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Monde

Devant le Parlement

Attaque à Londres : l’armée britannique patrouille dans les rues de la capitale

afp.com/James WEST A Londres, une attaque a fait 5 morts et une quarantaine de blessés ce mercredi 22 mars. Un homme a lancé sa voiture sur la foule avant de se diriger vers le Parlement. Après avoir poignardé un policier, il a été abattu. La ville est quadrillée par l’armée et les forces de police.

Après cette attaque, qui pourrait très probablement être franchisée Daech, nos pensées vont bien entendu, aux victimes, aux blessés et à leurs proches, victimes innocentes d’une société qui révèle son caractère toujours de plus en plus barbare. Encore une fois, ce sont leurs guerres et nos morts.

Selon plusieurs témoins, l’assaillant présumé a d’abord renversé plusieurs piétons sur le pont de Westminster menant au Parlement et à Big Ben. Un homme, au volant d’un 4X4, a lancé sa voiture sur la foule sur le pont de Westminster, qui enjambe la Tamise, à proximité du Parlement britannique. Il a embouti sa voiture peu après la sortie du pont, puis en est sorti. Après avoir couru pour accéder au Parlement protégé par des grilles. Il se rue sur un premier policier, le poignarde, puis se dirige vers un second policier avant d’être abattu à bout portant par un tir.

Les parlementaires barricadés

« Nous étions en train de prendre des photos de Big Ben lorsque tout le monde s’est mis à courir et que nous avons vu un homme d’une quarantaine d’année portant un couteau d’environ vingt centimètres. Ensuite on a entendu trois coups de feu. Nous avons traversé la rue et avons vu l’homme en sang par terre », a raconté un témoin à l’agence britannique Press Association. Dans la foulée de l’attaque, le Parlement se barricade. Les députés sont en séance, l’un d’eux poste un selfie sur Twitter depuis la Chambre des communes : « TOUS ENFERMES dans la Chambre ! »

Un nouveau renforcement de l’étau sécuritaire

Des unités de l’armée britannique ont été déployées dans les rues de Londres pour effectuer des patrouilles. Dans les jours qui viennent, « les gens de Londres verront des officiers de police supplémentaires lorsqu’ils rentreront chez eux ou qu’ils iront au travail », a expliqué le chef de l’unité antiterroriste de Scotland Yard, renforçant ainsi drastiquement l’étau sécuritaire. Une « enquête a été confiée au commandement anti-terroriste ». L’attaque a d’ores et déjà été qualifiée de « terroriste », permettant de fait de déployer l’armée dans les rues de Londres, et une police renforcée.

Un arsenal sécuritaire pourtant déjà bien fourni

Pourtant, la sécurité, le monde du travail et la jeunesse britannique connait. Le niveau d’alerte terroriste au Royaume-Uni est fixé depuis août 2014 à « grave », le quatrième sur une échelle de 5. A la suite des attentats de novembre 2015 en France, l’Etat avait déjà annoncé avait annoncé le renforcement de la police avec le déploiement de 600 policiers armés supplémentaires à Londres, portant leur nombre à 2.800. Les services de renseignement et de sécurité avaient été renforcé avec 1.900 personnes, au service de sécurité intérieure (MI5), extérieure (MI6) et de surveillance (GCHQ).

Pour défendre la « démocratie » ?

Suite à l’attaque, la première ministre britannique a affirmé : « Ce n’est pas un hasard si l’assaillant a choisi le parlement qui représente la démocratie, la liberté et la primauté du droit ». L’ancien premier ministre britannique, David Cameron, n’a pas hésité lui aussi à brandir comme une attaque contre la « démocratie » tandis que le maire de Londres, Sadiq Khan a affirmé qu’il s’agit d’une attaque terroriste. Une mobile tout trouve pour justifier le renforcement sécuritaire, celui existant ne suffisant pas pour défendre la « démocratie ». L’armée patrouille désormais dans les rue de Londres.

