Genres et Sexualités

Tribune libre

"Atteintes aux bonnes moeurs" : aujourd’hui à Angers, demain dans toute la France ?

Publié le 23 novembre 2016

Par B. Girard

Blog : Histoire, Ecole et Cie

A Angers, la victoire de Fillon aux primaires de droite a manifestement décomplexé le maire de la ville, Christophe Béchu (LR) qui n’a pas hésité à faire censurer la campagne de prévention anti-VIH lancée par le ministère de la Santé

A Angers, la victoire de Fillon aux primaires de droite a manifestement décomplexé le maire de la ville, Christophe Béchu (LR) qui n’a pas hésité à faire censurer la campagne de prévention anti-VIH lancée par le ministère de la Santé.
Des affiches montrant deux hommes s’embrassant, c’était plus que la pudeur du brave Manif pour homme ne pouvait supporter : après un courrier comminatoire envoyé à la société JC Decaux, les affiches incriminées ont miraculeusement disparu des rues de la ville. La pudeur, sans doute, mais plus sûrement l’apparentement politique (en la circonstance, on évitera le terme « accouplement »…), le soutien apporté par le maire au candidat Fillon. « Volontairement choquante – écrit le maire – cette campagne d’affichage est diffusée à proximité des écoles (…) délivrant ainsi un message que les jeunes enfants sont incapables de comprendre, de discerner, d’appréhender. »

Avec la référence aux enfants, la formulation ne trompe personne : elle est la marque de la Manif pour tous et de son bras politique, Sens commun, qui sont comme chez eux à la mairie d’Angers, comme ils ont pris le pouvoir dans la région des Pays de la Loire avec le très villieriste Retailleau. L’ennui, c’est que dans ce petit monde qui prétend régenter la société, la préoccupation affichée pour les enfants est pour le moins ambigüe et pour tout dire tartufe : outre que les enfants, on les aime surtout à l’état de fœtus quand il s’agit de dénoncer le droit à l’avortement, ou encore en les instrumentalisant grossièrement dans les manifestations contre la loi Taubira (1), on est beaucoup moins regardant sur les abus sexuels dont ces mêmes enfants font l’objet dans les presbytères et les camps scouts. Tugdual Derville, l’ancien porte-parole de la Manif pour tous et ses amis ont beau se montrer « indignés » par la photo de deux hommes s’embrassant, leur indignation est beaucoup plus discrète lorsqu’il s’agit de dénoncer les agissements d’hommes adultes, portant soutane, embrassant des enfants. Une indignation à géométrie variable en quelque sorte, qui en dit long sur la nature réelle de l’engagement d’une mouvance dont le credo « pro-vie » toujours mis en avant, cache mal une homophobie jamais démentie et une conception réactionnaire de la femme et de la société. A Angers, la décision du maire ne s’explique pas autrement : il est clair que, pour lui, l’adversaire n’est pas le sida mais l’homosexualité. Pour se donner bonne conscience, il suffit alors d’appeler les enfants en couverture.

Cette pantalonnade qui sent son ordre moral n’est pas à prendre à la légère. Dans le contexte politique actuel, la censure imposée par la mairie d’Angers à une campagne de santé publique préfigure ce qui risque d’advenir dans quelques mois lorsque, avec Fillon à l’Elysée, la Manif pour tous et Laissez les vivre occuperont les palais gouvernementaux.
 
(1) Rappel : c’est dans cette même ville d’Angers, qu’en octobre 2013, un rassemblement de la Manif pour tous avait sérieusement dérapé avec des injures racistes, lancées par une enfant (de bonne famille…) à l’adresse de Christiane Taubira.