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Politique

Affaire Adama

Assa Traoré répond à François Ruffin

le 21 septembre, à Harfleur, un meeting unitaire rassemblait toute la gauche. François Ruffin, député de la France Insoumise, n'avait pas voulu, devant Assa Traoré et la salle, prendre position sur l'affaire Adama Traoré, assassiné par la gendarmerie en juillet 2016. Sa soeur, qui mène un combat pour que Justice et Vérité soient faites, a souhaité lui répondre.

Cher François Ruffin,

Je me permets de vous écrire, pour vous soulager un peu, en levant quelques malentendus ou méprises, car j’observe avec amusement vos récents propos, vos justifications, depuis que nous nous sommes rencontrés au Havre, concernant la mort de mon jeune frère de 24 ans, Adama.

Un jeune homme qui ne demandait qu’à vivre, qui avait, comme c’est le lot de toute l’humanité à cet âge, des rêves et des envies plein la tête ; un jeune homme né en France, de parents maliens, élevé dans le mouvement et la tendresse d’une famille nombreuse, respectueuse des valeurs inculquées par notre défunt père. Un jeune homme comme il en est tant d’autres en France, pourtant retrouvé mort le jour de son anniversaire sur le bitume de la cour d’une gendarmerie. Pour rien. Je crois que personne ne mérite cela. Personne.

Je crois aussi que lorsqu’un tel malheur survient, la seule manière de survivre, de sauvegarder ce qu’il nous reste à tous de dignité, est de tout mettre en œuvre pour qu’il ne se reproduise pas. Le combat que ma famille mène depuis ce si triste 19 juillet 2016 n’a pas d’autre ambition. Et le chemin de cette dernière est simple, il est celui de la vérité et de la justice. Des valeurs que nous revendiquons parce qu’elles sont celles de ce pays des droits de l’homme dont nous sommes les enfants.

Nous avons reçu des centaines de milliers de soutiens depuis plus d’un an. D’anonymes, d’associations, de personnalités politiques, d’artistes. Ils nous ont tous fait chaud au cœur, et ont renforcé notre combat évidemment.

Mais, soyez tranquille, jamais nous n’avons exigé, demandé ou sollicité, ces messages de solidarité. Vous ne nous devez rien, François Ruffin. Autant que nous ne vous devons, ni ne vous devrons jamais rien. Nous ne sommes pas dupes, nous n’attendons rien de vous.

Nous assumons pleinement et fièrement notre combat, qui s’inscrit dans l’intérêt de tous. Assumez votre position. Epargnez-vous donc les explications, puis les justifications, consistant à affirmer que la mort de mon frère ne vous prend pas aux tripes, que vous n’êtes pas venu à Beaumont-sur-Oise lorsqu’il est mort, parce que c’était trop loin, et que vous préfériez partir en vacances. Ne vous retranchez pas obstinément derrière votre flair d’enquêteur quand il vous aurait suffi de vos yeux pour lire partout dans la presse les mensonges répétés de l’institution judiciaire concernant par exemple les causes du décès d’Adama.

Ne feignez pas non plus d’ignorer que le respect du secret de l’instruction s’applique à tous dans ce pays lorsque vous vous étonnez que notre avocat ne vous ait pas ouvert grand le dossier. Vous considérez que vous n’en savez pas assez pour prendre position. Nous considérons que nous devons nous battre pour en savoir plus. La différence est là.

Vous avez fait votre choix, il faut en être à la hauteur. Ne pas se prononcer, c’est se taire. Encore faut-il savoir le faire…

Assa Traoré, au nom de toute la famille Traoré et des amis d’Adama.




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