Politique

Quartiers, profs, étudiants et ouvriers. Faire front contre les violences policières

Assa Traoré, Mickaël Wamen, Amal Bentounsi, Guillaume Vadot et la CGT infoCom ensemble à la Sorbonne

Publié le 3 octobre 2016

Les violences policières ? En France, la police et la gendarmerie ont une longue tradition : sur le territoire hexagonal et à l’extérieur, dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre social et colonial, de la répression des mouvements de grève, depuis le début de leur république jusqu’aux violences contre les manifestants contre la loi Travail, en passant par les pages les plus sombres, de la rafle du Vel d’Hiv au massacre des Algériens à Paris du 17 octobre 1961.

Comité de rédaction

Un retour en force de ces violences ? C’est bien ce qui ressort des centaines de blessés en manifs, des milliers de grenades tirés au cours des dernières mobilisations, mais également du durcissement des peines prononcées contre les équipes syndicales combatives s’opposant aux plans anti-sociaux.

Et pourtant, cette violence-là, les banlieues et les jeunes des quartiers la connaissent, quotidiennement, depuis de nombreuses années. L’état d’urgence a été précédé par les Zones de sécurité prioritaires de Valls, et les contrôles au faciès n’ont jamais été que l’antichambre du « délit de sale gueule » sur lequel s’appuie la campagne raciste et islamophobe intensément relayée, depuis les attentats, par le gouvernement lui-même.

Mais si les matraques utilisées dans les quartiers sont les mêmes que celles qui ressortent pour casser les piquets de grève, si les techniques d’interpellation qui ont conduit au meurtre d’Adama Traoré sont les mêmes qui sont expérimentées en marge des cortèges, si les balles qui ont abattu Amine Bentounsi alors qu’il était désarmé sont celles des fusils qui sont brandis par les CRS pour intimider en manif, pourquoi nos organisations, nos syndicats ne reconnaissent-ils pas dans toutes ces violences et ces crimes, qui visent en premier lieu les populations racisées, l’antichambre de ce que nous subissons tous, par la suite, dans nos entreprises et dans nos luttes ?

Pourquoi ne pas comprendre que tout non-lieu prononcé à l’encontre d’un policier à l’origine d’une violence, c’est un blanc-seing concédé à l’ensemble de la police pour matraquer encore plus fort dans les mobilisations ?

Pourquoi ne pas imaginer qu’être en capacité de dénoncer TOUTES les violences, à commencer par les violences systématiques et quotidiennes dans les quartiers, qui commencent par la stigmatisation et les humiliations, renforcerait considérablement notre capacité à riposter et à faire front ?

Pour cela, il faut renverser l’idée selon laquelle certains seraient victimes de violences et d’autres objets de bavures, qu’il y aurait des camarades à défendre et d’autres qui seraient des morts simplement à regretter, que nos organisations ne doivent construire que la défense de nos intérêts immédiats, de secteurs, et pas ceux de l’ensemble de notre camp social, de la jeunesse, des précaires et des chômeurs, des habitants des quartiers.

C’est l’idée qui structure le meeting du 6 octobre à Paris contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie. Il va réunir à la tribune des sœurs de victimes d’homicides par les forces de police, des militant-e-s de quartier et de l’antiracisme, des représentant-e-s du mouvement ouvrier combatif en butte à la répression et sur qui pèsent des peines de prison ferme, des militants témoins et victimes de violences policières : Assa Traoré, Mickaël Wamen, Amal Bentounsi, Guillaume Vadot, Sihame Assabague, la CGT infoCom, et d’autres encore.

C’est de cette même voix que notre classe doit parler, en défense de tous nos frères et sœurs, en défense de tous les camarades quand ils sont attaqués.

Un front de ce type, pérenne, structuré, pourrait jeter les bases d’un vaste mouvement en capacité de faire reculer la police, ses brutalités, son arbitraire et son impunité. Ce serait un sérieux coup de semonce contre ce gouvernement, son ministre de l’Intérieur et son Premier ministre, et ceux qui les suivront.

Pour se défendre aujourd’hui et préparer la riposte demain, il nous faut faire front.