Politique

Hollande joue à la « guerre des civilisations »

Attentat à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Hollande appelle à la « cohésion » et attise les amalgames contre les populations musulmanes

Publié le 27 juillet 2016

Damien Bernard

Dans une église de Haute-Normandie, deux hommes, se revendiquant de Daech, munis d’armes blanches ont fait irruption et ont pris en otage cinq personnes. Le curé a été tué, tandis que trois personnes ont été blessées dont une se trouve dans un état grave. Après ce nouvel attentat commandité au nom de Daech, du côté gouvernement, on appelle de nouveau à faire bloc. Hollande, lui, fait de nouvelles déclarations d’intentions guerrières en annonçant une nouvelle fois, qu’il mènera la guerre contre l’État islamique par tous les moyens. Chez l’ensemble de la classe politique, les déclarations se multiplient pour teinter de guerre de religion ce nouvel attentat réactionnaire. Cette logique participe à diviser la jeunesse et le monde du travail pour mieux masquer la responsabilité première des politiques du gouvernement dans ces attentats. Aussi bien l’intensification des interventions guerrières sur le plan extérieur, que la surenchère sécuritaire sur le plan intérieur, dont le gouvernement a déjà usé et abusé, sont une impasse qui mène droit dans le mur la jeunesse et le monde du travail.

La prise d’otage a eu lieu ce matin dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Les deux preneurs d’otage, qui se sont revendiqués de l’organisation État islamique (EI) en entrant dans le lieu, ont été abattus suite à l’intervention de la BRI. Parmi les victimes de cet attentat ultra-réactionnaire, le père Jacques Hamel, 84 ans, a été égorgé, ainsi que trois paroissiens ont été blessés dans l’attaque, dont une femme gravement blessée suite à une tentative d’égorgement. Nos pensées vont bien entendu, aux victimes et à leurs proches, victimes innocentes payant le prix pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Par-delà l’horreur de ces assassinats, qui fait suite notamment à l’attentat meurtrier de Nice, qui a fait plus de 84 morts le 14 juillet, nous refusons cependant de marcher au pas cadencé et guerrier que prônent Hollande, Valls et l’ensemble des politiciens de gauche comme de droite.

A cette vague d’attentat réactionnaire qui parcourt l’Europe, notamment en France et en Allemagne, ce sont des logiques toujours plus sécuritaires et guerrières qui y répondent et qui vont vraisemblablement s’accélérer. « Nous devons mener la guerre contre l’État islamique par tous les moyens », a ainsi déclaré Hollande. « Daech nous a déclaré la guerre », a-t-il continué, reprenant les termes guerriers qui avaient accompagné le tournant bonapartiste du gouvernement après les attentats du 13 novembre, marqué notamment par l’instauration pour la première fois depuis la guerre d’Algérie de l’état d’urgence. Ainsi, c’est l’intensification d’une logique toujours plus réactionnaire que prône le gouvernement face à l’extension monstrueuse de la guerre asymétrique que livrent les forces djihadistes.

Après l’assassinat du curé sur son lieu de culte, l’ensemble de la classe politique n’a cessé de par ses déclarations de teinter de religion ce nouvel attentat réactionnaire. C’est en ce sens, que François Hollande a notamment appelé les Français à la « cohésion », faisant ainsi planer derrière cet assassinat, une guerre qui opposerait l’islam contre le catholicisme. C’est dans cette même logique que le Chef de l’Etat a notamment décidé de réunir dès demain, la Conférence des responsables de culte en France (CRCF), créée en novembre 2010, sous Sarkozy, regroupe six instances dites représentatives des Églises chrétiennes (catholique, orthodoxe, protestante), de l’islam, du judaïsme et du bouddhisme. Bien qu’il s’agissait pour Daech de mener au nom de l’islam « l’opération en réponse à l’appel à viser des pays de la coalition croisée », cet amalgame direct entre cet attentat, et l’islam qui ne serait pas en « cohésion » avec le catholicisme participent à attiser la haine contre les populations musulmanes ou assimilées et participe à diviser la jeunesse et le monde du travail pour mieux masquer la responsabilité première des politiques impérialistes du gouvernement dans ces attentats.

A droite, l’ancien président Nicolas Sarkozy a prononcé une courte allocution dans laquelle il demande à François Hollande d’appliquer « sans délai » les propositions de la droite en matière antiterroriste.« Nous devons être impitoyables. Les arguties juridiques, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles », a-t-il poursuivi, profitant du fait que l’un des auteurs de l’attentat était fiché « S » et sous bracelet électronique. Alors même que l’état d’urgence vient tout juste d’être prolongé de 6 mois, et qu’un arsenal sécuritaire et judiciaire sans précédent depuis la guerre d’Algérie a été mis en place, la pression à la surenchère de la droite, mais aussi de l’extrême droite, pourrait bien profiter à ces derniers. Après le recours, pour la première fois depuis cinquante ans, à la réserve opérationnelle, le gouvernement est encore poussé sur sa droite. Difficile, de rejouer la surenchère, alors même qu’il s’agit pour Hollande à moins de 9 mois des présidentielles de recréer les clivages gauche-droite, la copie étant toujours moins attirante que l’originale. C’est en ce sens, que Marine Le Pen joue à domicile, affirmant ainsi que la « responsabilité de tous ceux qui nous gouvernent depuis 30 ans est immense. Les voir bavarder est révoltant ! ».

Alors que l’ensemble de la classe politique joue la surenchère autoritaire, sécuritaire, teintée d’amalgame à peine voilée contre les populations musulmanes ou assimilées comme telles, les plus réactionnaires appellent à lutter contre « l’ennemi intérieur », tandis qu’ils souhaitent nous reproposer les mêmes « solutions » toujours plus sécuritaires, liberticides et guerrières. Face à l’extension monstrueuse de la guerre asymétrique que livrent les forces djihadistes, une menace qui tire en réalité ses racines dans une situation géopolitique et systémique dont l’impérialisme et ses relais sont les premiers responsables, la seule voie progressiste pour la jeunesse et le mouvement ouvrier serait de dessiner les contours d’un vaste mouvement contre la guerre et ses conséquences, contre l’austérité et le chômage, contre le racisme, l’islamophobie et pour l’unité de notre classe autour de combats communs afin d’enrayer la fuite en avant des impérialistes et, en l’occurrence, du gouvernement français.

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