Monde

Meurtre d’un ouvrier égyptien à Plaisance

Assassiné sur un piquet de grève en Italie

Publié le 16 septembre 2016

Une bâche blanche devant le portail d’un centre de tri de GLS, l’un des leaders européens de la logistique, à Montale, près de Plaisance, en Italie du Nord. Le corps, sous la bâche, c’est celui d’Abd Elsalam Ahmed Eldanf, ouvrier de 53 ans, dont 13 ans de boite, père de cinq enfants. Militant syndical, il a été tué dans la nuit de mercredi à jeudi alors qu’il faisait grève pour l’embauche de treize intérimaires de l’entreprise sous-traitante travaillant pour le centre de tri GLS de Plaisance. Percuté par un camion qui a forcé le barrage, il a été traîné sur plusieurs mètres, alors qu’un autre gréviste était grièvement blessé. Le tout s’est déroulé sous les yeux de la police, qui veillait à éviter les débordements des ouvriers en lutte…

Ciro Tappeste

L’information a fait le tour des réseaux militants dès l’annonce de l’assassinat d’Abdel Elsalam, militant de l’Union Syndicale de Base (USB), alors qu’il se trouvait sur un piquet, devant son entreprise, peu avant minuit, dans la nuit mercredi à jeudi, à Montale, près de Plaisance, dans le Nord de l’Italie.

Dans la balance il y avait le respect de la part de Seam, l’entreprise sous-traitante de GLS, d’un accord passé plus tôt pour l’embauche de treize intérimaires. Les militants de l’USB, aux côté de ceux du SiCobas, mènent depuis plusieurs années en Italie des conflits très durs pour faire appliquer les conventions de branche et pour l’embauche des CDD contre les multinationales du transport (GLS, UPS, BRT, etc.) qui emploient la plupart des ouvriers en passant par des « coopératives sous-traitantes ». En face d’Abdel Elsalam et de ses camarades, mercredi soir, il y avait le personnel de sécurité et les cadres de GLS et de Seam qui incitaient les chauffeurs livreurs, souvent propriétaires de leur camion, à forcer le piquet. L’un des poids-lourds, qui a démarré, a tout simplement enfoncé la chaîne humaine, emportant dans sa course plusieurs corps, dont celui de l’ouvrier égyptien, qui a perdu la vie.

Si les forces de répression, présentes sur place comme à leur habitude pour réprimer les grévistes, n’ont à aucun moment réagi pour éviter que les jaunes et les cadres ne cassent le piquet, le parquet de Plaisance vient de cataloguer l’affaire comme un simple accident de la route. « C’est un homicide patronal », a répondu à la presse, dès jeudi, Riad Zaghdane, responsable USB Logistique.

« C’est l’un des nôtres qui a été tué. C’est dans la lutte que nous le vengerons », ont promis ses camarades. La colère s’est exprimée dès jeudi, à l’appel de l’USB et des syndicats de base, présents dans le secteur, avec des appels à débrayer, suivis de rassemblements dans plusieurs villes, à commencer par Rome, devant le ministère du Travail, vendredi.

Les motions de solidarité affluent de centaines de structures du syndicalisme de base, mais également du syndicalisme confédéral, même si la direction CGIL n’a pas encore appelé à organiser la solidarité active avec les travailleurs du secteur de la logistique ; des travailleurs qui sont à la pointe des résistances contre la rapacité patronale dans la péninsule et la précarité qui a été ultérieurement renforcée par la Loi Travail à l’italienne, le Jobs Act, voulu par le premier ministre Renzi. Samedi, une manifestation nationale est appelée à Plaisance, en solidarité avec la famille et les camarades d’Abdel Elsalam et pour organiser la riposte.

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