adama est parti à 24 ans, il est parti bien jeune. On veut qu’à travers cette association là on puisse faire revivre le nom d’Adama, qu’on puisse faire de belles choses, que tous ces citoyens français, je ne vais pas dire des jeunes, je n’ai pas envie d’enfermer en disant ces jeunes, qui ne sont pas des jeunes mais des citoyens français qui vivent dans des quartiers populaires et qui sont considérés comme citoyens de seconde voire troisième zone, ne finissent pas entre les mains des gendarmes. Je dis bien gendarmes parce qu’Adama est mort entre les mains des gendarmes. Il y a aussi les policiers mais aujourd’hui je vais plus appuyer sur les gendarmes. Des gendarmes qui sont censé être là pour nous, pour nous protéger, ce sont des militaires. Les militaires sont censés être là pour nous protéger des criminels et des délinquants. Mais ce sont eux les criminels, ce sont eux les délinquants, et ils ont tués un citoyen français. Ils ont tué mon frère. Ils ont tué le frère de tout le monde.

Merci encore d’être là aujourd’hui. On a choisi la place République parce que c’est un symbole. On aurait pu choisir une autre place. On voulait le faire à Beaumont mais comme on a eu le dépaysement du procès à Paris, on s’est dit « venez, on va à Paris » et on a organisé ça en dix jours.

Les autres membres de la famille vont prendre la parole. D’autres membres de familles de victimes qui sont là vont aussi prendre la parole. Aujourd’hui on est là mais il faut leur faire honneur à eux aussi. Eux aussi sont dans cette souffrance-là. Quand on a perdu Adama, ils sont tout de suite venus nous voir. Le jour même, le lendemain et jusqu’à aujourd’hui, toutes ces personnes qui vont prendre la parole sont à nos côtés, et je tiens à les remercier parce que le combat est long. On tient aussi à remercier les artistes qui nous soutiennent depuis le début. C’est important. Ils ne sont pas là pour se montrer, mais ils sont là en tant que personne. Mais il ne faut pas l’oublier, quand un artiste vient, l’histoire reste en haut car il est suivi. Donc il faut le remercier, parce qu’en venant avec leur propre personne, ils viennent aussi avec une armée. Et je tiens à les remercier eux et vous tous. Merci beaucoup."