Politique

Nice : à qui la faute ?

Attentat de Nice : Estrosi (LR) VS Cazeneuve ? Tout deux sont responsables

Publié le 26 juillet 2016

Yano Lesage

Dernier rebondissement dans le match qui oppose, depuis le 15 juillet, lendemain de l’attentat à Nice, Christian Estrosi, le maire Les Républicains de la ville et le ministre de l’intérieur, à Bernard Cazeneuve, les révélations d’une policière municipale, Sandra Bertin, responsable du Centre de Supervision Urbaine, dans le journal du dimanche du 24 juillet : elle déclare avoir été soumise à des pressions du ministère de l’intérieur, par l’intermédiaire d’une commissaire, membre de la direction centrale de la sécurité publique (DCSP) afin de transformer son rapport sur l’état de la présence de forces policières le soir de l’attentat. Dissimulation d’Etat ? Instrumentalisation politique de l’attentat ? Quoiqu’il en soit, il est clair que le gouvernement, comme M. Estrosi, cherchent à se dédouaner de l’impasse de politiques xénophobes, liberticides et ultra-sécuritaires que le PS comme Les Républicains ont mis en place, et de leur totale inefficacité dans la lutte contre la barbarie terroriste.

Sandra Bertin est responsable du Centre de Supervision Urbaine de Nice : c’est elle qui a la charge des 1 257 caméras de vidéo-surveillance qui jalonnent la ville. Ce dispositif sécuritaire exceptionnel, mis en œuvre il y a quelques années par la mairie de Nice est depuis plusieurs jours au cœur de la polémique sur les questions des failles sécuritaires à Nice le 14 juillet. Alors que le 21 juillet, Libération publiait des photos du barrage à l’entrée de la promenade des anglais, accusant les forces de l’ordre d’être en sous-effectifs, que la direction anti-terroriste aurait demandé au CSU de supprimer les vidéos prises lors du 14 juillet, faisant planer sur le gouvernement un volonté d’éliminer des preuves, la dernière déclaration de Sandra Bertin vient mettre le feu aux poudres.

En jeu, c’est d’un côté un Christian Esrtosi, et derrière lui l’appareil des Républicains, qui tente à tout prix de déstabiliser le gouvernement en jouant sur les plates-bandes du FN, et le critiquant pour son laxisme. Et de l’autre un gouvernement qui veut mettre court à toute critique quant au dispositif de sécurité assurée par la préfecture ce soir-là. Et dans ce match qui oppose Estrosi au gouvernement, le témoignage de Sandra Bertin et son accusation, tout aussi crédibles qu’elles soient, abondent dans le sens du premier et de la mairie de Nice, avec laquelle, la policière partagerait des accointances politiques et idéologiques.

Que des pressions politiques de la part du gouvernement aient été exercées sur une responsable de la sécurité ce soir-là n’étonnerait personne, tant on sait la facilité avec laquelle le gouvernement PS, et plus largement l’Etat français est coutumier dans la pratique de dissimulation des preuves et d’intervention dans les démarches de justice. Pour rappel, les circonstances de la mort d’Adama Traoré restent encore floues, alors même que la famille réclame une contre-autopsie du corps. Mais il faut avoir à l’esprit que ces révélations sont aussi orientées pour appuyer l’instrumentalisation politique des attentats par Christian Estrosi, et surtout éviter de s’interroger sur la totale inefficacité du dispositif sécuritaire mis en place dans la ville ces dernières années.

Dans ce match du « à qui la faute » opposant la mairie de Nice au gouvernement, dans lequel chaque partie se renvoie les défaillances en matière de sécurité, c’est une nouvelle fois le FN qui tire son épingle du jeu. Depuis les attentats de Nice, le nombre d’adhérents au parti de Marine Le Pen a explosé. Dans cette surenchère sécuritaire qui se joue entre le PS-LR, le FN parvient d’autant mieux à faire entendre sa voix avec son lot de mesures xénophobes, proposant un tri entre les « bons et les mauvais français » - entendez les « gaulois » et les « colorés ».

Pourtant, comme l’ont montré les attentats de Nice, et quelque soit la nature du dispositif policier et de vidéo-surveillance mis en place sur la ville, la politique sécuritaire et de stigmatisation n’est aucunement efficace pour lutter contre la menace « terroriste ». Il faut sans doute rappeler, ce que Mme Le Pen omet volontiers, c’est qu’une victime sur trois des attentats de Nice était d’origine maghrébine et que les « terroristes » n’ont jamais, que ce soit au Bataclan ou dans les cafés parisiens en novembre 2015, épargner les ressortissants étrangers ou les français issus de l’immigration toute générations confondues.

Bien au contraire, autant la politique ultra-sécuritaire s’avère, et Nice est là pour le prouver, totalement inefficace pour prévoir, contrôler, anticiper les velléités d’un individu à s’adonner à un acte terroriste, par la stigmatisation qu’elle véhicule, par la normalisation voire la judiciarisation des contrôles et arrestations préventives sur la base d’un délit de faciès, qui tend à créer le terreau de la « radicalisation », qui pousse des individus à perpétuer de tels actes de barbarie. Ces politiques répressives ne font qu’alimentent la politique que les terroristes veulent à mettre en place, à savoir diviser et opposer la population sur des bases communautaires, religieuses et raciales.

Face à cela, dans les pays impérialistes, la seule lutte efficace contre le terrorisme doit être celle qui touche à ses causes les plus profondes : des années d’intervention militaires à l’extérieur – en Afghanistan, au Mali, en Syrie – qui ne font que créer le chaos, terreaux du développement des réactionnaires de Daech, mais aussi donner des arguments et des faits aux partisans du terrorisme islamique pour convaincre des jeunes des quartiers de les rejoindre dans leur lutte barbare. Et sur le territoire nationale, une stigmatisation des populations de confession ou d’origine musulmane, leur enfermement dans des territoires enclavés, minés par le chômage et délaissés des services publics, et l’injustice permanente des crimes policiers impunis, cocktail idéal pour pousser, y compris des jeunes qui n’avaient rien de religieux, à embrasser cette forme de radicalité, sous une forme déviée, barbare et sans aucune délimitation de classe, que peut représenter le terrorisme islamique.

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