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Genres et Sexualités

Machisme ordinaire

Atlantico qualifie une ministre de « reine des salopes »

« Reine des salopes », voici le sur-titre de la chronique de Benoît Rayski, collaborateur du site Atlantico à propos de la secrétaire d’État à l'égalité Femmes-Hommes Marlène Schiappa. Devant le tollé que ce titre misogyne et sexiste a provoqué le journal a rapidement changé en « fallait oser ». En effet, il fallait oser étaler sa misogynie aussi clairement. Mais, Benoît Rayski n'en est pas à son coup d'essai.

Benoît Rayski, écrivain et collaborateur du journal Atlantico, sarkozyste assumé, islamophobe revendiqué, « décomplexé » selon ses termes, et misogyne patenté. Le portrait est tout aussi grossier que le personnage et sa dernière sortie nous le prouve avec éclat. Réagissant à une information diffusée par L’Express selon laquelle la secrétaire d’État à l’égalité Femmes-Hommes Marlène Schiappa serait l’auteure de livres érotiques, l’écrivain s’est fendu de quelques considérations d’une extrême misogynie, à commencer par le surtitre de son article.

Outre le titre racoleur de son article « Les filles bien n’avalent pas ! C’est le titre d’un des livres de Marlène Schiappa… », c’est le surtitre « La reine des salopes » qui a provoqué l’indignation dans la presse. Une erreur de relecture et de publication selon l’auteur de cet article-poubelle mais qui en dit long sur sa conception des femmes et de la « belle Marlène », qui se voit ainsi réduite à ses seuls attributs physiques. L’article est d’ailleurs à l’image de ce surtitre insultant puisque Benoît Rayski nous y livre ses sous-entendus salaces et ses jugements machistes : « L’Express nous apprend que Marlène Schiappa est dotée d’un joli brin de plume. Une plume trempée dans quoi ? […] Elle est une femme. Rien qu’une femme. Une femme avec un corps dont tout laisse à penser qu’il est affriolant. Une femme apparemment, et avec bonheur, folle de son corps. Comment ne pas tomber sous le charme ? ».

Comme le génie de Benoît Rayski n’a pas de limites, il n’a pas pu s’empêcher de glisser quelques remarques islamophobes dans son papier, afin de réaffirmer son islamophobie « décomplexée » : « La secrétaire d’État à l’égalité Femmes-Hommes (répétons ce titre car elle siège quand même au gouvernement) pourrait-elle nous dire si les filles musulmanes, qu’elle aime tant, gardent ou pas leur voile quand elles font certaines choses ? ». Ces propos ouvertement orduriers ne sont pas ses premiers. On se souvient de son message adressé au camp d’été décolonial et non-mixte qui s’est tenu en août dernier où il revendiquait, dans un style « petit nègre » à prendre au premier degré : « Moi lire Tintin au Congo. Moi rêver d’être dans un palanquin porté par des Noirs. Moi peut-être avoir eu un ancêtre négrier. Mais moi pas vouloir le renier ou demander pardon ».

L’exemple de Benoît Rayski montre la violence machiste envers les femmes qui accèdent à des postes de pouvoir et l’objectivation dont elles sont victimes dès qu’elles assument leur sexualité et en parlent publiquement. Marlène Schiappa est, en effet, l’auteure de Osez l’amour des rondes, qui contrairement à ce qu’en pense Atlantico n’est pas un « appel pathétique adressé aux mâles de notre pays », et de plusieurs livres érotiques sous le pseudonyme de Marie Minelli. Alors que le premier ministre Édouard Philippe publie aussi sa prose érotique et misogyne, cela n’a pas soulevé l’indignation de Benoît Rayski qui ne s’est pas senti l’envie de publier un article sur titré « le roi des connards ».

Benoît Rayski s’est officiellement excusé pour ses propos mais il ne semble pas mesurer la gravité de l’oppression dont il s’est rendu coupable. En réduisant ses insultes à du « second degré » adressé soi-disant non pas à la ministre mais à son pseudonyme, non pas à la femme mais à l’auteure, il essaye d’enfumer comme toujours. La rédaction en rajoute une couche en mettant en avant le goût du « second degré, du mauvais esprit et du pamphlet pour souligner les ridicules ou les contradictions » dont Atlantico aime se revendiquer. Ce type de second degré est suffisamment présent dans la société et il est suffisamment dénoncé comme une oppression intolérable qu’on ne peut pas laisser Atlantico dire qu’il ne s’agit que d’un malheureux « dérapage ».




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