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Attaque des Champs Elysée : attentat ou acte d’un « déséquilibré » isolé ?

Ce jeudi 20 avril, un homme abat un agent de police dans sa fourgonnette stationnée sur l’avenue des Champs Elysées à Paris. Tout de suite, les medias et hommes politiques parlent de terrorisme et d’attentats… Pourtant, beaucoup de choses portent à croire que l’homme ait été en lien avec l'Etat Islamique.

En plein débats présidentiel sur France 2, les candidats font face aux journalistes qui donnent alors à chaque candidat « quinze minutes pour convaincre » quand le bruit d’un attentat se répand en France : on parle d’un mort, peut-être deux, sur les Champs Elysées, peut être ailleurs à Paris, d’un homme en fuite (ou pas)… Les rumeurs vont vite, au point où Daech revendique l’attentat dans l’instant : c’est donc un attentat terroriste d’un fanatique religieux qui s’est attaqué à la police. Ni une ni deux, Fillon attaque, prend son temps de parole : il faut sauver la France en danger, il faut la préserver du fondamentalisme.

Cependant, il y a un hic : maintenant que toutes les chaînes ont braqué leur moniteur sur l’affaire, tout semble aller à l’encontre de l’idée d’un attentat fondamentaliste. En effet, Karim C., celui qui a tiré sur le policier, malgré ses lourds antécédents judiciaires, n’est lié avec Daech par personne au sein de ses voisins de Chelles. De plus, personne ne le connaît à la mosquée près de chez lui. Par contre, il est relativement connu dans le voisinage : « C’est quelqu’un qui a perdu la raison, de psychologiquement vraiment atteint » comment quelqu’un de son quartier avant de continuer : « ses actes, ses réactions, sa façon de marcher, son attitude étaient en décalage, comme s’il venait de Mars ». Son attitude bizarre est confirmée par Salim, un ami de son cousin, qui explique « qu’il a un grain ». Un homme perturbé donc, en décalage ; mais est-il pour autant un fondamentalisme musulman ? Décrit comme absolument pas religieux par un de ses voisins, un autre confirme : « il avait une haine contre la police, contre la France. Il était marqué par la prison. Mais Daech, c’est n’importe quoi », un discours qui a même été confirmé par le procureur de la République qui a assuré que durant toutes ses années de détention –quatorze au total, pour divers faits de droit commun– aucun indice de « radicalisation » n’a été observé chez lui, continuant à expliquer qu’il n’était pas fiché S pour ces mêmes raisons. Finalement, le communiqué de Daech revendiquant l’attentat est non seulement très rapide (contrairement à d’habitude, où les faits revendiqués sont un petit peu vérifiés) mais en plus lacunaires et faux dans la désignation du terroriste. Ajoutez à cela l’habitude de revendiquer des attentats qu’ils n’ont pas préparé, on peut douter de la référence de cet acte à l’Etat Islamique. Bref, tout concours à l’idée d’une attaque d’un déséquilibré dont quatorze années de prison ont terminé sa haine contre la police. On parle pourtant toujours d’attentat.

Ce discours, cette représentation d’un énième attentat à Paris, s’il est très utile à certain pour construire leurs discours politiques sur l’insécurité, les guerres à l’international, n’en est pas moins en partie mensonger, en tout cas délibérément univoque. Car la constante de attentats, c’est l’incertitude : les preuves sont peu divulguées, les sources de la police par forcément fiables… L’usage des « si » est toujours de mise quand on couvre l’évènement en direct ; de surcroit quand il s’agit d’une affaire aussi importante. Mais visiblement, pour la majorité de la caste médiatique et politicienne, un attentat est plus facile à commenter qu’un attaque d’une personne qui détestait la police.




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