Un lieu hautement symbolique

Lien de cause à effet : l’assaillant a attaqué un lieu hautement symbolique du pouvoir britannique puisque le Palais de Westminster est le siège du parlement britannique. Dominé par la fameuse horloge de Big Ben, c’est également un haut lieu touristique de la capitale. L’arrondissement abrite les principales institutions politiques du pays. L’ensemble des pouvoirs y sont concentrés dans un mouchoir de poche. Dès lors, sans pour autant connaitre le mobile de l’assaillant, la classe politique y a trouvé le mobile idéal du crime, « l’ennemi », s’il en est, n’étant pour l’instant pas identifié.

Une attaque liée à l’Etat Islamique ?

Pour l’heure, au vu des informations de ce mercredi soir, on ne peut absolument rien affirmer. D’abord en ce qui concerne le caractère terroriste de l’attaque. Cela était pourtant affirmé par le maire de Londres. La police de Londres est-elle moins tranchée : « Même si nous restons ouverts au fait que la motivation puisse être différente, une enquête antiterroriste est déjà en cours ». Ensuite pour déterminer les commanditaires. Pourtant, Daech est ciblé comme le commanditaire idéal. Les attentats de Bruxelles du 22 mars dernier, un an jour pour jour, permettant à certains d’établir une filiation... Ce n’est que peu avant minuit que la police affirmait privilégier cette piste : « Je ne vais pas faire de commentaires sur l’identité de l’assaillant (...) mais nous privilégions la piste du terrorisme islamiste", affirmait le haut responsable de la police britannique.

Daech, l’ennemi idéal pour défendre la « démocratie » ?

Bien qu’il soit probable que l’attentat soit commandité par Daech, étant donné le mode opératoire, -Le Figaro parle « d’attentats low cost » -, il est pour le moment très difficile de l’affirmer. A moins, de le suggérer très fortement comme Marine Le Pen en pointant du doigt le gouvernement français : « Il ne prend pas assez sérieusement en considération cette guerre que nous mènent les fondamentalistes islamistes. ». Sur le sol britannique, une attaque de Daech : un ennemi tout trouvé pour remettre au gout du jour des velléités guerrières des impérialistes pour défendre la « démocratie » ?

Qui sont les vrais responsables ?

Même si l’attentat de Londres n’a pas été revendiqué, il pourrait avoir été perpétré au nom de Daech. Le scénario comme l’auteur du carnage ressemble fortement aux précédentes attaques terroristes contre des « cibles molles », un lieu symbolique. Par ses attentats, le djihadisme labellisé Daech alimente et creuse un peu plus les clivages structurés par le système capitaliste lui-même entre les exploité-e-s et les opprimé-e-s, au Proche et au Moyen-Orient, avant tout, mais aujourd’hui, également, dans les pays occidentaux. De façon spéculaire, avec une symétrie effrayante, l’impérialisme alimente le djihadisme qui, à son tour, sert sa logique tout en « l’affrontant ».

Dans la foulée de l’attaque, les politiques et les médias dominants vont pointer du doigt « l’ennemi intérieur » et s’apprêtent et remettent sur la table les « solutions » les plus réactionnaires et liberticides pour contrer une menace qui plonge en réalité se racines dans une situation géopolitique et systémique dont l’impérialisme, à commencer par la Grande Bretagne depuis l’invasion de l’Irak en 2013, est le premier responsable. L’ingérence et l’interventionnisme impérialiste alimentent en réalité une spirale infernale réactionnaire, qui, loin de nous protéger, nous comme les londoniens, menace d’enfermer nos vies dans la folie sécuritaire.

Les organisations de la jeunesse et du monde du travail en France comme en Angleterre doivent mettre fin à cette fuite en avant en combattant la logique sécuritaire et réactionnaire de nos gouvernements et en offrant des perspectives de façon à combattre la désespérance sociale qui nourrit, en dernière instance, les pressions obscurantiste à l’œuvre dans notre classe.




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